Québec: Les évêques catholiques en passe de perdre la bataille contre l'euthanasie
Le projet de loi 52 légalisant l’euthanasie va être adopté
Québec, 18 février 2014 (Apic) Malgré la ferme opposition des évêques catholiques du Québec, le projet de loi 52 légalisant l’euthanasie est en passe d’être adopté par l’Assemblée nationale du Québec. La nouvelle loi permettra d’administrer une injection létale à une personne adulte en «fin de vie» et éprouvant des souffrances insupportables. Le Rassemblement québécois contre l’euthanasie a convié les opposants à une veille devant l’Assemblée nationale du Québec le 18 février.
Le projet de loi 52 légalisant l’euthanasie au Québec devrait être voté avant le budget présenté le 20 février, note le Rassemblement. «C’est notre dernière occasion de se lever concrètement pour rappeler la dignité de toute vie humaine avant ce vote. (…) Lançons leur un message clair: les personnes souffrantes en fin de vie ont besoin de soins palliatifs, d’accompagnement et de, surtout, beaucoup d’amour!»
Les évêques catholiques du Québec s’opposent à l’euthanasie depuis les premiers balbutiements du projet de loi 52. Mais avec l’aval de tous les partis, le projet qui concerne les «soins à prodiguer en fin de vie» a toutes les chances de rendre l’euthanasie bien réelle au Québec dans un avenir très proche. Les évêques se demandent déjà quelle approche pastorale ils devront adopter envers les catholiques qui voudront se prévaloir de l’éventuelle loi.
Le gouvernement refuse de définir ce qu’est la «fin de vie»
En marge de l’offensive médiatique des derniers jours visant à sensibiliser les députés de l’Assemblée nationale sur les périls de l’euthanasie, l’épiscopat québécois demeure lucide et sait que pour lui, le combat est loin d’être gagné, note le journaliste Philippe Vaillancourt sur «Proximo», le site internet d’information religieuse québécois. «En fait, il est peut-être déjà perdu», notent les observateurs. Et l’inévitable question à laquelle réfléchit l’épiscopat concerne l’attitude qu’il devra avoir envers les catholiques qui choisiront de devancer l’heure de leur mort.
Mgr Noël Simard, évêque de Valleyfield et opposant décidé au projet de loi 52, déplore que le gouvernement ait refusé toute tentative de définir la «fin de vie». Ce qui «révèle clairement les intentions derrière ce projet: on veut permettre l’euthanasie en fin de vie, sans définir ce qu’est la fin de vie. Cela ouvre la porte à l’euthanasie sur demande», peut-on lire sur le site du diocèse de Valleyfield (www.diocesevalleyfield.org).
En compagnie de son confrère de Saint-Jérôme, Mgr Pierre Morissette, Mgr Simard promet que les évêques «continueront la bataille» si le projet est adopté. Il est cependant conscient que de nouveaux défis pastoraux les guettent avec l’adoption de la loi.
Distinction entre le péché et le pécheur
Selon lui, il y a une distinction à faire entre le légal et le moral. «Une loi qui permet une action immorale aux yeux de l’Eglise devra rester lettre morte dans l’esprit du catholique», indique Mgr Simard, avant de rappeler que l’Eglise fait néanmoins une distinction entre le péché et le pécheur.
«L’Eglise condamne le péché (…). Mais elle ne condamne pas le pécheur, la personne qui aura demandé l’injection mortelle à la fin de sa vie», nuance-t-il.
Mgr Pierre-André Fournier, archevêque de Rimouski et actuel président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ), refuse lui aussi de condamner trop sévèrement les catholiques tentés par cette voie.
«On aura une attitude de salut, de confiance»
«On aura une attitude de salut, de confiance», assure-t-il. A l’instar de Mgr Simard, l’archevêque de Rimouski croit que l’éducation jouera un rôle déterminant dans la manière dont l’épiscopat abordera cet enjeu. «Le rôle de l’évêque et des Eglises sera d’éclairer les chrétiens et chrétiennes sur l’Evangile, précise-t-il. Le Christ est venu sauver, pas condamner. Notre parole est d’abord une parole de salut». Rappelant que ce n’est pas d’hier que l’épiscopat doit composer avec des lois qui sont contraires à la vision du bien de l’Eglise, Mgr Fournier ouvre la porte à de nouvelles attitudes pastorales. «On ne commencera pas à haïr le monde. Notre mission est d’aimer le monde. Mais on a aussi comme mission de donner l’éclairage de notre foi catholique. On ne peut pas forcer les gens, c’est fini ce temps-là!»
Encadré
Avec cette loi, disent les évêques du Québec, «l’acte de donner la mort serait considéré au Québec comme un ‘soin’ qui pourrait être offert et ‘administré’ aux malades en fin de vie». Mais «donner la mort à un malade, ce n’est pas le soigner. Donner une injection mortelle, ce n’est pas un traitement. L’euthanasie n’est pas un soin. (…) Ce qu’il nous faut, au Québec, c’est une véritable aide aux mourants, et non l’euthanasie redéfinie par une loi comme ‘aide médicale’. (…) Oui aux soins palliatifs accessibles à tous, mais non à l’euthanasie présentée sous le nom d’aide médicale à mourir!» (apic/rvm/be)



