Suisse: Les parlementaires romands appelés à trouver une solution équitable pour les victimes d'abus sexuels

Le groupe SAPEC publie un mémoire sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique en Suisse

Lausanne, 26 novembre 2013 (Apic) Le groupe SAPEC, qui défend les victimes d’abus sexuels dans une relation d’autorité, notamment au sein de l’Eglise catholique, a lancé, le 26 novembre 2013, un appel aux parlementaires romands demandant une solution équitable en faveur de ces victimes. Dans ce cadre, l’association a publié un mémoire de 106 pages sur les abus sexuels au sein de l’Eglise catholique en Suisse et dans le monde. Le document reproche notamment à l’institution une réaction insuffisante face au phénomène.

«Ce qui a été bien plus horrifiant était le constat selon lequel l’Eglise catholique a agi comme n’importe quel vulgaire pédophile pris, pour ainsi dire, la main dans le sac», affirme de manière provocatrice Philip D. Jaffé, professeur de psychologie à l’Université de Genève, dans la préface du mémoire. L’universitaire admet néanmoins que ses «allusions quelque peu cyniques escamotent les forces saines à l’intérieur de l’Eglise catholique et la tournure rafraîchissante que prend la papauté actuelle». Mais, aux yeux du docteur en psychologie, «les mécanismes de défense du ‘système catholique’ ont été tels qu’il était absolument nécessaire que des initiatives externes, provenant de personnes concernées, se consacrent à définir avec une certaine objectivité les contours de la problématique des abus sexuels dans l’Eglise catholique et esquissent des réponses réfléchies adaptées aux conséquences du phénomène. Si ce travail a été réalisé dans quelques contrées, il manquait singulièrement en Suisse».

Demande de création d’une structure de suivi

C’est sur cette base que le groupe SAPEC exprime, à l’adresse des députés romands, un certain nombre de demandes quant à la prise en compte des victimes d’abus sexuels dans l’Eglise.

Tout d’abord, l’association demande que les victimes d’abus sexuels «bénéficient d’un traitement équivalent» de la part des évêques ou des supérieurs de congrégation. Le document affirme que la «large latitude» laissée aux évêques favorise «un traitement variable et inéquitable» des demandes des victimes.

Pour le groupe SAPEC, l’Etat doit également susciter la création d’une structure neutre et indépendante, dont le mandat sera de traiter les demandes des victimes, afin d’obtenir de la part de l’Eglise une reconnaissance des torts moraux et des réparations financières.

L’association en appelle aux représentants politiques à ce sujet, «face à l’inaction ou à la lenteur des autorités religieuses, face au silence du nonce apostolique et du procureur de la Congrégation pour la doctrine de la foi à Rome, alertés par le SAPEC en 2011».

Pour l’association de défense des victimes d’abus sexuels, l’Eglise doit en outre mettre en place des programmes de prévention et assurer un suivi des agents pastoraux ayant commis des actes pédophiles.

Le groupe SAPEC mentionne le cas de la Belgique, où l’Etat et l’Eglise catholique ont trouvé une solution sur le plan national, sous la forme d’un centre d’arbitrage. Les évêques y ont en outre reconnu leur responsabilité morale et l’Eglise a déjà versé près de 1,2 millions d’euros de compensation aux victimes.

Un mémoire accusateur

La première partie du document évoque la vague de révélations concernant les abus sexuels partie des Etats-Unis vers l’Europe, pour toucher finalement aussi le tiers-monde. La seconde partie revient sur les thèmes et commentaires parus dans les médias, de Suisse romande en particulier, concernant les abus sexuels dans l’Eglise. Le document rappelle les affaires rapportées par les médias depuis 2002. Il mentionne en parallèle les mesures prises par la hiérarchie de l’Eglise pour faire face au phénomène, en particulier celles de Mgr Genoud, l’ancien évêque de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF). Le mémoire déplore que la façon dont les autorités catholiques ont traité et traitent encore notamment les cas prescrits «est largement insuffisante».

Selon le rapport, plusieurs témoignages reçus au SAPEC provenant des victimes d’abus dans leur enfance, donnent à penser qu’une minorité seulement des personnes abusées par des prêtres ou des religieux dans les années 1960 à 1980 s’est manifestée auprès de la hiérarchie. «En l’absence de signes clairs d’ouverture, d’empathie et de reconnaissance, la crainte de ne pas être cru et d’être rejeté est plus importante que le besoin de parler», peut-on lire dans le mémoire.

Le texte indique également que la souffrance des victimes d’abus sexuels par des prêtres est particulièrement intense, du moment qu’elle engage une dimension de désillusion «spirituelle».

Le document conclut que «pour éviter, ou à tout le moins limiter au maximum, que de tels abus se renouvellent en Suisse et en Europe…il est indispensable que l’Eglise catholique s’engage pleinement dans…la réparation institutionnelle et la prévention». (apic/com/rz)

26 novembre 2013 | 14:08
par webmaster@kath.ch
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