Inde: Tollé au parlement contre les lois anti-conversion
Le gouvernement BJP défend les conversions de masse à l’hindouisme
New Dehli, 16 décembre 2014 (Apic) La proposition d’un ministre et de députés du Parti du peuple indien (BJP) de mettre en place des lois anti-conversion au niveau fédéral a suscité un tollé devant la chambre basse du parlement indien le 13 décembre 2014. Six mois après l’élection du leader du parti nationaliste hindou BJP Narenda Modi à la tête de l’Inde, les craintes se font de plus en plus vives pour la liberté religieuse et la défense des minorités en Inde.
La très suspecte «conversion spontanée» à l’hindouisme de 350 musulmans pauvres d’Agra en Uttar Pradesh, le 9 décembre largement relayée par les médias a mis le feu aux poudres. Interpellé par des députés à ce sujet, le ministre BJP des affaires parlementaires, Venkaiah Naidu a pris fait et cause pour les groupes nationalistes à l’origine de cette démarche, niant en bloc les conditions douteuses de ces prétendues conversions, rapporte ‘Eglises d’Asie’ l’agence d’information des Missions étrangères de Paris.
A la surprise générale, Venkaiah Naidu a répondu en retournant contre les chrétiens et les musulmans l’accusation de prosélytisme faite aux hindouistes. «La liberté de religion ne doit pas servir de prétexte pour autoriser les campagnes de prosélytisme financées par l’étranger, lesquelles ont pris une ampleur considérable ces dernières années dans différents Etats, ciblant particulièrement les aborigènes, les basses castes et les pauvres», avait-t-il rétorqué
Proposant alors de lutter contre «ce défi majeur», et déclarant s’exprimer au nom du pays tout entier, le ministre a proposé de faire voter des anti-conversion au niveau fédéral, qui s’appliqueraient à l’ensemble des Etats. Hué par les députés le ministre n’a pas reculé.
Le Parti du congrès dans l’opposition a dénoncé vigoureusement cet encouragement donné par le gouvernement lui-même aux forces communautaristes en Inde. D’autres partis ont reproché au BJP d’avoir recours au fanatisme religieux afin de détourner l’attention de ses difficultés à redresser l’économie de l’Inde.
«Nous sommes fiers d’être Indiens et musulmans»
Pour John Dayal, membre du Conseil national pour l’intégration et secrétaire général du Conseil chrétien pan indien «ce n’est pas d’une loi anti-conversion dont nous avons besoin en Inde, a -t-il conclu, mais d’une loi pour nous protéger contre les violences communautaires, en particulier celles exercées à l’encontre des minorités religieuses et autres.»
Quant à Asaduddin Owaisi du ‘All India Majlis-e-Ittehadul Muslimeen’ (AIMIM), principal parti musulman indien, il a interpellé le ministre en ces termes: « Nous sommes aussi fiers d’être musulmans que d’être Indiens. Mais nous n’allons pas changer de religion, ni accepter d’être terrorisés.»
Le Père Z Devasagayaraj, secrétaire du Bureau pour les affaires tribales de la Conférence des évêques catholiques de l’Inde (CBCI), a dénoncé dans une déclaration, une violation « non seulement de la liberté religieuse, mais de la liberté de l’individu lui-même et de ses droits ».
A l’heure actuelle, seuls quelques Etats appliquent en Inde des lois anti-conversion: l’Arunachal Pradesh, le Gujarat (Etat à la tête duquel se trouvait Narenda Modi l’actuel Premier ministre de l’Inde avant son élection), le Madhya Pradesh, le Chhattisgarh et l’Himachal Pradesh.
Une insulte au peuple indien
Mgr Felix Machado, archevêque Vasai et président du bureau pour le dialogue et l’œcuménisme de la Conférence épiscopale indienne se dit profondément attristé et désolé par les récents épisodes de «Ghar Wapsi», ces «retours à la maison» organisés par les hindous radicaux pour convertir des chrétiens et des musulmans. «En professant sa foi, une personne exprime ses aspirations les plus profondes et développe son sanctuaire intérieur que personne ne peut violer», a expliqué l’évêque, à l’agence d’information ‘Asia News’.
Pour lui ces conversions de masse bien orchestrées vont à l’encontre des droits humains et de la dignité des personnes. Mère Teresa de Calcutta estimait que les conversions forcées ou obtenues en échange de quelque chose étaient une ‘insulte au peuple indien’. «La liberté religieuse est inscrite dans notre Constitution. Croire est un acte libre», insiste Mgr Machado.
On utilise le terme ‘Ghar Wapsi, qui signifie ‘retour à la maison. «Mais qui a décidé quelle est ma maison? Il est essentiel que chaque personne puisse être en mesure de suivre sa conscience en toutes circonstances et que personne ne soit jamais forcer à agir contre elle.»
Ces épisodes sont un énorme revers pour le dialogue et la paix, déplore Mgr Machado. «Pour communiquer, nous avons besoin de partenaires ouverts, prêts à écouter l’autre. Si le partenaire est fermé dans ses préjugés, il n’a y pas de place pour le dialogue.»
Les chefs spirituels de toutes les religions en Inde doivent travailler ensemble pour éliminer la division, la suspicion, la méfiance et la discorde. Ils peuvent le faire en enseignant la grandeur et la dignité de l’être humain, et en favorisant une conscience plus claire de l’unité de la famille humaine, conclut-il.
(apic/eda/asianews/mp)



