Mozambique: Bataille autour du port de la burqa à l’école
Le gouvernement et les islamistes à couteaux tirés
Maputo, 2 juillet 2011 (Apic) Une bataille autour de la «burqa» oppose depuis quelques jours le gouvernement du Mozambique et des organisations islamistes du pays. En cause, la suspension d’une étudiante musulmane qui portait le voile islamique intégral et refusait de l’ôter, malgré l’injonction de ses enseignants.
Au Mozambique, l’islam est la deuxième religion du pays, après le catholicisme. Il est pratiqué par 17,8% de la population, estimée 22 millions d’habitants.
Selon l’Agence d’information du Mozambique (AIM), reprise par allafrica.com, Fatima Khalifa, étudiante à l’école secondaire «Fraternidade» à Pemba, capitale de la province septentrionale de Cabo Delgado, invoquait son «droit» de porter le voile intégral. Las de la voir s’habiller avec un signe religieux distinctif, les enseignants de l’établissement ont alors refusé de donner des cours tant qu’il y aurait un étudiant «enveloppé» dans un tel vêtement. Mais Khalifa a refusé d’ôter la burqa.
L’affaire, qui dure depuis des semaines, est remontée jusqu’au ministre de l’Education, Zeferino Martins, qui a fait le déplacement de Pemba pour constater les faits. Sur place, il a immédiatement suspendu l’étudiante Khalifa, indiquant, dans une déclaration aux journalistes, que le port de vêtements religieux à l’école, tel que manifesté par une burqa, «viole les principes fondamentaux régissant les écoles publiques» dans le pays.
Au Mozambique, l’apparition de la burqa est récente
Il a été soutenu par sa collègue de la Justice, Levi Benvinda, pour qui si la liberté religieuse signifie que si les citoyens peuvent pratiquer librement la religion de leur choix, sans ingérence de l’Etat, ils ne peuvent cependant pas imposer leur religion à l’Etat. De ce fait, a-t-elle souligné, les étudiants doivent respecter les règlements scolaires. «Il ne peut pas être accepté que chaque élève invoque le nom de sa religion, de manière bruyante, dans les écoles», a-t-elle poursuivi, rappelant que la burqa n’a fait son entrée que récemment au Mozambique.
Dans le pays, il y a beaucoup de musulmans, «mais ils ne portent pas la burqa dans les écoles où ils étudient», a-t-elle encore dit, ajoutant que les écoles ont des règles en matière d’habillement dans les salles de classe, et de ce fait, personne n’a le droit de violer ces règles au nom de la religion.
Les organisations islamistes menacent
Face à cette position du gouvernement, des organisations musulmanes se sont saisies du problème. Elles tentent de forcer le gouvernement mozambicain à revenir sur l’interdiction du port de la burqa dans les écoles publiques. Elles ont menacé de mener une «révolte populaire» s’il ne revenait pas en arrière. Car, ont-ils indiqué, Fatima Khalifa n’est pas un cas isolé. Avant elle, plus de 90 jeunes filles de Nampula ont été renvoyées de leurs écoles pour port de la burqa. La liste des écoles où étudiaient ces élèves n’a pas été publiée.
Au cours d’une conférence de presse, rapporte le quotidien indépendant mozambicain «O Pais», Abibo Amade, de la Conférence islamique du Mozambique, Momade Tuahir, du Conseil islamique du Mozambique, et Abdul Latifo, de la Communauté islamique du Mozambique, ont indiqué que la position du gouvernement mène à «l’exclusion sociale» des musulmans, et les relègue à la troisième place dans la société.
«Le voile intégral est un symbole religieux (…) qui vise à se protéger contre le harcèlement sexuel», ont-ils prétexté, rappelant que «les femmes souffrent quand elles exposent leurs parties sensibles» que constitue tout le corps d’une femme, sauf les yeux. Cette position militante n’est de loin pas partagée par tous les musulmans.
Les trois dirigeants de mouvements musulmans se sont toutefois déclarés ouverts au dialogue avec le gouvernement, annonçant qu’ils vont bientôt présenter un document officiel au ministre de l’Education et à celle de la Justice, afin de trouver une solution. Mais, ont-ils averti, en guise de chantage, «si le gouvernement ne recule pas, il pourrait y avoir une révolte populaire». «Nous sommes en faveur du dialogue, mais si nos possibilités de dialogue sont épuisées, nous allons recourir à d’autres moyens de protestation», ont-ils lancé. (apic/ibc/be)



