Bangladesh: Affrontements meurtriers après l’exécution de l’islamiste Abdul Kader Mollah
Leader du Jamaat-e-Islami exécuté pour crimes de guerre durant la guerre d’indépendance
Dacca, 14 décembre 2013 (Apic) Au moins six personnes ont été tuées le 13 décembre au Bengladesh lors des attaques lancées un peu partout dans le pays par le Jamaat-e-Islami. Le parti islamiste avait annoncé des représailles suite à la pendaison la veille au soir de son leader Abdul Kader Mollah, exécuté «crimes contre l’humanité» durant la guerre pour l’indépendance du Pakistan oriental – aujourd’hui Bangladesh – en 1971.
Surnommé le «boucher de Mirpur», Abdul Kader (Quader) Mollah, âgé de 65 ans, avait été condamné à mort en septembre dernier. Il a été pendu jeudi 12 décembre au soir à la prison centrale de Dacca. Abdul Kader Mollah est la première personne exécutée depuis que le Premier ministre Sheikh Hasina a instauré en 2010 les Tribunaux spéciaux (ICT) pour juger les crimes commis pendant la lutte pour l’indépendance qui a opposé le Bangladesh au Pakistan occidental en 1971. Le fonctionnement de ces cours de justice est fortement critiqué par la communauté internationale.
Scènes de liesse populaire face à la colère des islamistes
La nouvelle de la mort de l’islamiste a été suivie de scènes de liesse populaire dans la capitale et les grandes villes du Bangladesh, auxquelles ont succédé rapidement des violences exercées par les membres du Jamaat-e-Islami et de sa branche étudiante, l’Islami Chhatra Shibir.
Toutes les minorités religieuses du pays avaient fait part de leur «grande inquiétude» dès l’annonce de l’exécution d’Abdul Kader Mollah. Les responsables de la Bangladesh Christian Association avaient rencontré le ministre de l’Intérieur afin de lui demander d’assurer la protection des minorités du pays, informe «Eglises d’Asie» (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris (MEP).
Accusé du «massacre de Mirpur»
Abdul Kader Mollah a été reconnu coupable en février dernier de plusieurs exécutions de masse, dont le tristement célèbre «massacre de Mirpur», du nom d’une banlieue de la capitale. A la tête d’une milice pro-pakistanaise, Abdul Quader Mollah a, selon le tribunal, tué un grand nombre de professeurs, médecins, écrivains et journalistes. Il a également été reconnu coupable de centaines de viols et du meurtre de plus de 350 civils, dont un très grand nombre appartenaient à la communauté hindoue ou s’étaient déclarés en faveur de l’indépendance du Bangladesh.
Le Jamaat-e-Islami, qui reste une force puissante dans le pays malgré sa récente éviction de la scène politique, avait menacé le gouvernement de «funestes conséquences» si le leader était exécuté. «Le gouvernement a haineusement assassiné Abdul Kader Mollah, malgré les appels de la nation et de la communauté internationale (…) ; le peuple du Bangladesh répondra [à ce crime] en instaurant l’islam [à la tête] du pays», a déclaré dès l’annonce de l’exécution Mokbul Ahmad, chef du Jamaat.
Dénonçant une nouvelle fois une conspiration de la Ligue Awami, parti au pouvoir, pour «faire disparaître tous ses opposants», le responsable du parti islamique a lancé un appel à la grève générale (›hartal’) pour dimanche 15 décembre. A l’approche des élections législatives prévues le 5 janvier 2014, la communauté internationale, et en particulier le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, avait demandé avec insistance au gouvernement du Bangladesh de ne pas «envenimer par une exécution capitale une situation déjà très instable».
Appelant à «la vengeance de la mort en martyr d’Abdul Kader Mollah», les leaders des différents mouvements islamistes ont rassemblé des militants et commencé à bloquer les routes aux petites heures du matin. Les importants renforts de police déployés dans la capitale au moment de l’exécution n’ont pas suffi à empêcher des centaines de membres du Jamaat, armés de bombes artisanales, de pierres et de bâtons, d’attaquer les forces de l’ordre, les membres de la Ligue Awami et les représentants des minorités, vandalisant les maisons et les magasins, incendiant les bâtiments et les véhicules dans différentes localités de 14 districts du pays.
Encadré
Lors de la partition de l’Inde en 1947, le Pakistan s’est retrouvé constitué de deux régions réparties de chaque côté de l’Inde. Rapidement, les Bengalais du Pakistan oriental se sont rebellés contre la domination du Pakistan occidental et ont demandé l’autonomie. Après une répression sanglante par le Pakistan et une guerre de plusieurs mois, le Bangladesh accéda à l’indépendance en 1971. Selon l’actuel gouvernement du Bangladesh, plus de trois millions de Bangladais auraient été tués, plus de 200’000 femmes violées et plus de 10 millions de civils déplacés par l’armée pakistanaise et ses alliés lors du conflit pour l’indépendance. (apic/eda/be)



