Le Père de la théologie de la libération est déjà à Paris
Le Père Gustavo Gutierrez entre comme postulant dans l’Ordre des dominicains
Lima/Paris, 19 octobre 1999 (APIC) Le théologien péruvien Gustavo Gutierrez, l’un des Pères de la théologie de la libération, entre dans l’Ordre des dominicains. «Il est actuellement postulant». La nouvelle, a été confirmée mardi à l’APIC par le Supérieur de la Province péruvienne des dominicains, le Père Lino Dolan. Le Père Gutierrez se trouve du reste déjà à Paris.
Le diocèse de Lima a signé le décret autorisant la sortie du curé du Rimac – un quartier populaire de Lima – du clergé diocésain, indique en outre à Rome le service d’information international de l’Ordre (VID). Du côté du secrétariat provincial des dominicains, à Paris, on se refuse cependant à commenter la nouvelle. «En ma qualité de secrétaire du provincial, et par respect du Père Gutierrez comme de n’importe quel autre postulant, je n’ai pas à vous révéler si oui ou non un tel est postulant», déclare le Père Billet.
A Lima, le Père Lino Dolan confirme cependant. Le Père Gutierrez est actuellement à Paris, en qualité de postulant. Il dépendra effectivement de la province de France des dominicains. Le Père Dolan révèle en outre que le décret autorisant la sortie du curé du Rimac est antérieure à la nomination de Mgr Juan Cipriani comme archevêque de Lima, en janvier 1999. «Sa lettre de sortie du clergé diocésain (excardination), précise-t-il, a été signée par son évêque d’alors, par Mgr Vargas Alzmora, à une date que je ne connais pas.
En d’autres termes, le Père Gutierrez ne dépendra non plus d’un évêque diocésain, mais du Supérieur provincial et du Supérieur général de l’Ordre des dominicains. Ce qui pourrait, laisse-t-on entendre du côté de Lima, changer pas mal de choses à l’avenir, et notamment dans les travaux du «père de la théologie de la libération».
Le théologien, qui dirige l’Institut Bartolomé de las Casas, à Lima, est âgé de 71 ans. Sa décision serait due à l’admiration qu’il porte à Bartolomé de las Casas, un dominicain du XVIe siècle auquel il a consacré de nombreux travaux, écrits, et recherches. Le Père Gutierrez a du reste reçu de nombreuses distinctions pour l’ensemble de son œuvre, dont le titre de docteur honoris causa, octroyé le 16 novembre 1998 par l’Université de Fribourg.
Critiques tous azimuts
Blâmé de divers côtés pour s’en être pris au Père Gutierrez, Mgr Durand avait renchéri: «Le pape m’a toujours encouragé, en me priant de distinguer entre la vraie et la fausse libération».
Dossier loin d’être classé à Rome
L’an dernier encore, on murmurait à Rome comme à Lima que le dossier romain sur le Père Gutierrez n’était de loin pas classé à Rome. Ses écrits, avançait-on, continuent d’être examinés à la Congrégation pour la doctrine de la foi. Le cardinal Augusto Vargas Alzamora, alors archevêque de Lima, avait reçu en janvier 1998 une lettre du cardinal Joseph Ratzinger, préfet de ladite Congrégation, lui faisant part de «sa préoccupation devant le retard mis à apporter une solution». Le Père Gutierrez fut prié de clarifier certains points de sa théologie.
Le contenu exact de la lettre romaine ne fut pas rendu public, mais on sait, de sources proches de l’archidiocèse de Lima, que Mgr Ratzinger signalait que «le cas n’était pas réglé», et invitait les évêques péruviens à le faire savoir aux catholiques pour «éviter une confusion ultérieure».
Un silence presque radio avait ensuite suivi. A une question de l’APIC, peu avant sa distinction à l’Université de Fribourg, sur le «mauvais courant» entre Mgr Vargas Alzamora et le Père Gutierrez, ce dernier avait rectifié. «Mes rapports avec mon évêque, le cardinal Alzamora, sont excellents». Le Père Gutierrez devait cependant reconnaître qu’un débat très aigu sur la théologie de la libération s’était déroulé ces dernières années. «Actuellement, ce débat avec la Congrégation est terminé», avait-il alors soutenu. Avant de couper court: «Nos difficultés proviennent plutôt des milieux politiques. (apic/pr)




