Liban: Le départ des chrétiens, un facteur d’affaiblissement pour tous, estime Rome

Le Liban figure au cœur de l’action diplomatique vaticane

Beyrouth, 6 juillet 2010 (Apic) Mgr Dominique Mamberti, secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats, a achevé mardi 6 juillet une visite de plusieurs jours au Liban. Il a appelé à cette occasion les divers secteurs de la société libanaise à mener un effort concerté visant à endiguer l’exode des chrétiens libanais, rapporte le 6 juillet le quotidien libanais «L’Orient-Le Jour» .

Dans une interview accordée au journaliste de «L’Orient-Le Jour Issa Goraieb, reçu au siège de la nonciature apostolique à Harissa, Mgr Mamberti s’est félicité d’emblée que le Liban n’est plus un pays livré à la guerre. L’archevêque français (du clergé d’Ajaccio) a souligné que le Liban figure au cœur de l’action diplomatique vaticane. «Quand on revient ici et que l’on constate qu’en dépit de tant de violences et de destructions la vie a refleuri, a-t-il souligné, on ne peut qu’être frappé; et même s’il continue de connaître des circonstances parfois délicates, c’est davantage dans une perspective régionale qu’est désormais considéré votre pays».

Concernant la délicate question de la liberté de croyance au Moyen-Orient, le chef de la diplomatie vaticane n’a pas caché son inquiétude. Ce souci est d’ailleurs amplement exprimé dans le document préparatoire de l’assemblée spéciale du Synode des évêques sur le Moyen Orient (10-24 octobre 2010). L’assemblée aura pour thème: «L’église catholique au Moyen-Orient: Communion et témoignage. ’La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme’ (Actes des Apôtres 4, 32)».

«Nous avons dit et répété, souligne-t-il, que le départ des chrétiens est facteur d’affaiblissement pour tous, et pas seulement pour cette communauté. C’est dans cette région qu’est né le Christ, et un tel exode affecte profondément la pluralité et le dialogue».

Les lieux saints, tant musulmans que chrétiens, ne doivent pas être relégués au rang de musées que viennent visiter les touristes

La préoccupation vaticane ne se limite pas à certains pays musulmans. Le secrétaire pour les relations avec les Etats évoque les nombreuses interventions et actions en faveur des chrétiens et des lieux saints de Terre sainte. La diplomatie papale, c’est avant tout le pape lui-même qui la conduit, insiste Mgr Mamberti, et le récent voyage de Benoît XVI en Terre sainte n’était pas seulement un pèlerinage.

«Tant de fois le Vatican a répété que les lieux saints, tant musulmans que chrétiens, ne doivent pas être relégués au rang de musées que viennent visiter les touristes, insiste-t-il. Cette revendication ne se limite pas d’ailleurs à la liberté d’accès des fidèles, mais elle a trait aussi au maintien de la présence des populations autochtones et de leurs foyers à proximité de ces sites».

Les plus fortunés des chrétiens doivent se montrer solidaires

Et que dire du Liban, menacé dans sa diversité culturelle unique par l’émigration continue des chrétiens ? Ce triste exemple d’un pays que quittent ses forces vives est aussi un des thèmes majeurs du prochain synode, note Mgr Mamberti, remarquant qu’il y a là un gros effort à déployer pour offrir aux jeunes candidats au départ la possibilité de demeurer sur place, de se bâtir un avenir, de fonder une famille. Les Eglises locales s’acquittent-elles totalement de cette tâche ? La question est complexe et ne saurait être réduite à son seul aspect matériel, répond le prélat. Et de surcroît, les Eglises ne sont pas seules à devoir assumer la responsabilité d’un tel support matériel car l’entreprise nécessite un gros effort de toute la communauté chrétienne, notamment de ses membres les plus fortunés.

Reste le plus important, conclut Mgr Mamberti dans l’»Orient-Le Jour». L’individu chrétien lui-même doit être pénétré de ses propres obligations: «être chrétien en Orient est aussi une vocation entraînant des responsabilités envers son pays, sa région, envers les chrétiens du monde entier… ” JB/ORJ

Encadré

Le Liban, autrefois majoritairement chrétien, compte aujourd’hui environ près de 60 % de musulmans contre près de 40 % de chrétiens. Sur une population de 4,1 millions d’habitants, 400’000 d’entre eux sont des réfugiés palestiniens. Constitutionnellement, le président de la République du Liban doit être un chrétien maronite. En outre, selon la pratique, le Premier ministre doit veiller à ce que son gouvernement soit composé à part égale de chrétiens et de musulmans. (apic/orj/be)

6 juillet 2010 | 17:25
par webmaster@kath.ch
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