Ouagadougou: Assemblée générale houleuse de l’Union catholique internationale de la presse (UCIP)
«Le sommet de l’UCIP doit être changé», avait laissé entendre le Vatican
Ouagadougou, 23 septembre 2010 (Apic) L’Union catholique internationale de la presse (UCIP), qui a tenu son assemblée générale 2010 samedi 18 septembre à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, n’est pas sortie de la crise née lors de son Congrès mondial à Sherbrooke, au Québec, en 2007 (*). «Le sommet de l’UCIP doit être changé», avait laissé entendre le Vatican en décembre dernier.
A l’occasion de l’assemblée générale de l’UCIP, deux nouveaux vice-présidents ont été élus: le professeur vénézuélien Andres Canizales et la journaliste zimbabwéenne Joyce Kazembe, ainsi qu’un nouvel assistant ecclésiastique, le jésuite suisse Albert Longchamp, et une nouvelle trésorière, l’Allemande Elisabeth Moest. Le secrétaire général de l’UCIP, Joseph Calstas-Chittilappilly, a également été réélu.
Cependant, les procédures employées ont été contestées. Sans se récuser, comme cela aurait dû être le cas dans de telles circonstances, le secrétaire général (qui est également l’unique salarié de l’UCIP) a dirigé lui-même le vote qui le concernait, disposant en plus de procurations.
Selon la liste officielle remise par le bureau de presse de l’UCIP à Ouagadougou, 255 personnes d’une trentaine de nationalités, gens de médias et personnes intéressées, ont participé aux travaux du Congrès mondial, venant essentiellement d’Afrique. Aucun participant n’est venu d’Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada). Seule une poignée d’entre eux avait fait le déplacement d’Europe, d’Asie et d’Amérique latine. Sur le site internet de l’UCIP (www.ucip.ch), on mentionne cependant plus d’un millier de participants de tous les continents, dont «455 étaient des journalistes professionnels».
Excellent travail réalisé par l’UCAP du Burkina Faso
Des sources vaticanes contactées par l’Apic ont salué l’excellent travail réalisé par l’UCAP (Union catholique africaine de la presse) du Burkina Faso à l’occasion de ce premier Congrès mondial de l’UCIP tenu en Afrique du 12 au 19 septembre 2010. Son thème était «Les médias au service de la justice, de la paix et de la bonne gouvernance dans un monde d’inégalités et de pauvreté».
Mais ces responsables au Vatican, qui soutiennent le travail effectué dans les différents continents, ont déclaré sans ambages: «La tête de l’UCIP doit être changée». Cela avait également été demandé dans une lettre datée du 15 décembre 2009 signée par le cardinal Stanislaw Rylko, président du Conseil pontifical pour les laïcs à Rome, dont dépend l’UCIP, qui est répertoriée au Vatican parmi les «associations internationales de fidèles».
La lettre du cardinal Rylko toujours pas distribuée aux membres
Le cardinal Rylko y évoquait «l’indispensable nécessité de changer les membres qui forment la présidence» en mentionnant explicitement les vice-présidents, le trésorier, le secrétaire général et l’assistant ecclésiastique. Cette lettre demandait instamment à Bernhard Sassmann, nouveau président de l’UCIP, de veiller personnellement à ce qu’elle soit envoyée «immédiatement et dans son intégralité à tous les membres de l’UCIP». Cette lettre du 15 décembre 2009 n’a pas été portée à la connaissance des membres de l’UCIP malgré des demandes réitérées.
Une assemblée générale fermée à la presse et aux observateurs de l’UCIP
L’assemblée générale de l’Union catholique internationale de la presse tenue à Ouagadougou n’était pas ouverte à la presse extérieure ni même aux membres de l’UCIP qui avaient souhaité y assister en tant qu’observateurs sans droit de vote. Trois d’entre eux, dont la journaliste sud-africaine Else Marie José Strivens (UCAP-Afrique) (*), le Malien Alexis Dembelé (UCAP-Afrique), et le rédacteur en chef de l’Agence de presse internationale catholique Apic Jacques Berset (Suisse), se sont vus empêcher de participer à l’assemblée. Ce dernier fut pourtant à deux reprises vice-président de l’UCIP.
L’argument avancé dans ce cas: son entreprise ne paie pas une cotisation assez élevée. L’Apic fournit cependant à l’UCIP, en plus de son soutien financier, des prestations à titre gracieux depuis de nombreuses années. Ni le procès-verbal de la dernière assemblée générale à Rome (où le professeur Ismar de Oliveira Soares est toujours mentionné comme ›président de l’UCIP’), ni l’ordre du jour de l’assemblée générale, n’ont été transmis aux membres non agréés par le secrétaire général malgré plusieurs demandes. Ceux-ci étaient «réservés aux membres ayant le droit de vote».
14 membres participent aux élections
Sur les 48 membres cotisants aptes à voter au plan mondial, seuls 14 étaient présents à Ouagadougou, et 24 procurations étaient de plus considérées comme valables.
Ni le nouveau président de l’UCIP, l’Autrichien Bernhard Sassmann (malade), ni les vice-présidents, ni le trésorier, n’étaient présents à Ouagadougou. Le secrétaire général lui-même a assumé la présidence des débats et dirigé les élections. Il a également distribué les procurations disponibles à certains membres seulement (au maximum trois par personne habilitée à voter, selon la demande explicite du Vatican, qui n’a plus accepté que les procurations restent aux seules mains de l’ancien président et du secrétaire général).
C’est en raison de la crise profonde que traverse l’UCIP depuis quelques années que le Vatican, inquiet de l’avenir de cette organisation internationale catholique, s’est toujours davantage impliqué dans la vie de l’Union.
Le Vatican aurait souhaité une discussion sur le profil du secrétaire général
Le prêtre italien Don Franco Mazza, assistant ecclésiastique sortant de l’UCIP (qui est désormais remplacé à ce poste par le Père Longchamp), s’est étonné que n’apparaisse pas à l’ordre du jour de l’assemblée un point qui tient à cœur au Vatican: la définition précise du rôle et des compétences du secrétaire général (le seul salarié de l’UCIP) et des qualifications requises pour occuper ce poste. Il s’agissait de discuter du profil d’un secrétaire général apte à diriger une Organisation internationale catholique (OIC).
Comme membre de la direction de l’UCIP, Don Franco Mazza avait envoyé ce point de l’ordre du jour longtemps à l’avance. Il aurait dû être traité avant le point concernant l’élection de deux nouveaux vice-présidents et la réélection du secrétaire général Joseph Calstas-Chittilappilly. Don Franco Mazza aurait ainsi souhaité que l’on débatte sur les structures de l’UCIP avant de procéder aux élections. Mais, d’entente avec le président Sassmann, ce point n’a pas été mis à l’ordre du jour de sorte que les élections se sont déroulées sans que l’on n’aborde la question du profil de cette fonction clef au sein de l’UCIP, et le secrétaire général a été réélu sans difficultés.
Des réactions sont attendues de Rome
Don Franco Mazza, l’assistant ecclésiastique sortant – qui fut vice-directeur du Bureau des communications de la Conférence épiscopale italienne (CEI) – s’est déclaré très déçu que l’on n’a pas inscrit sa demande sur l’ordre du jour, ce qui a empêché une discussion pourtant très nécessaire. La Conférence épiscopale italienne risque ainsi de retirer son soutien à l’UCIP, comme l’ont fait ces dernières années notamment Bayard Presse et les Associations de la presse catholique aux Etats-Unis et au Canada. JB
(*) Après Sherbrooke, l’élection de la journaliste sud-africaine Else Marie José Strivens à la tête de l’UCIP – déclarée élue régulièrement le 8 juin 2007 par le comité électoral de l’UCIP – avait été invalidée en octobre suivant suite à des plaintes envoyées au Vatican. Motif invoqué: la politique restrictive en matière de visas du gouvernement canadien aurait empêché un certain nombre de membres de l’UCIP de participer au Congrès mondial tenu du 3 au 10 juin à l’Université anglicane Bishop’s, dans les Cantons-de-l’Est, au Québec. L’UCIP a parlé de «nombreuses personnes refusées», ce qui aurait faussé le résultat des élections. De fait, en totalité, les membres cotisants aptes à voter et à participer aux élections lors de l’assemblée générale de l’UCIP ne sont que de l’ordre d’une cinquantaine. Ils étaient d’ailleurs seulement 14 membres aptes à voter lors de l’assemblée générale de Ouagadougou et ne disposaient que de 24 procurations valables.
Else Strivens avait pourtant été réélue à l’occasion de l’assemblée générale annuelle suivant celle de Sherbrooke, tenue à Rome en octobre 2008. Suite à de nouvelles manœuvres au sein de l’Union, son élection était à nouveau invalidée. Le professeur brésilien Ismar de Oliveira Soares, le président non réélu, était resté en poste, provoquant une crise au sein de l’organisation et la démission d’un certain nombre de membres. Dans le procès-verbal de la réunion du 30 octobre au 3 novembre 2009 à Rome, Ismar de Oliveira Soares apparaît toujours avec le titre de «président de l’UCIP» alors qu’il n’avait pas été réélu. JB
(**) Dès l’automne 2007, des membres du Bureau de l’UCIP et de l’Association canadienne des périodiques catholiques (ACPC) – qui avait organisé le Congrès mondial à Sherbrooke – avaient tenté de défendre la validité de l’assemblée. Gaëtane Larose a participé à une réunion à Rome les 21 et 22 janvier 2008 dans ce but. Malgré les efforts consentis, la situation est demeurée inchangée et l’ACPC s’est retirée de l’UCIP comme membre institutionnel «pour une période indéterminée». «Notre association refuse de s’affilier à un organisme dont la gestion n’est pas transparente et dont les méthodes de travail laissent perplexe. C’est ce que nous avons constaté à maintes reprises dans l’imbroglio qui a suivi le Congrès UCIP 2007», peut-on lire sur le site de l’ACPC.
En mars 2008, les trois représentants du groupe Bayard Presse (Paris) membres du Bureau de l’UCIP ont remis leur démission: Didier Robiliard, vice-président, Michel Kubler, de la Fédération des quotidiens, et Vincent Fauvel, président de la région Europe. Ils soulignaient de manière unanime et régulière «des dysfonctionnements de l’organisation de nature à rompre la confiance indispensable à ce type d’engagement, dysfonctionnements auxquels il n’a jamais été remédié malgré leurs mises en garde». C’est en raison de cette crise profonde que le Vatican, inquiet de l’avenir de l’UCIP, s’est toujours davantage impliqué dans la vie de l’organisation. (apic/be)



