Sénégal: Un rapport des Etats de l’Afrique de l’ouest met en garde contre la menace islamiste

Le pays n’est pas à l’abri du radicalisme musulman

Dakar, 24 mai 2013 (Apic) Un rapport de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) avertit le Sénégal qu’il n’est pas « totalement » à l’abri d’une propagation idéologique, du radicalisme musulman. Créée en 1975, la CEDEAO regroupe l’ensemble des 15 pays de l’Afrique de l’Ouest. C’est ce que rapporte le 24 mai 2013 l’Agence de presse sénégalaise (APS).

Publié à Dakar, la capitale, à la suite d’une analyse sur « les questions de sécurité humaine dans la sous-région de l’Afrique de l’ouest », le rapport a été réalisé en partenariat entre la CEDEAO et l’Institut d’études de sécurité (ISS, en anglais) des Etats-Unis. Il explique la menace islamiste par l’effritement des confréries musulmanes. « Le rempart que constituaient les marabouts et les confréries ne peut plus convaincre, en raison de la contestation au sein-même des familles maraboutiques », souligne le rapport. Il évoque aussi « la fragmentation de l’autorité des Khalifes, ainsi que l’existence de groupes situés à leurs périphéries, composés d’éléments quasiment embrigadés sous l’égide de chefs charismatiques.

Au Sénégal, les familles de marabouts étaient considérées jusqu’ici comme garant de la stabilité et de la cohésion sociale. Les deux grandes confrèries: celle des tidjane (plus nombreuse) et celle des mourides (plus puissante) qu’ils dirigent, étaient perçues également comme un obstacle au développement du fondamentalisme religieux. Elles prônent un Islam modéré, tolérant et ouvert aux autres religions. Cette pratique est en train d’être bouleversée par la nouvelle génération d’intellectuels arabophones, formés dans les grandes écoles et universités des pays arabes du Golfe.

Selon le rapport de la CEDEAO, daté du 3 mai dernier et publié par l’Agence de presse sénégalaise (APS), « les choix du Sénégal en matière de politique étrangère, combinés aux limites des services de renseignements, (…) montrent que l’Etat sénégalais n’aurait qu’une emprise limitée sur l’évolution de la situation ».

Système éducatif en cause

En outre, « la dualité » du système éducatif sénégalais (français-arabe), qui met de plus en l’accent sur l’enseignement religieux, pourrait générer dans les prochaines décennies, si ce n’est déjà le cas, de grandes frustrations récupérables par les mouvances islamistes et qui pourraient aboutir à une profonde fracture sociale par une socialisation différenciée des futurs citoyens d’une même nation en devenir », poursuit le rapport.

Pour les auteurs du rapport, « il est urgent de rétablir l’équilibre nécessaire et surtout d’affirmer une présence et une maîtrise de l’Etat sur des questions aussi sensibles que le contrôle des moyens de transmission du savoir et de la socialisation ».

Dans leurs recommandations, ils préconisent l’implication, « de la manière la plus optimale, des chefs religieux, traditionnels et coutumiers du Sénégal en tant que régulateurs, afin de limiter les influences des discours radicaux importés par des relais aux motivations diverses ».

Ils exhortent le gouvernement à se concerter avec ses pairs arabes, afin de « mieux encadrer » les sources de financement de l’enseignement arabe dans le pays. (apic/ag/ibc/cw)

24 mai 2013 | 17:59
par webmaster@kath.ch
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