Cambodge: La condition des ouvrières de l’industrie textile s’améliore lentement
Le salaire minimum relevé
Phnom Penh, 20 juin 2013 (Apic) La condition des ouvrières de l’industrie textile au Cambodge s’améliore lentement, notamment grâce à l’action des syndicats. Au début du moins de juin, le Premier ministre Hun Sen a annoncé que le salaire minimum était relevé de 62 à 80 dollars mensuels. Soit le double de ce qui est pratiqué au Bangladesh.
L’augmentation du salaire minimum s’explique en partie par la proximité des élections prévues le 28 juillet mais aussi par l’émotion suscité par les 1’127 morts tirés des décombres d’une usine effondrée le 24 avril dernier à Dacca, au Bangladesh, estime l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris «Eglises d’Asie» (EdA).
Emblématique de la mondialisation, l’industrie textile s’est développée depuis une vingtaine d’années au Cambodge. Elle connaît tous les travers induits par ce modèle de développement : exploitation des ouvriers, faible respect des normes sociales et environnementales. 400’000 personnes travaillent et vivent dans les usines-ateliers qui entourent Phnom Penh. Pour le Père François Ponchaud, des Missions Etrangères de Paris, «les conditions de travail sont semblables à celles qui prévalaient dans les ateliers en Europe au XIXe siècle. Il est évident que les choses peuvent être grandement améliorées».
‘Chair à produire’
Présent à Phnom Penh depuis 2008, le Père Pierre Laurent, de la Mission de France, distingue différents cas de figure au sein des quelque 400 fabriques textiles de la région. «Une partie des patrons perçoit la main-d’œuvre comme de ›la chair à produire’, comme l’on parlait de ›chair à canon’ dans le domaine de la guerre. Ceux-là ont beaucoup de mal à respecter la législation en vigueur et les conditions de travail dans leurs usines sont mauvaises». Les entreprises à capitaux chinois sont nombreuses dans cette catégorie. D’autres patrons ont compris leur intérêt à traiter correctement leurs employés. «Le rythme de 3 x 8 est respecté, les heures supplémentaires non payées sont rares, des cantines fournissent aux employés deux repas par jour», précise-t-il.
Le Père Laurent a constaté que le profil des ouvrières changeait. Là où il y a dix ou quinze ans, les ouvrières étaient des jeunes femmes quasi exclusivement issues des campagnes, aujourd’hui, ce sont souvent des jeunes urbains qui sont embauchés dans les ateliers. Ils se montrent moins malléables que leurs aînés.
Les conditions de logement des employés changent cependant très peu. Plus de la moitié d’entre eux sont logés dans des ‘parcs’, vastes ensembles où un ‘box’, loué de 40 à 45 dollars par mois, est partagé par six à huit personnes. Ces ‘parcs’, gérés par des entreprises distinctes des usines textiles, offrent un confort plus que limité dans une grande promiscuité.
70 à 80% d’employés syndiqués
Selon David Welsh, directeur pour le Cambodge de Solidarity Center, une organisation américaine défendant la cause des ouvriers à travers le monde, la vitalité du mouvement syndicaliste au Cambodge explique en partie les différences qui existent dans les usines textile entre le Cambodge et le Bangladesh. «Environ 70 à 80 % des ouvriers dans le textile au Cambodge sont syndiqués, là où ce chiffre ne dépasse pas les 4 % au Bangladesh», explique-t-il. Au début juin, environ 4’000 travailleurs en grève d’une usine fabriquant des habits pour la marque Nike n’ont ainsi pas hésité à forcer leur passage jusque dans les ateliers, se heurtant brièvement mais sévèrement à leurs collègues non grévistes.
En vue des élections générales du 28 juillet prochain, le gouvernement du Premier ministre Hun Sen a annoncé début juin le relèvement du salaire minimum de 62 à 80 dollars par mois. Pour Rong Panh, de la CCU (Confédération cambodgienne des syndicats), cette augmentation reste insuffisante. «Nous voulons 150 dollars mensuels parce que l’augmentation concédée ne couvre pas l’inflation des loyers et du coût de la vie. A Phnom Penh, elle permet à peine de maintenir le niveau de vie des ouvriers». (apic/eda/mp)



