Le pape François souhaite des chrétiens «révolutionnaires»
Vatican: Intervention improvisée et haute en couleurs du pape lors du Congrès ecclésial du diocèse de Rome
Rome, 18 juin 2013 (Apic) «Aujourd’hui, un chrétien, s’il n’est pas révolutionnaire, n’est pas chrétien!» C’est l’une des nombreuses petites phrases lancées par le pape François aux milliers de participants du Congrès ecclésial du diocèse de Rome, dans la soirée du 15 juin 2013 au Vatican. Au fil d’une intervention haute en couleurs, le pape a notamment fustigé les communautés chrétiennes «fermées» sur elles-mêmes et appelé les fidèles à ne pas avoir peur de sortir vers les autres, à semer l’Evangile par leur témoignage, à accueillir «la grâce» plutôt que d’avoir «une tête d’image pieuse» .
Dans la Salle Paul VI, devant des milliers de Romains engagés dans la vie diocésaine, le pape François a donc prêché pendant une demi-heure, debout, parfois grave et parfois blagueur, évoquant à de très nombreuses reprises la «gratuité» de la «grâce» de Dieu. Comme il le fait fréquemment, il a notamment invité les religieux et fidèles romains à «sortir» de leurs communautés, à aller vers les pauvres et «là ou les hommes vivent et souffrent», à «semer l’Evangile» à travers leur «témoignage» et la «parole».
Révolutionnaires!
«Je ne comprends pas les communautés chrétiennes qui sont fermées», a confié le pape avant de s’exclamer: «Dans l’Evangile, il est beau le passage qui nous raconte que le berger revient et s’aperçoit qu’il lui manque une de ses 99 brebis et part la chercher… frères et sœurs, mais nous en avons une seule, il nous en manque 99 !».
«Nous devons demander au Seigneur la générosité, le courage et la patience pour sortir et annoncer l’Evangile», a poursuivi le pape, reconnaissant que c’était «difficile». Déclenchant ensuite applaudissements et rires, le pape a alors lancé : «Il est plus facile de rester à la maison avec notre unique brebis, pour la brosser et la caresser, mais nous les prêtres et tous les chrétiens, le Seigneur veut que nous soyons des pasteurs, pas des brosseurs de brebis !»
«Il y a eu beaucoup de révolutionnaires dans l’histoire, mais aucun n’a eu la force de la révolution apportée par Jésus, une révolution (…) qui change en profondeur le cœur de l’homme», a encore affirmé le pape face à une salle d’audiences noire de monde et enthousiaste. «Dans l’histoire, les révolutions ont changé les systèmes politiques, économiques, mais aucune n’a vraiment modifié le cœur de l’homme», a relevé le pape avant de soutenir que «la vraie révolution, celle qui transforme complètement la vie», avait été accomplie par Jésus, à travers sa résurrection.
Citant son prédécesseur Benoît XVI, le pape François a alors assuré que cette révolution était «la plus grande mutation de l’histoire de l’humanité». Et le pape de lancer : «Aujourd’hui, un chrétien, s’il n’est pas révolutionnaire, n’est pas chrétien !»
Une tête d’image pieuse
«Ici, si quelqu’un n’est pas un pécheur, qu’il lève la main», a encore lancé le pape François en déclenchant des rires dans la salle des audiences et avant de préciser que «nous sommes tous pécheurs», sauvés cependant du péché par «la grâce de Jésus-Christ». «Pour être saint, il n’est pas nécessaire d’avoir une tête d’image pieuse», mais «il faut accueillir la grâce», a poursuivi le pape en déclenchant d’autres éclats de rires.
Plus grave, il a invité les fidèles romains à penser à ceux «qui vivent sans espérance» dans la capitale italienne et «cherchent le bonheur dans l’alcool, la drogue, les jeux de hasard, le pouvoir de l’argent, une sexualité déréglée, mais sont encore plus déçus et, parfois, passent leur rage envers la vie dans des comportements violents et indignes de l’homme». Le pape François, alors, a invité à penser à «tous ces jeunes qui ne trouvent pas de sens à leur vie» et se suicident.
Lors de cette longue improvisation, le pape a également fustigé les «chrétiens découragés» et «tristes» dont «on se demande s’ils croient aux Christ ou en la déesse des plaintes». Assurant que «le monde n’est pas pire qu’il y a cinq siècles», le pontife s’est moqué de ceux qui se plaignent de la jeunesse d’aujourd’hui – «ah les jeunes !» – et a souhaité des chrétiens avec une bonne dose de «courage» et de «patience». Comme à son habitude, il a également évoqué la menace du diable.
Le pape a enfin lancé cette interrogation : «Nous, disciples du crucifié, pouvons-nous refuser d’aller en ces lieux où nul ne veut aller de peur de se compromettre et du jugement des autres, reniant d’annoncer à nos frères la Parole de Dieu ?». Et de conclure avec une dizaine de «n’ayez pas peur». «N’ayez pas peur de l’amour de Dieu», a demandé le pape, ou encore «de sortir de vous-même».
Après son intervention, le pape François a participé à un temps de prière et de méditation animé par le chœur et l’orchestre du diocèse de Rome. Par le passé, si Benoît XVI était lui aussi intervenu lors de chaque congrès annuel du diocèse de Rome dans la basilique Saint-Jean-de-Latran, c’est dans la Salle Paul VI au Vatican qu’a eu lieu cette nouvelle rencontre, en raison du nombre exceptionnel d’inscrits.
Suite du congrès
Avant d’entrer dans la Salle Paul VI, le pape François avait pris le temps de saluer les centaines de personnes qui se tenaient à l’extérieur de l’édifice afin de suivre la rencontre sur un écran géant. Comme il a coutume de le faire, le souverain pontife avait embrassé des nouveaux-nés, serré de nombreuses mains, et regardé avec attention des dessins qui lui étaient présentés par des enfants. Il avait de même traversé l’atrium puis la grande salle des audiences, accompagné du cardinal vicaire de Rome Agostino Vallini.
Le congrès entamé avec le pape au Vatican se poursuivra le 18 juin au soir en la basilique Saint-Jean-de-Latran. La réflexion portera notamment sur la responsabilité missionnaire de tous les baptisés et sur le rôle de la communauté ecclésiale. Le cardinal vicaire Agostino Vallini proposera une série d’orientations pastorales. Le lendemain, la 3e et dernière journée se déroulera au niveau des paroisses. L’objectif est de renforcer la cohésion de la communauté ecclésiale et de redynamiser l’annonce de l’Evangile parmi les Romains. (apic/imedia/cp/ami/cw)



