Chine: La lettre du cardinal Bertone aux prêtres chinois attentivement étudiée par le clergé
Le prélat romain souligne l’importance de la réconciliation
Rome/Hong Kong, 18 novembre 2009 (Apic) Publiée le 16 novembre en anglais, italien et chinois sur les sites internet de Radio Vatican et de Fides, l’agence de la Congrégation pour l’évangélisation de la foi, la lettre du cardinal Tarcisio Bertone aux prêtres chinois est attentivement étudiée par le clergé local. Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, leur a écrit en date du 10 novembre dernier. La missive aux prêtres chinois a été rendue publique le 16 novembre.
Elle a rapidement trouvé son chemin jusqu’en Chine populaire, où ses destinataires l’étudient avec attention, rapporte l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris, Eglises d’Asie (EdA), le 18 novembre 2009. Le document insiste sur l’importance, pour l’Eglise catholique en Chine, de la réconciliation au sein même de la communauté catholique. Il redit aux prêtres que c’est dans l’eucharistie qu’ils trouvent la force d’accomplir pleinement leur ministère sacerdotal. Les évêques sont également invités à s’assurer que la formation initiale et la formation permanente du clergé sont adaptées aux besoins du moment.
Des prêtres travaillant de manière autonome, sans beaucoup de coopération
Interrogé par l’agence catholique asiatique UcaNews, le Père John Li Hongwei, de la partie «officielle» du diocèse de Changsha, dans la Province du Hunan, estime que la lettre vient à point nommé et représente une aide utile pour guider les prêtres à agir conformément à l’Evangile. Le siège épiscopal de Changsha est vacant depuis maintenant neuf ans et les prêtres tendent à y travailler de manière autonome, sans beaucoup de coopération entre eux. Pareil manque d’unité dans le travail pastoral est potentiellement une source de difficultés, explique le prêtre.
Pour le Père Paul Bai Chunlong, jeune prêtre du diocèse «officiel» de Jilin, le rappel fait aux évêques de veiller avec «une particulière attention» à leurs prêtres envoyés, très peu après leur ordination, seuls sur le terrain est apprécié. «Parfois, lorsque le suivi est déficient, les prêtres peuvent se trouver isolés, face à des tentations fortes et multiples», précise le prêtre, qui enseigne dans un grand séminaire du nord-est du pays.
Prendre modèle sur la figure du saint curé d’Ars
Il ajoute que l’évocation de la figure du curé d’Ars comme modèle pour le clergé aujourd’hui en Chine le touche personnellement. A propos de l’accent mis dans la lettre venue de Rome sur la réconciliation au sein même de la communauté catholique, le Père Bai pense que l’initiative doit venir des évêques eux-mêmes, qu’ils appartiennent à la partie «clandestine» (en fait non reconnue par l’Etat) ou à la partie «officielle» de l’Eglise.
«Trois de mes camarades de classe, de l’époque de l’école primaire, sont devenus prêtres «clandestins» et, longtemps, nous avons perdu contact. Aujourd’hui, nous nous appelons au téléphone et nous nous rencontrons régulièrement», témoigne-t-il.
Une formation intellectuelle et spirituelle du clergé légère, voire incomplète
Dans la Province du Fujian, le Père Jean-Baptiste est prêtre «clandestin» du diocèse de Mindong. Il dit apprécier tout spécialement le souci exprimé par le cardinal Bertone pour les prêtres chinois. Tant le clergé que les laïcs sont aujourd’hui imprégnés du monde dans lequel ils vivent, «un monde très sécularisé», et il est donc bienvenu de mettre l’accent sur la nécessité de renforcer la formation spirituelle.
Le prêtre souligne qu’une grande partie du clergé chinois a reçu une formation intellectuelle et spirituelle légère, voire incomplète. Interrogé par l’agence catholique italienne AsiaNews, un évêque âgé d’une quarantaine d’années souligne les conséquences de ce manque de formation: «Certains prêtres sont toujours accaparés par leur ordinateur et internet et manquent à leur mission d’apporter un soutien spirituel aux laïcs. Quant à nous, les jeunes évêques, nous ressentons le besoin d’une formation complémentaire mais nous ne savons pas toujours où nous adresser».
3’000 prêtres et évêques «clandestins» et «officiels» confondus
De plus, du fait de l’absence d’ordinations sacerdotales durant trente ans, l’Eglise de Chine présente la particularité suivante: parmi les quelque 3’000 prêtres et évêques (»clandestins» et «officiels» confondus), on compte un groupe, qui va en s’amenuisant, de personnes très âgées et un groupe, peu à peu prédominant, de personnes jeunes. Il s’agit de prêtres et d’évêques âgés de 30 à 50 ans. Ces écarts d’âges, note le prêtre «clandestin» de Mindong, ne sont pas neutres: les évêques âgés tendent à ne plus avoir l’énergie suffisante pour diriger les jeunes prêtres et les évêques jeunes trouvent délicat de se faire respecter par des prêtres qui ont le même âge qu’eux.
Selon le Père Chen Xiaofeng, doyen des études au grand séminaire de Shijiazhuang, dans le Hebei, la lettre du cardinal Bertone apporte un soutien à toutes les initiatives visant à renforcer la formation spirituelle dans l’Eglise. Ce n’est pas parce que le nombre des vocations va en s’amenuisant en Chine que les critères qui président au recrutement des séminaristes doivent être abaissés.
Le discernement des vocations est crucial, souligne-t-il, si nous ne voulons pas que, sur un plan spirituel, une formation mal adaptée au séminaire aboutisse à l’ordination de prêtres qui n’agiront pas selon les exigences du ministère dont ils sont revêtus.
Dialoguer avec les autorités sans renoncer aux principes de la foi catholique
Le cardinal Bertone souligne, dans sa lettre adressée «à tous les prêtres de l’Eglise catholique en République populaire de Chine» et rendue publique le 16 novembre en italien, en anglais et en chinois, qu’elle s’inscrit dans l’Année du prêtre. Le document réitère l’importance de la réconciliation au sein de la communauté catholique chinoise et de la conduite d’un dialogue constructif et respectueux avec les autorités chinoises «sans renoncer aux principes de la foi catholique».
Bien que le Saint-Siège n’ait pas donné d’indications sur les raisons de la publication de cette lettre, on peut penser qu’elle est le fruit du travail de la Commission pour l’Eglise catholique en Chine, réunie du 30 mars au 1er avril dernier à Rome. Elle avait pour but d’étudier «des questions d’importance majeure relatives à la vie de l’Eglise en Chine». A l’époque, l’arrestation par la police chinoise de l’évêque «clandestin» de Zhengding, Mgr Jia Zhiguo, avait amené le Saint-Siège à déplorer publiquement «les obstacles au climat de dialogue avec les autorités (chinoises)» que constituaient de telles arrestations. Cependant aucune information n’avait été publiée quant au travail lui-même de la Commission, destiné pourtant à «la formation des séminaristes et des personnes consacrées» et à «la formation permanente du clergé».
Deux ans seulement après la publication de la «Lettre aux catholiques chinois» du pape Benoît XVI, «il ne semble pas que le temps soit venu de tirer des conclusions définitives», écrit le secrétaire d’Etat. Citant le missionnaire jésuite Matteo Ricci, il ajoute: «Je crois qu’on peut dire que nous sommes encore dans le temps des semailles et non dans celui de la récolte». Dans sa lettre, il donne la figure du curé d’Ars en exemple aux prêtres chinois. Il rappelle également que dans une Eglise de Chine où les évêques exercent leur pouvoir de manière trop isolée, «la curie diocésaine doit être organisée et vivante», et qu’à tout le moins, «des prêtres se voient confier les charges principales de vicaire général, de chancelier, d’économe, etc. et que les décisions juridiques et pastorales soient prises en consultation avec eux». (apic/eda/be)



