Le livre de René Süss fait quelques vagues
Pays-Bas: Un théologien veut une révision de la doctrine «antisémite» luthérienne
Utrecht, 18 juillet 2010 (Apic) Une révision officielle de la doctrine fondamentale du luthérianisme est nécessaire afin de mettre un terme à la longue controverse sur les accusations d’antisémitisme dont fait l’objet le réformateur de l’Eglise Martin Luther, estime un théologien juif néerlandais.
«Mon objectif est d’enterrer une fois pour toutes les textes antisémites de Luther, afin de permettre le développement d’un nouveau paradigme sur lequel l’identité chrétienne pourrait être cultivée et qui serait moins menaçante pour nous, les juifs», écrit René Süss dans la seconde édition d’un livre publié en juin, cité par l’Agence ENI.
La doctrine de la justification – l’acte par lequel Dieu rend un pécheur juste – enseigne que le salut ou la rédemption ne peuvent être atteints que par la foi en Jésus. «Ce roc unique et solide que nous appelons la doctrine de la justification est le principal article de l’ensemble de la doctrine chrétienne», avait insisté Luther.
L’ouvrage de René Süss, «Luthers theologisch testament. Over de Joden en hun leugens» (Le testament théologique de Luther. Des juifs et leurs mensonges), vient d’être réédité. Cet ouvrage, publié pour la première fois en 2006, contient une traduction complète en néerlandais du livre de Luther «Des juifs et leurs mensonges», publié en 1543.
René Süss affirme que le réformateur de l’Eglise a été antisémite toute sa vie, et pas seulement dans ses dernières années. Il insiste également sur le fait qu’il existait un lien direct entre l’opinion que se faisait Luther des juifs et l’holocauste provoqué par l’Allemagne nazie.
Né d’un père juif et d’une mère luthérienne, René Süss est un pasteur retraité de l’Eglise réformée des Pays-Bas. Il s’est occupé de paroisses à Amsterdam et dans les alentours de la capitale néerlandaise de 1984 à 1999, année où il est devenu juif pratiquant.
L’Eglise réformée des Pays-Bas est la plus grande des trois dénominations qui ont fusionné pour former l’Eglise protestante des Pays-Bas. L’une des deux autres Eglises est l’Eglise évangélique luthérienne du Royaume des Pays-Bas.
En 1984, la Fédération luthérienne mondiale (FLM) a officiellement renoncé aux écrits anti-juifs de Martin Luther. Cette mesure avait été motivée par l’utilisation de ces écrits par le régime nazi. René Süss conteste le point de vue de la FLM selon lequel les écrits de Luther ont été utilisés à mauvais escient, affirmant que Luther était convaincu de ce qu’il avait écrit. En 2008, le synode luthérien de l’Eglise protestante des Pays-Bas a rompu tout contact avec René Süss suite à sa critique cinglante d’un livre écrit par le professeur luthérien néerlandais Joop Boendermaker. L’Eglise protestante soutenait la mesure prise par le synode luthérien, avait indiqué à l’époque un porte-parole de l’Eglise.
Cette année-là, cependant, René Süss était également l’orateur principal lors de la conférence annuelle d’Appèl Kerk en Israël (Appel Eglise et Israël), une organisation pro-israélienne. (apic/eni/pr)



