L’Europe pousse les clandestins dans les bras des trafiquants
Le Service Jésuite des Réfugiés inquiet pour le droit d’asile
Bruxelles, 2 mars 2001 (APIC) Les mesures prises dans l’Union Européenne pour combattre l’immigration clandestine privent d’une protection légitime les personnes qui ont réellement besoin d’une terre d’asile. Elles portent aussi atteinte à des droits humains fondamentaux. Ce sont deux résultats majeurs qui viennent d’être dégagés d’études menées à l’initiative du Service Jésuite des Réfugiés en Europe. L’étude montrent aussi qu’il est vain de combattre l’immigration due à des raisons économiques, sans toucher aux causes qui la provoquent: pauvreté, discrimination, manque d’emplois, et réclame une humanisation de la procédure
Entamer une procédure d’asile n’inspire guère de soulagement aux candidats réfugiés. Cela suscite plutôt pas mal des de craintes, révèlent les chercheurs qui ont recueilli leurs données en Allemagne, en Espagne et au Royaume-Uni. Les candidats réfugiés ont peur notamment d’être mis en détention, ou d’être confrontés à un pouvoir de décision incrédule. L’angoisse d’une personne en quête d’asile tourne même au cauchemar quand, cherchant à fuir un pays où elle est objectivement menacée, elle apprend que son pays figure sur une liste de «pays sûrs» aux yeux de certains Etats européens.
Les chemins de l’exode se sont d’ailleurs rétrécis, suite aux menaces de sanctions brandies à l’égard des transporteurs de passagers clandestins et suite aux politiques restrictives en matière de visa. Finalement, chez nombre de candidats réfugiés, les craintes sont telles qu’ils préfèrent la voie de l’immigration clandestine. Ces résultats, basés sur des enquêtes de terrain, viennent d’être publiés par le Service Jésuite des Réfugiés. Le Père John Dardis, directeur du Service en Europe, les trouve «très préoccupants». D’une part, constate-t-il, «ce sont les gens les plus vulnérables et les plus en demande de compassion qui ont peur de faire valoir leurs revendications par la voie légale. Les demandeurs d’asile sont ainsi poussés dans les bras des trafiquants. C’est, semble-t-il, un effet particulièrement grave des politiques gouvernementales».
D’autre part, poursuit le religieux, «la recherche montre qu’à côté du système d’asile, on a un besoin pressant d’une politique de l’immigration. Comme les immigrés clandestins ne satisfont pas aux exigences de la Convention de Genève de 1951 sur le statut des réfugiés, ils ne peuvent pas prétendre à ce statut. Alors, il faut un système qui rencontre leurs besoins d’une façon juste et dans le respect des droits humains».
Toucher aux causes
Les études auxquelles se réfère le Service Jésuite des Réfugiés montrent aussi qu’il est vain de combattre l’immigration due à des raisons économiques, sans toucher aux causes qui la provoquent: pauvreté, discrimination, manque d’emplois… Lena Barrett, responsable des questions politiques au sein du JRS, dénonce à ce propos une incohérence déjà ancienne de la part de l’Union Européenne. Elle se réjouit de voir désormais la Commission européenne admettre que l’Union doit ouvrir ses portes aux travailleurs immigrés. «L’Europe a besoin des immigrés, et elle doit le reconnaître», insiste Lena Barrett. Le Service Jésuite des Réfugiés s’engage à coopérer avec les autorités pour la mise en place d’une politique d’immigration adéquate. «Sans quoi, le système d’asile sera surchargé et les demandeurs d’asile seront traités avec une suspicion qu’ils ne méritent pas. Nous nous inquiétons donc de voir comment les demande d’asile sont traitées. Nous ne pouvons écarter la possibilité que certaines demandes sont injustement rejetées».
Quelles qu’en soient les causes, l’immigration clandestine prive les personnes de tout droit: le phénomène se répète d’un pays à l’autre. Les immigrés clandestins se trouvent «privés de la protection élémentaire d’une législation pénale et civile et dépourvus des moyens légaux de faire valoir un titre quelconque à recevoir un traitement juste et humain». Bref, leurs droits humains fondamentaux peuvent être violés sans que cela donne droit à la moindre réparation !
C’est pourquoi le Service Jésuite des Réfugiés réclame une humanisation des procédures d’asile et la mise sur pied d’une politique d’immigration adéquate: «Il faut renverser les barrières qui poussent les gens à recourir à des trafiquants. Sinon, on va renforcer les éléments criminels qui se livrent sans scrupule au trafic des êtres humains. Si nous sommes fiers de nos droits humains, nous devons garantir à chacun des droits fondés sur sa dignité de personne humaine, quel que soit son statut. Sinon, nos dénonciations des violations des droits humains ailleurs sonneront creux». (apic/cip/pr)




