Honduras: Les putschistes au pouvoir à Tegucigalpa pourraient demander l’aide du Vatican

Le pays toujours dans l’impasse trois mois après le coup d’Etat

Tegucigalpa, 27 septembre 2009 (Apic) Les putschistes au pouvoir à Tegucigalpa pourraient demander l’aide du Vatican pour sortir de la crise qui secoue le Honduras depuis le coup d’Etat politico-militaire du 28 juin dernier. Quelques jours après le retour clandestin au pays du président renversé Manuel Zelaya – réfugié depuis le 21 septembre à l’ambassade du Brésil dans la capitale hondurienne Tegucigalpa – Carlos Lopez Contreras, ministre des Affaires étrangères du gouvernement de facto, a déclaré que le Vatican pourrait offrir sa médiation pour trouver une porte de sortie à la crise qui isole diplomatiquement ce petit pays d’Amérique centrale.

Jeudi 24 septembre, Mgr Juan Pineda Fasquelle, évêque auxiliaire de Tegucigalpa, a parlé avec les deux principaux protagonistes de cette épreuve de force qui divise profondément le pays depuis le 28 juin dernier. Le prélat a rendu visite au président renversé Zelaya et à celui qui a usurpé le pouvoir, Roberto Micheletti, qui préside le gouvernement de facto, rapporte l’agence de presse catholique américaine CNS.

Mgr Pineda, au sortir de l’ambassade du Brésil, assiégée par les forces de sécurité honduriennes, a dit son espoir que cette visite soit un «premier pas» vers le dialogue. Un envoyé de Micheletti et quatre candidats potentiels aux élections présidentielles de novembre prochain se sont également rendus auprès du président Zelaya.

Pour le Père jésuite Ismael Moreno, directeur de Radio Progreso – cible de la répression des forces militaires qui ont participé au coup d’Etat – a estimé que ces visites étaient des signes d’espoir pour le Honduras et qu’elles pourraient indiquer la sortie de l’impasse dans laquelle l’ont précipité les putschistes qui ont renversé le président Zelaya il y a trois mois. Cette ouverture survient après des jours de protestations qui ont causé la mort d’au moins un manifestant et fait plusieurs blessés.

L’Eglise a perdu beaucoup de sa crédibilité

Selon des sources de l’Eglise hondurienne, le cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga – qui a perdu beaucoup de son aura pour sa position ambiguë face aux putschistes – a parlé avec le pape Benoît XVI en début de semaine. Cette éventuelle médiation pourrait restaurer la crédibilité de l’Eglise hondurienne durement affectée par sa prise de position début juillet, qui a été largement interprétée comme un soutien au coup d’Etat de Micheletti. Le fait que les évêques n’aient pas insisté sur le retour aux affaires du président Zelaya contraste avec la position claire de l’Organisation des Etats américains (OEA) et de la plupart des autres gouvernements démocratiques.

Les membres de l’Eglise travaillant à la base ont été très critiques face au coup d’Etat, et ils ont subi la répression du pouvoir de facto. Radio Progreso, l’émetteur dirigé par les jésuites, a été fermé un moment par les soldats après le coup d’Etat. Il a de nouveau été encerclé par la police après le retour du président Zelaya lundi dernier. La population a occupé les locaux pour empêcher une nouvelle fermeture de la radio. Quant au Père Moreno, qui a reçu de nouvelles menaces de mort, il estime que la visite de Mgr Pineda au président Zelaya est «une reconnaissance que durant ces trois mois, la hiérarchie de l’Eglise n’avait pas pris une position très claire» et qu’elle allait désormais accompagner les protagonistes sur le «chemin de la réconciliation». #Des voix discordantes au sein de la hiérarchie ecclésiale

Le Père jésuite a estimé qu’un représentant du Vatican devait prendre part à la médiation parce que certains évêques honduriens sont considérés comme des partisans des «secteurs proches» du gouvernement putschiste. L’exception, face à cette attitude pour le moins ambiguë, est Mgr Luis Alfonso Santos Villeda, évêque de Santa Rosa de Copan, qui a publiquement critiqué la prise de position des évêques honduriens en juillet. Le 24 septembre dernier, le diocèse de Santa Rosa de Copan a qualifié dans un communiqué le gouvernement de facto de «dictature militaire» et a réclamé un retour immédiat à l’ordre constitutionnel. Pour le diocèse, de coup d’Etat est «le résultat d’une injuste distribution des richesses, qui crée des inégalités profondes au Honduras en ce qui concerne l’accès à la nourriture, au travail, à l’éducation, à la santé, à la possibilité de s’exprimer et à la participation des citoyens».

Le missionnaire laïc américain John Donaghy, qui travaille comme vice-directeur de la Caritas du diocèse de Santa Rosa de Copan, relève que nombre de gens pensent que le problème n’est pas vraiment de savoir qui gouvernera de Zelaya ou de Micheletti, «mais c’est la question de refonder le pays». De nombreuses voix s’élèvent au Honduras pour une réécriture de la Constitution, comme en Bolivie et en Equateur, avec la revendication de la mise en place d’une assemblée constituante, constante le Père Moreno. «Quelle que soit la personne qui sera élue en novembre prochain, assure-t-il, elle ne pourra éviter cette demande, qui est devenue la plus importante revendication politique aujourd’hui au Honduras». (apic/cns/be)

27 septembre 2009 | 16:53
par webmaster@kath.ch
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