Le patriarche oecuménique «reporte» sa visite en Autriche
La rencontre entre le pape et Alexis II
pourrait éclipser Graz, invoque-t-on à Genève
Genève, 4 juin 1997 (APIC) – Après la confusion qui a agité pendant plusieurs semaines les milieux ecclésiastiques et les médias sur la possibilité d’une rencontre à Vienne en juin entre le pape Jean-Paul II et des responsables d’Eglises orthodoxes, le patriarche oecuménique Bartholomée de Constantinople a reporté sa visite en Autriche. Il annule du même coup sa participation au deuxième Rassemblement oecuménique européen qui aura lieu dans la ville de Graz, en Autriche, du 23 au 29 juin. La rencontre entre le pape et Alexis II pourrait éclipser le Rassemblement œcuménique de Graz.
Un communiqué publié le 30 mai par le Patriarcat oecuménique, au Phanar, à Istanbul, indique que le patriarche Bartholomée «ne désire pas participer à une lutte pour la supériorité. «Même si la réconciliation entre les chrétiens doit être le thème du Rassemblement, ajoute le communiqué, les actions entreprises récemment par certains «ne sont pas compatibles avec l’esprit de réconciliation».
La remarque du patriarche fait apparemment référence aux informations parues dans la presse selon lesquelles le pape Jean-Paul II pourrait rencontrer le patriarche russe, Alexis II, à Vienne, juste avant le Rassemblement de Graz. Alors que le Vatican a officiellement refusé de confirmer cette éventualité, certaines personnalités catholiques romaines ont laissé entendre aux journalistes, à titre officieux, qu’une rencontre entre le pape Jean-Paul II et Alexis II, à la tête de la plus grande – en termes numériques – Eglise orthodoxe dans le monde, pourrait avoir lieu. Comme ils ne se sont jamais rencontrés auparavant, écrit l’Agence œcuménique ENI, ce serait un événement très important qui pourrait éclipser le Rassemblement de Graz, qui devrait être le plus grand rassemblement religieux en Europe d’ici à la fin de ce siècle.
Le patriarche Bartholomée, qui porte le titre honorifique de primus inter pares (premier parmi ses pairs) au sein de l Eglise orthodoxe, et dont la juridiction comprend la plus grande partie de la «diaspora» orthodoxe, a déjà rencontré le pape à Rome.
Le patriarche Bartholomée et le patriarche Alexis, ainsi que le cardinal Carlo Maria Martini, archevêque de Milan, et Karekin Ier, catholicos de tous les Arméniens, devaient être présents au Rassemblement de Graz, organisé conjointement par la Conférence des Eglises européennes (KEK) et le Conseil des Conférences épiscopales européennes (CCEE). Environ 10’000 personnes, dont 700 délégués officiels des Eglises orthodoxes, protestantes et catholique-romaine, sont attendues à Graz. Selon ENI, les relations entre orthodoxes et catholiques-romains, qui sont devenues une question sensible depuis la chute du communisme en Europe orientale, devraient être au centre des débats durant le Rassemblement.
Le pape ne participera pas au Rassemblement oecuménique européen, mais, écrit l’Agence œcuménique, certains milieux ecclésiastiques estiment que les efforts du Vatican pour organiser une réunion entre Jean-Paul II et Alexis II, non seulement diminueraient l’importance du Rassemblement de Graz mais encore créeraient des tensions entre les deux patriarches orthodoxes, Bartholomée et Alexis.
Entre le Patriarcat oecuménique et l’Eglise orthodoxe russe, les relations ont été quelquefois difficiles dans le passé, en particulier au début 1996, lors de la crise déclenchée par la question de la juridiction sur les communautés orthodoxes d’Estonie. Le Rassemblement de Graz aurait été la première rencontre depuis ce conflit entre les patriarches qui, dit-on, tenaient à se rencontrer.
Dans son communiqué, le Patriarcat oecuménique indique que «pour faire preuve d’une volonté de réconciliation, ceux qui devaient participer au Rassemblement devraient éviter toute action unilatérale qui pourrait être interprétée comme une tentative de l’exploiter à leur profit».
Le communiqué poursuit: «Etant donné l’importance du Rassemblement, la participation devrait se faire dans un esprit d’autocritique et de repentir pour les erreurs héritées du passé, et en vue d’éliminer tout obstacle à notre réconciliation en Christ, notre Dieu. Malheureusement, des événements récents ont montré qu’il y avait une tendance à «une lutte pour» la supériorité de la part de certains, événements qui ne sont pas compatibles avec l’esprit de la réconciliation. Par ailleurs, certaines informations ont été publiées qui portent atteinte à l’esprit même du Rassemblement».
«Sa Sainteté le patriarche oecuménique ne désire pas participer à une lutte pour la supériorité», insiste le communiqué. «C’est pourquoi, dans l’intérêt de tous, Sa Sainteté a jugé nécessaire d’annuler sa participation au deuxième Rassemblement oecuménique européen».
Dans une déclaration publiée le 2 juin, après avoir reçu la lettre du Patriarcat oecuménique informant la KEK du report de la visite en Autriche, Jean Fischer, secrétaire général de l’organisation – qui compte 122 Eglises membres, orthodoxes, anglicanes et protestantes – regrette «que des difficultés qui ont surgi dans le contexte de la visite prévue à Vienne, en Autriche, privent la communauté oecuménique de la présence du patriarche Bartholomée». Et Jean Fischer de déplorer «les spéculations irresponsables diffusées par les médias sur un sommet de responsables d’Eglise qui aurait lieu avant le Rassemblement, et qui ont conduit à ce triste résultat». (apic/eni/pr)



