Le gouvernement et l’armée plus que jamais dans le collimateur
Guatémala-Cité, 7 mai 1998 (APIC) La mort de Mgr Juan Gerardi, évêque auxiliaire de Guatémala-Cité lâchement assassiné dans la nuit du 26 avril, continue de secouer le Guatémala. Le gouvernement et l’armée sont plus que jamais visés. Surtout après l’arrestation d’un jeune homme, du reste libéré faute d’indices probants. De nombreux doutes se sont fait jour quant à la culpabilité du jeune homme, indiquait mercredi la presse guatémaltèque.
Selon les témoins, l’auteur du crime mesure environ 1,75 mètre, or le suspect arrêté ne mesure que 1,55 mètre. Il dispose en outre d’un alibi. Une tenancière de bar affirme qu’à l’heure du crime le suspect se trouvait ivre dans son établissement et qu’il y avait dormi jusqu’au lendemain matin.
Le meurtrier a frappé Mgr Gerardi à la tête avec un bloc de ciment. Le 30 avril, le ministre de l’Intérieur, Rodolfo Mendoza, annonçait que la police avait arrêté un suspect, un vagabond de 24 ans, Carlos Enrique Vielman, condamné à plusieurs reprises pour coups et blessures. De nombreuses personnes ont immédiatement émis des doutes sur la culpabilité’ de ce suspect. «Je suis presque certain que ce n’est pas lui», assurait en effet Robert Kirschner, expert en pathologie médico-légale, chargé par l’Archidiocèse de suivre le cas.
Carlos Enrique Vielman est de petite taille, plus petit et plus léger que Mgr Gerardi. Il est donc peu probable que ce suspect, dont la main droite est déformée, ait pu porter le gros bloc de ciment qui a servi à frapper l’évêque plusieurs fois. «Je ne peux l’imaginer attraper un bloc de 3,6 kilos de ciment et frapper quelqu’un plusieurs fois à la tête», devait-il expliquer.
Oscar Recinos, fondateur de l’organisation «Neighborhood Watch», un mouvement qui lutte contre le crime au Guatemala, avait lui aussi émis des doutes à ce sujet: «Le gouvernement veut montrer que ce crime n’est pas politique. Nous craignons qu’il ne désigne n’importe quel pauvre ivrogne».
«Personne ne sera jamais condamné pour cet assassinat»
Même doute du côté du président de la Conférence épiscopale guatémaltèque, Mgr Victor Hugo Martinez Contreras, archevêque de Quetzaltenango. Ce dernier ne se fait d’ailleurs aucune illusion: «Personne ne sera jamais condamné pour cet assassinat».
Les responsables protestants se montrent tout aussi sceptiques sur la façon dont est menée l’enquête. «Il est difficile de penser que c’est de la simple délinquance. Le gouvernement voudrait nous le faire croire, mais nous ne tomberons pas dans ce piège».
Rappelons que Mgr Gerardi, fondateur du Bureau des droits de l’homme de Gutatémala-Cité, a été assassiné deux jours après la publication d’un rapport de 1’400 pages sur les 36 années de guerre civile qui ont ravagé le pays. Près de 5’000 témoins avaient été entendus. Le rapport – «Guatemala: plus jamais» – accusait les militaires du pays d’être responsables de la mort de la plupart des 150’000 morts et des 50’000 disparitions.
Mgr Gerardi avait à maintes reprises dénoncé les abus commis par les militaires, et leur implication dans les enlèvements, les vols de voitures et le trafic de drogues. Nombreux sont ceux qui pensent que cet assassinat est un meurtre politique.
Pour le Père Rigoberto Perez, prêtre de Santa Cruz del Quiche, dans les régions montagneuses de l’Ouest, «l’assassinat de Mgr Gerardi ne va pas réduire l’Eglise au silence. Au contraire, cela va inciter les gens à savoir ce qui se trouvait d’écrit dans le rapport». (apic/eni/kna/pr)



