Série Apic: Les fêtes religieuses durant l'année liturgique

Le Jeudi-Saint, du dernier repas de Jésus à la naissance de l’Eucharistie

Fribourg, 26 mars 2014 (Apic) Souvent éclipsé par le Vendredi-Saint et par la Fête de Pâques, le Jeudi-Saint n’en demeure pas moins une fête importante pour les chrétiens puisqu’elle est associée au sacrement de l’Eucharistie. Premier jour du Triduum pascal, le Jeudi-Saint commémore la Cène, à savoir le dernier repas de Jésus avant son arrestation.

Martin Klöckener, professeur en sciences liturgiques à l’Université de Fribourg, revient sur la signification de cette fête et les rites qui lui sont associés.

Apic: Que célèbre le Jeudi-Saint? Et quand est-il devenu une fête dans le calendrier liturgique?

Martin Klöckener: Les racines de cette fête se trouvent au IVe siècle. C’est à cette période que l’on trouve des indications écrites attestant qu’il y avait des célébrations.

Le soir du Jeudi-Saint marque le début du triduum pascal qui dure jusqu’au dimanche de Pâques. Les chrétiens commémorent ce jour-là l’institution de l’Eucharistie, rituel liturgique relié à la dernière Cène, le dernier repas du Christ, où il partagea le pain et le vin avant de demander aux apôtres: «Faites ceci en mémoire de moi». Ces trois jours représentent une unité liturgique. Un seul mystère pascal, mais plusieurs célébrations liturgiques.

Apic: Lors de la messe vespérale du Jeudi-Saint le prêtre lave les pieds de douze fidèles. Quelle est la signification de ce rituel?

Martin Klöckener: Selon l’Evangile de Jean, Jésus a lavé les pieds de ses douze disciples avant sa mort. C’est un geste d’humilité et d’amitié profonde. Il leur a demandé de faire de même avec d’autres personnes. Dans les Evangiles de Matthieu, Luc et Marc, on fait le récit de la dernière Cène mais on n’y parle pas du lavement de pieds.

Apic: Selon les règles liturgiques, ce rituel est-il obligatoire?

Martin Klöckener: Non, ce rituel est facultatif. Il est d’ailleurs peu pratiqué en Suisse, selon mes observations. Autrefois, il était inscrit dans les règles liturgiques, mais ce n’est plus le cas depuis la réforme du Concile Vatican II.

Apic: Le dernier repas du Christ, la Cène, a-t-il réellement eu lieu un jeudi?

Martin Klöckener: Oui, selon la chronologie biblique.

Apic: Pourquoi la date du début du Triduum pascal change-t-elle chaque année?

Martin Klöckener: La date de Pâques a été fixée par le Concile de Nicée en 325. Pâques a lieu le premier dimanche après l’équinoxe du printemps, entre le 22 mars et le 25 avril.

Encadré 1:

L’institution de l’Eucharistie

Pour la tradition chrétienne, l’Eucharistie fut instituée par le Christ le soir du Jeudi-Saint, dans le cadre de son dernier repas. Les Evangiles synoptiques (Matthieu, Marc, Luc) rapportent le récit de l’institution, qui est prononcé par le prêtre ou un pasteur dans toute célébration de l’Eucharistie: La nuit même où il fut livré, il prit le pain, et en rendant grâce il le bénit, il le rompit et le donna à ses disciples, en disant: «Prenez, et mangez-en tous: ceci est mon corps livré pour vous.» De même, à la fin du repas, il prit la coupe (le Saint Calice), et en rendant grâce il la bénit, et la donna à ses disciples, en disant: «Prenez, et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Vous ferez cela, en mémoire de moi.»

Le repas eucharistique est répété par le Christ ressuscité devant les pèlerins d’Emmaüs et la fraction du pain devient une pratique régulière de l’Eglise.

Encadré 2:

Représentation de la Cène dans l’art

La représentation de la Cène a d’abord une valeur pédagogique. Utilisée au Moyen Âge comme instrument de lutte contre les hérésies qui rejettent l’Eucharistie, elle ne devient un thème iconographique majeur qu’à la Renaissance.

Ni l’essor des représentations de la table au XIIIe siècle, ni le renforcement de la doctrine et de la doctrine eucharistique de l’Eglise à partir du concile de Latran IV ne réussirent à imposer la Cène comme une des grandes images chrétiennes: elle demeure loin derrière le Lavement des pieds, qui la jouxte dans les programmes où elle est présente.

C’est le XVe siècle, puis la Contre-Réforme qui donnent au Dernier Repas une place de choix dans l’art occidental: il suffit de penser à la production quasi industrielle de représentations de la Cène par le Tintoret à Venise.

La représentation de la Cène dans l’art ne se cantonne pas à la peinture, on en trouve également dans la photographie et au cinéma.

(apic/cw)

26 mars 2014 | 09:29
par webmaster@kath.ch
Partagez!