Vietnam: Les victimes d'une expropriation vont être jugées pour tentative d'homicide
Le Premier ministre vietnamien avait pourtant conclu à l’illégalité de l’opération
Hanoï, 28 mars 2013 (Apic) Au Vietnam, un ingénieur agronome et trois de ses proches parents seront poursuivis pour tentative d’homicide sur des agents de l’Etat dans l’exercice de leurs fonctions. Les faits remontent à 2012. Lorsque les agents en question étaient venus récupérer de force un terrain consacré à l’élevage de poissons et de crustacés, l’exploitant avait résisté. Le Tribunal populaire de Haiphong a fixé au 5 avril 2013 le procès des protagonistes de l’affaire de Tiên Lang, rapporte le 28 mars 2013 l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris, Eglises d’Asie. Le Premier ministre vietnamien a pourtant par la suite conclu à l’illégalité de l’opération.
En son temps, l’affaire avait provoqué une grande émotion et passionné l’opinion publique. Le 5 janvier 2012, dans la province de Haiphong, district de Tiên Lang, une troupe de policiers et de militaires armés étaient venus récupérer par la force un terrain consacré à l’élevage de poissons et de crustacés. L’exploitant, Doan Van Vuon, et ses proches avaient résisté, les armes à la main. Des coups de feu furent tirés. Le domicile privé de l’exploitant avait été entièrement détruit par les assaillants. Aussitôt informé, l’évêque du diocèse avait mené sa propre enquête sur l’exploitant, un catholique pratiquant. Dans une lettre rendue publique, il insistait sur la bonne renommée et les mérites de Pierre Doan Van Vuon, fidèle très apprécié dans sa paroisse.
L’affaire a tout de suite pris une ampleur peu commune. Son principal protagoniste jouissait d’une réputation flatteuse et son entreprise avait, à plusieurs reprises, reçu des éloges officiels pour ses bons résultats. Des habitants de la région épousèrent sa cause et signèrent une pétition en sa faveur. L’ensemble de la presse, même gouvernementale, avait relaté l’affaire en soulignant les violences policières et en laissant transparaître une certaine sympathie pour les victimes. Même le général Vo Nguyên Giap, héros de la guerre d’Indochine et de la guerre du Vietnam, fait connaître publiquement son indignation.
Illégalité
Tout en maintenant des accusations d’homicide contre les exploitants ayant résisté à la police, les instances supérieures se retournèrent d’abord contre les autorités régionales. Les trois principaux responsables de l’opération policière furent limogés. Plus encore, le Premier ministre Nguyên Tân Dung convoqua une réunion au sommet qui conclut à l’illégalité de toute l’opération et prit un certain nombre de sanctions. Cependant, les accusations de tentative d’homicide contre l’exploitant et ses assistants furent maintenus et ces derniers maintenus en prison.
Selon le communiqué du tribunal, en plus des quatre principaux accusés de tentative d’homicide, comparaîtront aussi les épouses de deux des accusés, pour entrave à des agents de l’Etat dans l’exercice de leur fonction.
Dans une lettre envoyée à divers blogs et sites indépendants, la famille de l’accusé dénonce une inculpation injuste prononcée à la suite de procédures arbitraires. Elle affirme que les accusés sont innocents et n’ont agi que pour protéger les biens familiaux dont on voulait les spolier illégitimement.
Selon des informations de «Radio Free Asia», la famille n’a pu rendre visite aux quatre accusés depuis leur arrestation. On sait cependant que, le 26 mars dernier, les avocats ont pu les rencontrer pour préparer le procès. (apic/eda/cw)



