Irlande: L’Eglise catholique nie avoir couvert un prêtre sympathisant de l’IRA provisoire

Le Père Chesney accusé d’avoir joué un rôle crucial dans un attentat sanglant

Dublin, 30 août 2010 (Apic) L’Eglise catholique romaine en Irlande a nié avoir couvert l’implication présumée d’un prêtre dans un attentat perpétré par l’IRA provisoire en 1972 en Irlande du Nord, qui avait entraîné la mort de neuf personnes.

Selon un rapport du 24 août du médiateur de la police de l’Irlande du Nord sur un attentat à la voiture piégée perpétré en juillet 1972 à Claudy, dans le Comté de Derry, des négociations avaient eu lieu entre des représentants du gouvernement, de la police et de l’Eglise, qui s’étaient mis d’accord sur la mutation dans une paroisse de la République d’Irlande du Père James Chesney, un suspect dans l’attentat.

Dans un communiqué faisant suite à la publication du rapport, le cardinal Seán Brady, actuel primat catholique de toute l’Irlande, et Seamus Hegarty, évêque de Derry, ont accepté les conclusions du médiateur, qualifiant l’attentat de «crime odieux». «L’Eglise catholique n’a pas servi de couverture dans cette affaire», ont-ils ajouté.

L’attentat, qui a eu lieu le 31 juillet 1972, a causé la mort de neuf personnes – des catholiques et des protestants – dont trois enfants. La police suspecte le Père Chesney d’avoir joué un rôle crucial dans cette affaire et ils le soupçonnent d’avoir été un membre de premier plan de l’IRA provisoire (appelée aussi «Provos»), un groupe paramilitaire qui menait une lutte violente pour l’unification de l’Irlande.

«Rendre inoffensif un dangereux prêtre».

Le rapport du médiateur conclut que la Royal Ulster Constabulary (RUC), comme on appelait alors les forces de l’ordre de l’Irlande du Nord, avait demandé l’aide du ministère britannique en charge de l’Irlande du Nord afin de «rendre inoffensif un dangereux prêtre». Le cardinal William Conway, qui était à la tête des catholiques d’Irlande, avait proposé lors d’un entretien avec William Whitelaw, le secrétaire d’Etat britannique à l’Irlande du Nord, de réaffecter le Père Chesney dans une paroisse de la République d’Irlande. Le Père Chesnay fut donc muté à Donegal en 1973, où il est mort d’un cancer en 1980, à l’âge de 46 ans. Il a toujours nié son implication dans l’attentat.

Le médiateur a admis dans son rapport que 1972 avait été l’une des pires années des «troubles» en Irlande du Nord et que l’arrestation d’un prêtre catholique «pouvait aggraver la situation». Le cardinal Brady et l’évêque Hegarty ont affirmé dans leur communiqué que les actes du cardinal Conway n’empêchaient pas que le Père Chesney puisse être ultérieurement arrêté et interrogé. Le rapport indique néanmoins que celui-ci se rendait régulièrement et librement en Irlande du Nord sans avoir jamais été interrogé par la police.

«S’il y avait suffisamment de preuves pour révéler qu’il menait une activité criminelle, il aurait dû être arrêté et interrogé à la première occasion, comme n’importe qui», ont déclaré les ecclésiastiques. Lançant un appel pour que toute personne disposant d’informations les transmette à la police nord-irlandaise, ils ont souligné que, si le Père Chesney avait été impliqué dans l’attentat, il est désormais trop tard pour le traduire en justice. «Le Père Chesney est mort et, en tant que suspect dans l’attentat de Claudy, ce n’est plus à la justice terrestre qu’il doit rendre des comptes», ont-ils indiqué. (apic/eni/be)

30 août 2010 | 17:12
par webmaster@kath.ch
Partagez!