Vatican

Le Saint-Siège a pu être mal conseillé ou trompé

«Il est possible que, dans certains cas, le Saint-Siège ait été non seulement mal conseillé mais aussi trompé», déclare le père Juan Antonio Guerrero, préfet du Secrétariat pour l’économie. Dans un entretien accordé à Vatican News en italien le 1er octobre 2020, le jésuite affirme cependant que les réformes en cours poussent à une «meilleur collaboration» entre les différents services, ainsi qu’à une plus grande centralisation devant offrir à la fois plus de transparence et plus de professionnalisme. 

Dans le cadre de la présentation du bilan économique de la Curie pour l’année 2019, le Père Guerrero a mis en avant le volontarisme du Saint-Siège en terme de rationalisation de ses services. Il a affirmé comprendre que l’actualité récente – les révélations sur l’immeuble de Londres et l’affaire du cardinal Angelo Becciu, écarté par le pape le 24 septembre – «désoriente» beaucoup de monde. 

«Il est possible que, dans certains cas, le Saint-Siège ait été non seulement mal conseillé mais aussi trompé», reconnaît le préfet du Secrétariat pour l’économie. Le processus de centralisation des différents fonds du Saint-Siège au sein l’Administration du patrimoine du siège apostolique (APSA), enclenché en juillet 2020 doit à cet égard apporter transparence et professionnalisme, assure-t-il. Il doit également permettre d’investir «selon la doctrine sociale de l’Église, avec des critiques éthiques et durables». Par souci d’efficacité, il convient cependant selon lui que la centralisation soit «combinée avec la subsidiarité».

«L’économie du Saint-Siège doit être une maison de verre»

Le prêtre espagnol, nommé en janvier 2020, apporte quelques précisions sur l’enquête en cours : «pour autant que je sache, les pertes de Londres n’ont pas été couvertes par le Denier de St-Pierre, mais par d’autres fonds de réserve de la Secrétairerie d’État» – une information qu’avait déjà avancée le cardinal Becciu le 18 février 2020. «Les fidèles ont le droit de savoir comment nous utilisons les ressources», insiste-t-il, expliquant que l’économie du Saint-Siège était aujourd’hui organisée autour de sa véritable «mission». Insistant sur la transparence, il déclare : «L’économie du Saint-Siège doit être une maison de verre.»

Le Saint-Siège est obligé de «donner plus que ce [qu’il a] pour accomplir [sa] mission» : il doit faire preuve d’une forme d’»audace missionnaire», déclare le Père Guerrero, reconnaissant un paradoxe en ce que le Vatican a en même temps le devoir d’adopter la prudente gestion d’un «bon père de famille». Le Saint-Siège n’est pas une «grande entité économique», et «nombre d’universités aux États-Unis […] ont un volume supérieur à celui de la Curie».

La mission du Saint-Siège

«La mission principale du Saint-Siège est d’aider à porter le message de l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre», énonce le jésuite, et ce soit en communiquant, en jouant un rôle de médiateur, en aidant matériellement, ou en diffusant le magistère du pontife. Tous ces aspects contribuent à la «charité du pape», explique-t-il. 

Reconnaissant les difficultés économiques que devraient rencontrer le Vatican en 2020, il souligne l’importante dépendance du Saint-Siège aux «rendement des actifs et aux dons», deux secteurs affectés par la crise. «Nous devons résister, a-t-il expliqué, résister ensemble, partager les sacrifices. Comme l’a dit le pape, la crise peut être une situation privilégiée qui nous rendra meilleurs. Elle peut également être l’occasion d’introduire les changements nécessaires.» (cath.ch/imedia/cd/mp)

Le Père Antonio Guerrero Alves entend pousuivre la lutte contre la corruption | © Compagnie de Jésus
2 octobre 2020 | 08:54
par I.MEDIA
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