Le meurtre précipite la mise en place d’une loi contre les superstitions

Inde: Un militant «anti-magie noire» assassiné dans l’Etat du Maharashtra

New Delhi, 23 août 2013 (Apic) Narendra Dabholkar, qui luttait depuis des années contre les pratiques liées à la magie noire, a été abattu mardi 20 août, dans l’Etat du Maharashtra, à l’ouest de l’Inde, par des personnes non identifiées. Face au vaste mouvement d’indignation qui a secoué tout l’Etat, le gouvernement a annoncé que la loi contre les superstitions proposée par Narendra Dabholkar serait présentée en urgence au Parlement.

Le militant «anti-magie noire» a été abattu en pleine rue le matin du 20 août, à Pune, alors qu’il sortait de son bureau, rapporte le 22 août 2013 Eglises d’Asie (EDA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris. Il y dirigeait une revue hebdomadaire proche de l’Association rationaliste indienne. Selon les témoins, Narendra Dabholkar a été visé à bout portant par deux hommes qui se sont ensuite enfuis à moto. Il est décédé de ses blessures à l’hôpital.

Plusieurs partis politiques ont condamné l’assassinat et appelé à un bandh (grève générale accompagnée d’une «opération ville morte») dès l’annonce du décès. Le ministre-président de l’Etat du Maharashtra, Prithviraj Chavan, a offert une rançon à quiconque apporterait des informations sur les meurtriers. A Pune mais aussi à Bombay, ainsi que dans plusieurs villes de l’Etat, de très nombreux manifestants ont protesté contre le meurtre du militant et dénoncé le tabou pesant sur la pratique de la magie noire en Inde.

Un homme qui avait beaucoup d’ennemis

Narendra Dabholkar menait depuis plus de dix ans une campagne avec son association «Committee for the Eradication of Blind Faith» (Comité pour l’éradication de la foi aveugle), qui vise à interdire les pratiques rituelles «obscurantistes et dangereuses». Il s’était attiré l’inimitié féroce des extrémistes hindous, et en particulier de l’»Hindu Janajagruti Samiti» (HJS), du puissant «Bharatiya Janata Party» (Parti du peuple indien, BJP), du Shiv Sena, mais aussi de la secte hindouiste des Varkaris, très influente dans la région. Ces derniers lui reprochaient de vouloir détruire les traditions et les croyances hindoues en décrédibilisant les pratiques liées à la magie noire ou tantrique.

Narendra Dabholkhar avait abandonné sa carrière de médecin pour se consacrer à «démasquer les charlatans» qui abusent de la crédulité et de l’ignorance des gens pour monnayer des pratiques magiques inefficaces, dangereuses et malfaisantes, dont des sacrifices humains, surtout de jeunes enfants.

Le tabou de la magie noire

Il existe un important tabou en Inde sur l’existence de ces rituels, et les médias eux-mêmes hésitent à écrire sur le sujet. Il arrive cependant que quelques «faits divers» sordides fassent la Une des journaux indiens, rappelant le profond ancrage de la magie noire dans certaines régions de l’Inde. C’est en particulier le cas dans les zones où est attesté de longue date la pratique de cultes tantriques liés à Shiva ou à Kali (Etat du Chhattisgarh, du Maharashtra, du Bengale Occidental, de l’Orissa, du Bihar, etc.). En novembre 2010, par exemple, un «guérisseur» a été arrêté pour pratique de la magie noire, après la découverte de plusieurs cadavres d’enfants à son domicile, portant les traces d’un rituel sacrificiel.

Projet de loi proposé il y a 18 ans

Persuadé que sa lutte contre la magie noire et «les pratiques superstitieuses» allait de pair avec le recul de l’ignorance, Dabholkar avait lancé des programmes de sensibilisation dans les écoles du Maharashtra. Il dirigeait également un centre de traitement contre les addictions et avait mis en place une campagne de promotion de l’éducation des femmes.

Mais son projet phare était la loi qu’il essayait vainement de faire voter par le Parlement du Maharashtra pour la prévention des «sacrifices humains et autres pratiques inhumaines, malfaisantes». Le texte était en examen à l’Assemblée depuis août 2011. Il y avait été présenté pour la première fois il y a 18 ans et modifié plus d’une vingtaine de fois, en raison de l’opposition de différents groupes de pression hindouistes au Parlement.

Narendra Dabholkar expliquait ne pas vouloir s’opposer à la croyance en Dieu ou à la religion elle-même, mais aux «faux hommes saints» et aux sacrifices et rituels magiques néfastes et archaïques.

Le combat n’aura pas été vain

Le combat que menait Narendra Dhabolkar ne semble néanmoins pas avoir été vain puisque le lendemain même de son assassinat, et à l’issue des manifestations houleuses de la journée, le Ministre-président de l’Etat a signé une ordonnance promulguant le projet de loi du militant. Le texte n’attend plus que la validation du gouverneur pour être présenté au vote définitif de l’Assemblée. Ce serait la première entrée en vigueur d’une législation de ce type dans l’Union indienne. (apic/eda/rz)

23 août 2013 | 15:07
par webmaster@kath.ch
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