Le président Clinton en quête d’une nouvelle «virginité»

En marge de son voyage au Mexique, le pape se rendra également aux Etats-Unis, où il rencontrera Bill Clinton, à l’heure même où le sénat juge les frasques sexuelles du président américain. Cette rencontre qualifiée de «privée» doit se dérouler à l’aéroport international de Saint-Louis. Le pape et Clinton se sont rencontrés en 1993 et 1994 déjà. Cette visite suscite pourtant un intérêt médiatique particulier.

Au plan politique, les points de frictions entre Clinton et Jean Paul II sont nombreux. Le pape a condamné dans des termes vigoureux les récentes attaques américano-anglaises contre l’Irak, ainsi que les embargos exercés contre ce même pays, mais aussi contre Cuba et la Libye. En outre le Vatican et les Etats-Unis ont été en désaccord lors des dernières conférences internationales du Caire et de Pékin sur la question de l’avortement.

Les Etats-Unis représentent une position particulièrement libérale en matière d’avortement, soutenue par Clinton lui-même, alors que le Vatican souhaite que le droit à la vie soit beaucoup mieux défendu.

Autre point de désaccord: l’euthanasie et la peine de mort. Le pape a constamment condamné l’euthanasie a récemment souhaité l’abolition de la peine de mort. Ce discours n’a sans doute pas dû plaire aux caciques de la politique américaine, et notamment, en matière d’exécutions capitales, au gouverneur du Texas, Georges Bush junior. Le cas de Darrell Meese, dont l’exécution fixée au 27 janvier a été cyniquement reportéée au 10 février, n’aura sans doute pas échappé à Rome. Actuellement, 3’000 prisonniers aux Etats-Unis attendent dans les couloirs de la mort. En 1998, 31condamnés ont été exécutés dans le seul Etat du Texas, dont Karla Tucker, en février, pour laquelle Jean Paul II était intervenu en personne. 70 mineurs attendent actuellement la mort dans les prisons nord-américaines.

Dire que la bénédiction de Jean Paul II est importante pour Clinton relève de l’euphémisme. Les quelque 58 millions de catholiques américains forment un des plus grands groupes sociaux du pays, et la tendance est à la hausse. Un président américain ne peut donc les ignorer, même si lui-même est protestant. L’image de marque de Clinton au plan moral, sérieusement mise à mal par l’affaire Lewinsky, le pousse à se montrer aux côtés du pape, dont l’image est une référence morale. Clinton en a bien besoin aujourd’hui.

Mgr Timothy Dolan, recteur du Collège pontifical nord-américain à Rome, voit trois raisons à ce voyage du pape à Saint-Louis: sinifier la solidarité encore à faire entre l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud; l’importance du diocèse de Saint-Louis ensuite, qui «est un peu le cœur de l’Eglise aux Etats-Unis»; l’amitié personnelle enfin, qui lie lie pape et Mgr Justin Rigali, archevêque du diocèse. (apic/pr)

17 janvier 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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