Pakistan: L’assassin présumé d’une jeune chrétienne acquitté
Le verdict crée l’indignation
Lahore, 30 novembre 2010 (Apic) L’acquittement de Naeem Chaudhry, riche avocat musulman accusé d’avoir violé et tué la jeune chrétienne de 12 ans Shazia Bashir à son service, en janvier dernier, a créé l’indignation au sein de la communauté chrétienne au Pakistan, rapporte l’agence catholique Fides. Le cas a jusqu’ici fait grand bruit au niveau international, devenant le symbole des violences perpétrées contre les jeunes filles chrétiennes au Pakistan.
Naeem Chaudhry, inculpé avec son fils Haris et son épouse Ghzala, a été acquitté par manque de preuves par un tribunal de premier degré de Lahore. La famille est accusée d’avoir contraint la jeune fille à travailler comme domestique dans leur maison, la séquestrant de facto et d’avoir usé de violence à son égard. Selon la défense, l’acquittement se base sur le fait que l’accusation n’a pu démontrer, à l’aide de preuves médicales irréfutables, que la jeune fille avait été violée avant d’être tuée. Le rapport médical parvenu au tribunal affirme que Shazia «est décédée de mort naturelle à cause d’une maladie de la peau». Les témoignages de la mère de Shazia et de ses frères n’ont pas été considérés comme suffisants par la Cour.
Preuves manipulées
Selon des sources de Fides, le procès et les preuves ont été habilement manipulés afin de disculper la famille de riches bourgeois musulmans. «Pour la famille de Shazia, la justice ne sera pas rendue. Ce n’est pas la première fois que, dans des cas de ce genre, les procès laissent impunis d’influents citoyens musulmans malgré les atrocités commises sur des chrétiens pauvres et sans défense», a commenté Nasir Saeed, responsable du «Center for Legal Aid Assistence and Settlement», un centre qui offre l’assistance légale gratuite aux chrétiens au Pakistan et qui a son siège à Londres et à Lahore. Toujours selon Fides, les avocats et les organisations chrétiennes qui s’occupent de ce cas ont informé qu’ils feront appel de la décision.
Au-dessus de la loi…
Peter Jacob, secrétaire exécutif de la Commission «Justice et Paix» des évêques pakistanais s’est pour sa part indigné de ce verdict: «C’est ignoble. Ce verdict démontre que certains personnages sont au-dessus de la loi. De telles sentences garantissent l’impunité: c’est pour cette raison que des phénomènes tels que les abus des Droits de l’Homme, le travail des mineurs, la violence sur les femmes continueront à se répéter. L’action d’organisations comme la nôtre, engagées dans la défense des Droits de l’Homme, devient ainsi plus difficile. Le verdict démontre une fois encore l’inefficacité et le peu d’indépendance des tribunaux. Il constitue la preuve de la manière dont les jugements peuvent être pilotés».
Au Pakistan, l’émotion suscitée par cette affaire a été immédiate et forte, le président du pays étant allé jusqu’à débloquer une aide pour les parents de Shazia Bashir, des catholiques très pauvres de Lahore, et ordonner une enquête. Toutefois, l’attention médiatique est vite retombée et les avocats de Lahore se sont, semble-t-il, ligués pour faire front et défendre leur collègue, de religion musulmane, interpellé et placé en détention le 24 janvier.
A l’archidiocèse catholique de Lahore, le vicaire général, le Père Andrew Nisari, avait alors déclaré: «La justice est prise en otage au Pakistan. Il est navrant de voir que ceux-là même qui sont chargés d’assurer la défense des justiciables font bloc pour innocenter l’un des leurs».
Trafic et esclavages d’enfants
Derrière le cas de Shazia Bashir se cache un trafic de mineurs. Selon des sources catholiques au Pakistan, citées par l’agence Fides, cette triste affaire révèle les appuis et les dynamiques qui conduisent à un juteux commerce: les enfants sont arrachés à des familles pauvres, souvent chrétiennes, à qui l’on fait croire qu’on les conduit vers une vie digne dans des familles de la moyenne bourgeoisie. Ils sont ensuite vendus à ces familles, devenant de «petits esclaves», à la merci de leurs patrons, perdant la liberté et vivant en pratique sous séquestre. (apic/fides/pa/nd)




