Le Père Sava dénonce la dictature de l’UçK
Dans son interview au quotidien «Danas», le Père Sava dénonce la dictature de l’UçK d’Hashim Thaqi. «Les ’partisans’ de Thaqi ont pris les meilleures maisons, mènent des purges contre leurs opposants politiques, conduisent les meilleures voitures et sont impliqués dans des activités mafieuses». Le moine de Decani constate que du jour au lendemain, sans quasiment avoir été à l’école, ils sont bombardés ’généraux’. Ils persécutent tous les Serbes et les non Albanais. Le nombre d’Albanais mécontents de tels ’libérateurs’ augmente sans cesse. Nombre d’entre eux sont conscients que les gens de Thaqi ne peuvent pas les faire entrer dans l’Europe et leur apporter la prospérité. La jeune génération, cependant, est très radicalisée et dans son euphorie, elle continue de soutenir les extrémistes».
Pour le moine serbe orthodoxe, «les Albanais du Kosovo sont en train de montrer qu’ils ne sont pas préparés pour avoir leur propre Etat et pas mûrs pour la démocratie, et le monde en est de plus en plus conscient». Le Père Sava reconnaît que les préjugés sont très forts des deux côtés et sont la conséquence d’un manque de communication entre les deux communautés. «Des deux côtés, l’on vit plus ou moins dans une mentalité du XIXème siècle et l’on se regarde comme des ennemis. C’est triste que les jeunes ne voient pas, à l’aube du XXIème siècle, dans quelle direction va l’Europe et qu’ils ne montrent pas un grand désir de dépasser la haine».
Pas une guerre religieuse, repentance nécessaire de l’Eglise orthodoxe serbe
A propos de l’appartenance religieuse des deux communautés, le Père Sava estime qu’il ne faut pas exagérer l’influence confessionnelle: «Les guerres en Yougoslavie n’ont pas été des guerres religieuses. Elles ont été dirigées par des athéistes qui ont manipulé la religion et la tradition nationale pour se présenter eux-mêmes comme d’authentiques représentants du peuple».
Le Père Sava souhaite une «catharsis morale et spirituelle» du peuple serbe, et reconnaît que si l’Eglise serbe en tant que telle ne porte pas de responsabilité dans la guerre, certains responsables de l’Eglise ont probablement cru bien faire, dans le but de sauver des intérêts nationaux authentiques, d’apporter durant les périodes cruciales leur soutien au régime de Milosevic et à des leaders «nationaux». Une demande de pardon doit être lancée par l’Eglise.
«Pardon parce que nous avons permis que des loups déguisés en agneaux entraînent nos gens avec eux. Certains, qui auraient pu et dû parler sont restés silencieux. Certains ont même soutenu ouvertement des idées contraires à l’esprit des saintes écritures. Cependant, nombreux sont ceux qui voient dans l’Eglise orthodoxe serbe le seul point de départ d’un renouveau spirituel et par conséquent du salut du peuple serbe. L’Eglise orthodoxe serbe pourrait jouer pour notre nation le même rôôle pour le changement de régime et du système de valeurs que l’Eglise catholique en Pologne sous le système communiste, et plus récemment en Croatie et en Slovénie. L’Eglise y est-elle préparée ? Il est certain que nous n’avons pas encore bu notre verre jusqu’à la lie…». (apic/danas/be)



