Le pape François prononçant son discours dans le palais présidentiel de Dili (Timor oriental) | © Vatican Media
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Le pape félicite le Timor pour sa réconciliation avec l’Indonésie

De 1975 à 2002, «le Timor oriental a vécu les années de sa passion et de sa plus grande épreuve», a rappelé le pape François le 9 septembre 2024. Le pontife a salué le courage de ce pays qui a su «se relever» après son long combat pour l’indépendance vis-à-vis de l’Indonésie.

Le pape s’exprimait face aux autorités civiles du Timor oriental, au palais présidentiel de la capitale, Dili, quelques heures après son arrivée dans ce petit pays catholique. Jorge Bergoglio est le premier pontife à prendre la parole dans ce pays depuis que la communauté internationale a formellement reconnu son indépendance, en 2002.

Cela 35 ans après Jean Paul II, dont les positions alors prudentes quant à l’occupation indonésienne avaient déçu certains Timorais.

Un pays résilient

Le pape est arrivé dans un palais présidentiel encerclé par une foule de Timorais hurlant leur joie de le savoir parmi eux. Passant au milieu de guerriers en habits traditionnels portant fièrement un «surik», une épée utilisée pour les danses locales (mais en bois pour respecter le protocole), il a gagné le podium pour retrouver le président, les officiels masquant difficilement leur émotion. Après les hymnes et un défilé, le pape s’est vu une nouvelle fois remettre le tais, écharpe colorée traditionnelle, signe de bienvenue.

Devant l’actuel président José Ramos-Horta – qui fut un artisan de l’indépendance et le co-lauréat du prix Nobel de la Paix 1996 avec l’évêque Carlo Felipe Ximenes Belo – désormais en retrait de la vie publique depuis sa mise en cause dans des affaires d’abus sur mineurs -, le pape a évoqué la «phase douloureuse» traversée par la nation timoraise durant plusieurs décennies.

«Elle a connu les convulsions et les violences qui surviennent souvent lorsqu’un peuple est sur le point d’accéder à la pleine indépendance et que sa quête d’autonomie est refusée ou contrariée», a expliqué le pape. «Le pays a pourtant su se relever, en retrouvant un chemin de paix et d’ouverture», a salué le pape, louant « une aube de paix et de liberté ».

La foi catholique inspire le pardon

François a rappelé les mots de Jean Paul II lors de sa visite de 1989 concernant «l’enracinement dans la foi catholique» des Timorais. Le pape François les a exhortés à trouver dans les enseignements chrétiens la force de pardonner à leur ancien occupant. «Je tiens en particulier à rappeler et à saluer vos efforts assidus pour parvenir à une pleine réconciliation avec vos frères d’Indonésie, une attitude qui a trouvé sa source la première et la plus pure dans les enseignements de l’Évangile». Il a insisté sur l’importance d’une politique de «la main tendue», qui n’exclut pas le droit à l’autodéfense.

En saluant le fait que la Déclaration d’Abou Dabi sur la Fraternité humaine soit désormais étudiée dans les écoles du pays, le pape a estimé que le processus assumé par le Timor oriental pouvait devenir un exemple pour d’autres pays animés par un «désir de paix et de purification de la mémoire».

«Le cas Belo» pas mentionné

Le pape a aussi évoqué les difficultés actuelles de ce petit pays qui traverse une crise économique. Il a notamment souligné les défis posés par l’émigration, la pauvreté, ou encore «l’abus d’alcool chez les  jeunes et leur constitution en bandes qui, fortes de leur connaissance des arts martiaux, au lieu de la mettre au service des personnes sans défense, l’utilisent pour mettre en avant le pouvoir éphémère et nuisible de la violence».

«N’oublions pas les nombreux enfants et adolescents dont la dignité a été bafouée: nous sommes  tous appelés à agir de manière responsable pour prévenir tout type d’abus et garantir une croissance sereine à nos jeunes», a par ailleurs déclaré le pape, sans mentionner explicitement les affaires impliquant Mgr Belo.  

Consolidation de la démocratie

«Le Timor oriental, qui a su faire face à des moments de grande tribulation, avec patiente détermination et héroïsme, vit aujourd’hui comme un pays pacifique et démocratique, notamment dans ses relations avec ses voisins», a salué François. Le pontife argentin a souligné que la Doctrine sociale de l’Église pouvait fournir des outils intéressants pour la formation des élites du pays. «La Doctrine sociale de l’Église n’est pas une idéologie, mais agit pour le développement du peuple.»

Le pape a répété que le Timor oriental est un «beau peuple». «Prenez soin de votre peuple, c’est un peuple merveilleux, qui s’exprime avec dignité et avec joie», a insisté François. Il a mis en valeur la jeunesse de cette nation où 65% de la population a moins de 30 ans.

Le président salue le «message de paix» du pape

Dans son discours de bienvenue au pape François, le président José Ramos-Horta a assuré que la visite de Jean Paul II, il y a 35 ans, avait permis de placer «la cause de l’autodétermination du Timor oriental dans l’agenda mondial».

Le chef de l’État timorais a salué la première venue d’une pape depuis l’indépendance du pays, en soulignant que François «porte avec lui un message de paix, de réconciliation, de fraternité humaine et d’espérance, si nécessaire dans un monde de plus en plus défiguré où la froideur des cœurs a remplacé le dialogue et la paix».

Il a souhaité que le pape inspire «ces leaders mondiaux qui détiennent de grandes responsabilités pour notre sécurité commune». «Nous prions pour la cessation des hostilités et pour le retour à la paix», a assuré le président timorais. Il a espéré que le pontife aide «à construire une maison commune plus tolérante et pacifique, inclusive et fraternelle».

Aide demandée à la Vierge

Dans un discours assumant pleinement la culture catholique du pays, le pape François a confié le Timor oriental et son peuple tout entier à la protection de l’Immaculée Conception, Patronne invoquée sous le vocable de Virgem de Aitara, une invocation inhabituelle dans un discours aux autorités. Il a demandé à la Sainte Vierge d’aider ce pays dans sa «mission à construire un pays libre, démocratique et solidaire, où personne ne se sente exclu et où chacun puisse vivre dans la paix et la dignité». (cath.ch/imedia/cd/rz)

Le pape François prononçant son discours dans le palais présidentiel de Dili (Timor oriental) | © Vatican Media
9 septembre 2024 | 14:52
par I.MEDIA
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