Italie: «La liste de Bergoglio» présente le récit des survivants de la dictature argentine

Le provincial des jésuites a sauvé une quantité de personnes menacées

Rome, 27 septembre 2013 (Apic) Soumis comme tout pontife à peine élu à une série d’enquêtes sur de possibles «erreurs de jeunesse», le pape François avait rapidement été blanchi de toute accusation d’avoir laissé faire les acteurs de la dictature argentine durant les Années de plomb. Dans son livre «La liste de Bergoglio» à paraître le 3 octobre, le journaliste italien Nello Scavo raconte l’action du provincial des jésuites durant cette période tourmentée. On y découvre que le jésuite argentin a sauvé une grande quantité de personnes menacées par la dictature, ainsi que l’a expliqué l’auteur à I.MEDIA.

Préfacé par le prix Nobel de la paix Adolfo Pérez Esquivel, cet ouvrage, publié en Italie par «Editrice Missionaria italiana», rassemble des témoignages de survivants recueillis par Nello Scavo, chroniqueur judiciaire du quotidien des évêques italiens Avvenire. Chargé juste après l’élection de Jorge Mario Bergoglio de recueillir des témoignages sur sa vie à Buenos Aires, Nello Scavo s’est ensuite intéressé aux accusations reprises par la presse sur l’éventuelle complicité du jésuite pendant la dictature. «Et si les cardinaux s’étaient trompés?», s’est-il alors demandé, qualifiant de «suspects» les silences autour de la question dans l’entourage du jésuite.

Pourtant, ses lectures et ses recherches vont le mener à d’autres conclusions. «J’ai eu le feu vert de mon directeur, raconte-t-il, qui a assumé le risque que l’on puisse trouver des informations compromettantes sur le nouveau pape».

Alors que Rome et l’entourage ne collaborent pas à son enquête, Nello Scavo rencontre une série de personnes qui évoquent des épisodes liés à ces années sombres. Dans le livre, on découvre ainsi que le Père Bergoglio avait organisé silencieusement un réseau clandestin qui a permis de sauver plusieurs dizaines, si ce n’est des centaines, de personnes qui étaient en danger de mort. La liste de Bergoglio est un ensemble d’histoires personnelles très différentes mais qui se sont toutes bien terminées grâce à lui.

Réseau de protection

Le Père Bergoglio opérait depuis une résidence pour les jésuites, à côté de l’église Saint-Ignace-de-Loyola, et non loin de la Casa Rosada, siège du gouvernement du général Jorge Rafael Videla, pour organiser la fuite de ces personnes. La réussite de ces opérations était liée au fait que les gens qui entraient dans le réseau de protection organisé par le jésuite ne connaissaient pas l’existence d’autres personnes qui se trouvaient dans la même situation.

En effet, le plus grand silence entoure ces récits depuis les années 1970, et Jorge Mario Bergoglio lui-même n’a jamais parlé de son action pendant la dictature. «Ce n’est pas dans son style», assure Nello Scavo. Par ailleurs, précise-t-il, «beaucoup de procès sont encore ouverts» et Jorge Mario Bergoglio estime sans doute qu’il ne convient pas de remuer certains évènements non nécessaires à la recherche de la vérité, qui viendraient perturber la vie de personnes ayant été impliquées de façon positive, les obligeant par exemple à aller témoigner.

Concernant la position de l’Eglise argentine lors de cette période, Nello Scavo a en revanche une «position sévère», assurant que les autorités étaient «conscientes» des violations des Droits de l’Homme en cours dans le pays mais craignaient la «menace communiste». Aux yeux du journaliste, Jorge Mario Bergoglio a ainsi mené une action «à contre-courant» d’autant plus louable. (apic/imedia/mm/cp/bb)

27 septembre 2013 | 14:28
par webmaster@kath.ch
Partagez!