Le respect, une «valeur ajoutée» dans la relation avec les étrangers
Série Apic: Bâtisseurs de ponts (9) –
Walter Jucker dirige le service «Bâtisseurs de ponts» de la police cantonale zurichoise
Zurich, 18 juillet 2014 (Apic) Le récent service «Bâtisseurs de ponts» (Fachstelle Brückenbauer) de la police cantonale zurichoise est unique en Suisse. Walter Jucker a oeuvré à sa mise en place, avant de le diriger depuis 2008. Il est, avec une équipe formée de 7 policiers spécialisés, bâtisseur de ponts entre immigrés et autochtones, tâche qu’il accomplit avec coeur et âme.
Walter Jucker porte un regard pragmatique sur le fait que cette mission lui ait été confiée. Il estime qu’il se trouvait au bon endroit au bon moment. Il admet qu’en tant que chef de service à l’instruction sur la circulation, il était peut-être prédestiné à ce nouveau poste. Naturellement, on connaissait également son approche de la personne humaine. Il faut être ouvert et communicatif pour aller à la rencontre des gens et pouvoir établir des relations de confiance. «On l’est ou on ne l’est pas. Si on ne correspond pas à cette attitude fondamentale, même le meilleur cours de psychologie n’apporte rien». Pourtant, il n’y voit rien de si extraordinaire: «Nous partons du point de vue que tous les agents de police possèdent ces capacités».
Le quotidien de la police est souvent marqué par la fréquentation d’étrangers qui ne respectent pas les lois suisses. C’est pourquoi il est particulièrement important pour les forces de l’ordre de garder à l’esprit que «tous les étrangers ne sont pas des criminels». Walter Jucker l’affirme en brandissant une analyse interne détaillée des statistiques. «En 2013, dans le canton de Zurich, 54,4% des délits sont commis par des étrangers. Mais ça ne signifie pas que 54,4% de tous les étrangers ont commis un délit! Car selon les estimations, il n’y a que 1,37% des étrangers établis dans le canton qui ont encouru une peine.»
Des compétences interculturelles nécessaires
Les compétences interculturelles sont nécessaires pour tous les employés de la police. Les développer est du ressort de «Bâtisseurs de ponts». A cet effet, en plus des enseignements directs, le service utilise également intranet pour présenter les grandes religions, décrire les cercles culturels, indiquer un lien avec des organisations actives dans le domaine de la migration, … «Plus on a l’habitude de connaître l’autre, plus il sera simple de collaborer avec lui.» Le respect est un mot-clé dans ce domaine. Et dans les deux sens. Davantage de respect constitue la «valeur ajoutée» à laquelle aspire le service «Bâtisseurs de ponts». Respecter ce principe permet de diminuer les conflits lors des interventions policières et par conséquent de diminuer en fin de compte la criminalité.
Mais pour réaliser des buts préventifs aussi exigeants, cela nécessite encore beaucoup de travail. Walter Jucker demeure réaliste. Il a vécu assez d’expériences, autant dans la police que dans la vie privée, pour rester les pieds sur terre. Au terme de sa première formation professionnelle, le citadin zurichois est parti en Afrique du Sud, «J’y étais l’étranger, celui qui n’était pas du lieu. J’ai fait connaissance avec d’autres mentalités, un autre système.» Et lors de son retour en voiture en Suisse, il a été confronté à quelques leçons inattendues sur le pouvoir de l’Etat. «Cela a forgé en moi un fort sentiment de compréhension à l’égard des personnes qui se trouvent actuellement chez nous et qui ne connaissent pas une police respectant les règles.»
Rassurer sur le rôle de la police
Ainsi, il appartient à Walter Jucker, lors de cours d’allemand donnés à des candidats à l’asile, de montrer comment fonctionne la police locale. «Nous devons expliquer que les contrôles de police corrects et conformes à la loi font partie de notre système juridique. Lors de ces cours, nous parlons aussi beaucoup de l’égalité des droits entre hommes et femmes, de la violence domestique et des lois qui concernent ces questions en Suisse. Le feedback est excellent. Le fait que la police prenne le temps de dialoguer est très apprécié».
En plus de ces cours, les mises en réseau et la collaboration entre partenaires avec les organisations pour les étrangers et d’autres services constituent des thèmes importants pour les «Bâtisseurs de ponts». «Nous ne devons pas tout savoir nous-mêmes et être responsables de tout! Ainsi, nous indiquons par exemple aux personnes menacées de mariage forcé, mais qui ne veulent pas déposer plainte, le site internet de référence.»
Il arrive aussi que les compétences dans le domaine du dialogue soient mises à contribution. Les «bâtisseurs de ponts» ont ainsi dû intervenir comme intermédiaires dans une affaire de menaces de vengeance. Walter Jucker en est convaincu: «Si jusqu’à présent, nous avons pu éviter ne serait-ce qu’un délit de meurtre, le service «Bâtisseurs de ponts» en a déjà valu la peine: que ce soit aux niveaux éthique, humain, mais aussi financier.»
Note: informations en allemand sur le site www.kapo.zh.ch/bb
Encadré:
De tout temps, des gens se sont engagés pour bâtir des ponts: entre les personnes, mais aussi entre les confessions, religions, générations, races, langues ou entre différents milieux. Ces bâtisseurs de ponts peuvent réussir, mais il arrive que leur entreprise soit difficile, pénible, épuisante ou même compromise. La série d’été 2014 de l’Apic/Kipa donne la parole à des femmes et des hommes qui bâtissent des ponts dans différents domaines.
Indication aux rédactions: Des photos en lien avec cet article peuvent être commandées à kipa@kipa-apic.ch. Prix pour diffusion: 80 frs la première, 60 frs les suivantes.
(apic/re/bb)



