La chrétienté est en train disparaître en Amérique Latine

Le théologien belge Joseph Comblin pessimiste:

Santiago, 22 septembre 1998 (APIC) L’avenir du catholicisme est menacé en Amérique Latine, estime le théologien de la libération Joseph Comblin, prêtre «Fidei Donum» présent sur le continent depuis 40 ans.

Prêtre de l’archidiocèse de Malines-Bruxelles, Joseph Comblin, âgé aujourd’hui de 75 ans, est arrivé au Brésil en 1958. Docteur en théologie, il enseigna à l’Institut théologique de Recife, où il fut l’un des proches collaborateurs de Dom Helder Camara. Il a vécu au Brésil de 1958 à 1972 et de 1980 à aujourd’hui. Expulsé en 1972 pour «menées subversives», il enseigna entre-temps à l’Université Catholique du Chili (Talca), où il fut interdit d’entrée en 1980, ainsi qu’à l’Université Catholique de Louvain.

Le théologien, qui vit et travaille dans le Nordeste brésilien, était récemment l’invité au Chili de divers groupes réunis pour marquer le 30e anniversaire de la Conférence des évêques latino-américains tenue à Medellin (Colombie), où il fut un partisan convaincu de la ligne qui y fut définie – dont l’option préférentielle pour les pauvres.

«Nous sommes en train d’assister à la disparition de la chrétienté telle que nous l’avons connue ici en Amérique latine au cours des 500 dernières années», a constaté J. Comblin. Pour lui, la société est entrée dans le stade final du capitalisme, qui se caractérise dans toute l’Amérique latine par la destruction du tissu social.

Quand la théologie de la libération a émergé il y a 25 ans, son objectif était «d’orienter les chrétiens dans la recherche de la libération», a rappelé le théologien belge. Et de s’inquiéter: «Mais aujourd’hui, où sont les chrétiens? Pour lutter en faveur de la libération, on a besoin d’une communauté. Et aujourd’hui, ces communautés n’existent tout simplement pas. Dans l’espace de ma vie, j’ai vu la désintégration de tant de communautés de paysans, par exemple. Il n’a fallu qu’une génération pour qu’elles disparaissent!»

Aux yeux de J. Comblin, la situation latino-américaine est bien plus complexe aujourd’hui qu’elle ne l’était en 1968, au moment de la Conférence de Medellin. C’était alors l’État qui était considéré comme «l’ennemi». Mais aujourd’hui, «chacun sait que les gouvernement n’ont guère de pouvoir en comparaison des multinationales».

De l’avis du théologien belge, si l’Eglise veut retrouver sa place au troisième millénaire, elle devra revenir à ses charismes missionnaires et prophétiques et «ne pas se concentrer aussi exclusivement sur le gouvernement».  » Nous vivons une triste histoire parce que nous n’écoutons pas l’Esprit-Saint «, a-t-il conclu. (apic/cip/pr)

20 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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