Milan : Entretien avec Antonios Naguib, patriarche d’Alexandrie des coptes

Le synode du Moyen-Orient n’est pas anti-israélien

Milan, 26 octobre 2010 (Apic) Antonios Naguib, patriarche d’Alexandrie des coptes et rapporteur lors du Synode sur le Moyen-Orient, figure sur la liste des nouveaux cardinaux de Benoît XVI. Il se confie au quotidien milanais «Il Giornale», au sujet des controverses soulevées par le gouvernement israélien à l’encontre du Synode.

«Le Synode a été pensé pour favoriser le dialogue, afin d’éliminer les causes de la douleur ressentie par les populations, mais non pour augmenter les contrastes», affirme Antonios Naguib au quotidien milanais «Il Giornale».

Le Synode : un forum pour des attaques contre l’Etat d’Israël ?

«C’est faux, parce que ni l’Eglise, ni ses évêques ne peuvent prendre position contre l’évangile, affirme le patriarche. L’Eglise n’est pas contre quelqu’un. Mais la vérité ne peut pas être tue, et depuis Pie XII, tous les papes ont réclamé les droits du peuple palestinien à disposer d’une patrie avec des frontières sûres. Tout comme il a été répété, aussi lors du Synode, Israël a le droit de vivre en paix et en sécurité. N’oublions pas que le conflit israélo-palestinien attend une solution depuis 62 ans, sans signes d’une réelle volonté de le résoudre, même si la culpabilité ne peut pas être attribuée seulement à une partie».

La Bible pour justifier l’occupation des territoires ?

«Certains utilisent la Bible pour justifier certaines attitudes. Je ne parle pas seulement des colons dans les territoires palestiniens, je pense aussi à certains courants évangéliques américains. Mais cela ne doit pas nous faire oublier que les derniers papes, et le Synode, ont clairement condamné l’usage du nom de Dieu pour justifier la haine et le terrorisme fondamentaliste. Par conséquent, je ne crois pas que nous soyons anti-israéliens», conclut le patriarche.

Le Coran invite-t-il à «imposer la religion par la force» ?

Mgr Beylouni, évêque libanais, a dit :»Avec les musulmans, il faut dialoguer pour historiciser et contextualiser les versets coraniques qui incitent à la violence. (…) Cet argument a été traité dans les groupes de travail au Synode. Nous pensons qu’il est nécessaire d’étudier et de revoir certaines citations, qui ont été écrites à des époques et dans des contextes différents, et qui aujourd’hui sont utilisées pour justifier des actes de violence».

Préoccupation envers le fondamentalisme ?

«Presque tous les pays arabes ont réussi à maîtriser et à contrôler la situation, mais la composante fondamentaliste gagne du terrain. Si la liberté de culte est garantie, la liberté de conscience et de changer de religion ne l’est pas».

Disparition des chrétiens en Terre sainte et au Moyen-Orient ?

«Nous devons tout faire pour l’éviter, affirme le patriarche d’Alexandrie. Les chrétiens émigrent pour des motifs économiques, à cause de l’instabilité dans la région et la poursuite des conflits. Et il y a des groupes qui agissent aussi illégalement pour obliger les chrétiens à s’en aller, comme en Irak, où l’on envisage de créer une enclave dans le nord et de les rassembler. Mais l’histoire nous enseigne que les ghettos peuvent être le prélude à des actions bien plus graves». (apic/il giornale/at/ggc)

26 octobre 2010 | 16:06
par webmaster@kath.ch
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