Fribourg: Dans le cadre du rapport d’AED, des spécialistes rappellent que la paix va de pair avec la liberté religieuse

Le Pakistanais Paul Bhatti a dénoncé la détérioration de la liberté religieuse dans son pays

Fribourg, 5 novembre 2014 (Apic) La liberté religieuse est un droit fondamental étroitement connecté aux autres droits humains et essentiel à l’établissement de la paix. C’est ce qu’ont rappelé un panel de spécialistes des religions, qui ont débattu, le 5 novembre 2014 à l’Université de Fribourg, dans le cadre de la présentation du rapport de l’œuvre d’entraide catholique l’Aide à l’Eglise en détresse (AED) sur la liberté religieuse dans le monde.

Une liberté religieuse « en grave déclin » sur la planète. C’est le constat posé par Roberto Simona, spécialiste des minorités chrétiennes dans les pays musulmans à l’AED, à l’occasion de la présentation du rapport 2014 de l’œuvre d’entraide. Avec force graphiques et images, il a dressé un sombre tableau de la situation de ce droit qui, pour environ cinq milliards de personnes, dans 81 pays, n’est pas entièrement ou pas du tout respecté.

L’intolérance en marche au Pakistan

Un reflet de la détérioration de la liberté religieuse a été apporté par le témoignage du Pakistanais Paul Bhatti, ancien ministre de l’harmonie nationale et des minorités, très engagé dans la défense des droits humains dans son pays. Son frère et prédécesseur dans sa fonction ministérielle, Shabhaz Bhatti, a été assassiné en 2011 par les talibans.

A l’occasion du débat animé par Patrice Favre, rédacteur en chef de l’hebdomadaire romand « Echo Magazine », Paul Bhatti a décrit son difficile combat pour les libertés fondamentales, dans un Pakistan où l’extrémisme religieux trouve un terreau fertile au sein d’une population fortement marquée par l’analphabétisme et la pauvreté.

Il a rappelé que l’éducation devrait être une priorité de la communauté internationale dans la lutte contre le terrorisme. L’activiste a souligné que le terrorisme islamique n’était pas une revendication religieuse mais une instrumentalisation de la foi pour des motifs politiques.

Prenant l’exemple d’Asia Bibi, cette chrétienne pakistanaise condamnée à mort pour blasphème, il a relevé que la loi contre le blasphème était largement utilisée pour attaquer les minorités religieuses.

La liberté religieuse en recul aussi en Occident

A cet égard, Astrid Kaptijn, professeur de droit canonique à l’Université de Fribourg, a noté que le rapport d’AED a montré clairement que la loi à elle seule ne permettait pas de réaliser la liberté religieuse. «Parfois elle sert de façade, parfois elle est délibérément bafouée ou négligée », a souligné la spécialiste.

Au-delà des atteintes à la liberté religieuse causées par l’extrémisme, notamment musulman, plusieurs spécialistes ont pointé du doigt le fait que le déclin de la liberté religieuse était également à l’œuvre en Occident, dans les pays chrétiens. « Si on y regarde de près, on remarque bien que les restrictions aux libertés religieuses ont aussi augmenté en Europe et en Suisse », a relevé René Pahud de Mortanges, professeur de droit des religions à l’Université de Fribourg.

Pascal Hämmerli, doctorant en théologie dogmatique, a relayé les réflexions du professeur en présentant plusieurs affaires représentatives de la tension existant dans les pays occidentaux entre les principes de liberté religieuse et de non discrimination.

Il a notamment évoqué l’interdiction du port du voile dans les écoles publiques en France, où se sont affrontés les principes de non discrimination religieuse et ceux de non discrimination sexuelle. Le doctorant a également abordé le cas des crucifix dans les écoles italiennes et la votation sur les minarets, en Suisse.

La liberté religieuse, essentielle pour la société

Jean-François Mayer, directeur de l’Institut Religioscope, a souligné l’importance des recherches sur le fait religieux pour déterminer les discours et les arguments à la source de l’intolérance. Il a souligné que cette recherche pouvait aussi contribuer à la détection précoce des situations de nature à causer des atteintes à la liberté religieuse.

Plusieurs intervenants ont mis en évidence l’importance de la liberté religieuse pour les droits humains dans leur ensemble.

Mariano Delgado, professeur d’histoire ecclésiastique médiévale et moderne à l’Université de Fribourg, a rappelé les paroles de Jean Paul II selon lesquelles « la liberté de religion est l’un des piliers de la civilisation contemporaine, la condition et la garantie de toutes les libertés qui assurent le bien commun des personnes et des peuples ».

Thierry Collaud, professeur de théologie morale et d’éthique à l’Université de Fribourg, a rappelé le principe d’interdépendance des droits humains. Il a souligné que le fait de toucher à une liberté fondamentale équivalait à affaiblir toutes les autres.

Le professeur Guido Vergauwen, recteur de l’Université de Fribourg, a, dans le même ordre d’idée, cité la déclaration des évêques catholiques sur la liberté religieuse de 1965, au terme de Vatican II, selon laquelle elle constitue « un élément essentiel pour garantir des relations pacifiques et la concorde entre les personnes et les peuples ». (apic/rz)

5 novembre 2014 | 23:52
par webmaster@kath.ch
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