Guerre contre les valeurs universelles et Etats-Unis dénoncés
Le Rapport 2004 d’Amnesty International épingle la Suisse
Londres/Lausanne, le 26 mai 2004. Le rapport annuel 2004 d’Amnesty International (AI), publié aujourd’hui, épingle la Suisse, et dénonce les mauvais traitements infligés par des agents de police à des personnes d’origine étrangère. AI dresse un sombre tableau des multiples atteintes aux droits de l’homme dans le monde.
Les Etats-Unis occupent bien entendu une place de choix sur le théâtre des exactions. Le monde a grand besoin de dirigeants guidés par le sens moral, dit AI. Qui ajoute au désastre de l’Irak et du Proche-Orient des autres lieux de terreur: Colombie, Népal, République démocratique du Congo, Soudan, Tchétchénie. AI stigmatise en outre le recours excessif à la force contre des manifestants, notamment lors du G8. La restriction du droit d’asile et les discours xénophobes tenus lors de la campagne électorale font également partie des préoccupations de l’organisation de défense des droits humains. Quant aux violences domestiques contre les femmes, ajoute l’organisation internationale, elles constituent toujours un problème majeur, malgré les efforts entrepris sur le plan juridique.
Au niveau international, relève AI, les droits humains et le droit international humanitaire ont subi en 2003 les attaques les plus systématiques depuis un demi-siècle, sous les feux croisés des violences perpétrées par les groupes armés et des violations croissantes commises par les Etats. De puissants Etats laissent de côté ou font voler en éclats les principes du droit international et sacrifient les valeurs universelles sur l’autel de la sécurité.
Le Rapport annuel 2004, qui fait le bilan de la situation des droits humains dans le monde entier, épingle la Suisse pour les mauvais traitements accompagnés d’injures infligés à des ressortissants étrangers lors de contrôles d’identité et d’arrestations, et dénonce l’intervention de la police glaronnaise dans deux centres de transit pour requérants d’asile, en juillet dernier, intervention lors de laquelle des requérants ont été ligotés, encagoulés et photographiés alors que certains se trouvaient presque nus.
L’usage abusif d’armes des polices cantonales
Selon AI, la police genevoise aurait aussi fait recours à la force de manière excessive et injustifiée lors des manifestations contre l’OMC en mars et contre le G8 en juin, utilisant sans discernement des armes non adaptées. Plusieurs polices cantonales se sont équipées de pistolets incapacitants qui peuvent donner lieu à un usage abusif. D’autre part, le Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes a fait part de son inquiétude face à l’ampleur des violences au sein de la famille, à la traite des femmes et des jeunes filles et au nombre important de cas de mutilation génitale parmi les migrantes d’origine africaine.
Convention de Genève piétinée
Sur le plan mondial, «Les gouvernements n’agissent plus dans une perspective morale et sacrifient les valeurs universelles sur l’autel de la sécurité», a déclaré Irene Khan, Secrétaire générale d’Amnesty International. «Les visées sécuritaires mondiales du gouvernement des Etats- Unis se révèlent dépourvues de principes ou de clairvoyance. En se rendant coupable de violations des droits humains sur son territoire, en fermant les yeux sur les atteintes commises à l’étranger et en recourant sans restriction à des frappes militaires préventives, ce gouvernement porte atteinte à la justice et à la liberté et rend le monde encore moins sûr».
Le rapport recense un certain nombre d’homicides illégaux de civils commis par les troupes de la coalition et par des groupes armés en Irak. Dans ce pays, mais aussi sur la base américaine de Guantánamo Bay (Cuba), en Afghanistan et ailleurs, des centaines de personnes ont été emprisonnées par les Etats-Unis et leurs alliés. Vulnérables, comme en témoignent les informations faisant état d’actes de torture et de mauvais traitements, elles sont détenues sans inculpation ni jugement, ne sont pas autorisées à consulter un avocat et ne bénéficient pas de la protection des Conventions de Genève.
«En refusant de protéger les droits fondamentaux de coupables présumés, les gouvernements portent atteinte aux droits d’innocents et nous mettent tous en danger», a ajouté Irene Khan.
AI condamne également les attaques criminelles, cruelles et implacables menées par des groupes armés comme Al Qaïda, qui mettent très concrètement en péril la sécurité de personnes dans le monde entier. L’organisation a indiqué que les attaques violentes contre les civils et contre les institutions chargées de trouver des solutions aux conflits et à l’insécurité, telles que les Nations Unies et le Comité international de la Croix-Rouge, constituaient une menace nouvelle et bien réelle pour la justice internationale.
Aggravation des conflits
Pour AI, la «guerre contre le terrorisme» et la guerre en Irak ont suscité une nouvelle vague d’atteintes aux droits humains et détourné l’attention de situations préexistantes. Le Rapport 2004 contient des informations sur les conflits persistants qui, en Colombie, au Népal, en République démocratique du Congo, au Soudan, en Tchétchénie et dans d’autres pays, donnent lieu aux pires atrocités, et ce loin de l’attention de la communauté internationale. La violence en Israël et dans les Territoires occupés s’est aggravée, tandis que dans d’autres États, les autorités jouent ouvertement la carte de la répression.
«Obnubilés par la menace représentée par l’éventuelle présence d’armement de destruction massive en Irak, les Etats ne se sont pas préoccupés des véritables armes de destruction massive que sont l’injustice et l’impunité, la pauvreté, la discrimination et le racisme, le commerce non réglementé d’armes légères, la violence contre les femmes et contre les enfants», a déclaré Irene Khan. «Le monde a grand besoin de dirigeants guidés par le sens moral et s’appuyant sur les valeurs universelles des droits humains».
Tout en mettant en évidence les atteintes aux droits humains et l’impunité, ainsi que l’hypocrisie et le double langage, Amnesty International a souligné le rôle grandissant de la société civile, qui peut renverser le cours des choses au bénéfice du respect des droits humains. AI s’en prend enfin aux Etats-Unis et à la croisade menée par ce pays pour affaiblir la justice internationale et obtenir l’immunité universelle de ses ressortissants. (apic/com/pr)




