Abus sexuels dans l'Eglise (Conférence des évêques de Belgique)
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Abus sexuels dans l'Eglise (Conférence des évêques de Belgique)

L'Eglise belge publie son rapport sur la lutte contre les abus sexuels

12.02.2019 par Maurice Page

Dans un imposant rapport de 400 pages publié le 12 février 2019, l’Eglise en Belgique présente par le menu sa politique de lutte contre les abus sexuels et de protection des mineurs. Le cardinal Joseph de Kesel, archevêque de Malines-Bruxelles, espère ainsi apporter une contribution à une politique cohérente pour toute l’Eglise catholique.

Le pape François, a convoqué à Rome du 21 au 24 février, les présidents des Conférences épiscopales catholiques du monde entier ainsi que des représentant des congrégations religieuses, pour débattre de la politique à suivre face aux abus sexuels dans l’Église catholique.

Une période noire de l’histoire de l’Église belge

“Le présent rapport traite d’une période noire de l’histoire de l’Église belge”, indique d’emblée le texte. Au cours des deux dernières décennies, de nombreuses victimes d’abus sexuels se sont signalées dans l’Église catholique. Des mesures importantes ont été prises en vue d’une politique cohérente. Un rapport détaillé, dans les deux langues nationales, a été rédigé sous la direction du professeur Manu Keirse, président de la Commission interdiocésaine pour la protection des enfants et des jeunes. Ce document sera également transmis aux autorités du Vatican en vue de la concertation des évêques.

400 pages

Ce rapport de 400 pages et 18 chapitres reprend d’abord les initiatives entreprises dans l’Eglise catholique en Belgique dans la période 1995-2000. Il aborde ensuite l’année charnière 2010 au cours de laquelle il y a eu une vague de signalements d’abus.

Depuis 1980, il arrivait que des victimes émettent des plaintes. Mais “dans le passé, l’ampleur et la gravité du problème ont été largement sous-estimées. En conséquence, les victimes se sont vu refuser soutien et compréhension, les abuseurs ont été laissés en paix et de nombreuses souffrances supplémentaires ont été infligées à des personnes déjà gravement touchées par ces délits”, relève le texte.

Le document présente les derniers rapports biennaux sur le fonctionnement des dix points de contact créés en 2012 par les diocèses et les congrégations religieuses. Il inclut également la période 2016-2017.

La question de la collaboration, parfois très délicate avec les autorités policières, politiques et judiciaires civiles est largement évoquée. L’issue à la crise a été trouvée avec la création d’une Commission spéciale du parlement fédéral et du Centre d’arbitrage chargé de traiter les cas prescrits.

Le rapport présente les mesures prises à partir des deux brochures de guidance Une souffrance cachée (janvier 2012) et Du tabou à la prévention (juin 2014).

Le rapport des évêques belges a été publié le 12 février 2019

Les victimes se sentaient honteuses et souvent coupables

“Il a fallu des décennies pour construire un climat social qui permettait d’exprimer ces traumatismes. Les victimes se sentaient honteuses et souvent coupables, et quand ce n’était pas le cas, l’abuseur les persuadait de leur culpabilité. Les sentiments de honte et de culpabilité affectent l’estime de soi. Infériorisé, on se débat avec les questions: qui va me croire? Où trouver le courage de porter plainte quand la confiance et la sécurité ont disparu ? Comment avoir confiance dans une Église qui vous a fait subir cela ?”, explique Manu Kreise dans l’introduction de son rapport.

Il ne s’agit pas de pardonner des péchés mais de punir des délits

“Dans le cadre de cette politique de réhabilitation, certains passages de rapports des Conférences épiscopales d’autres pays me frappent: ‘Nous prions pour les victimes’. Pour moi, la prière devait faire suite aux actes. Ce n’est pas de pardonner les péchés des abuseurs dont il s’agit, mais de punir ce type de délit. L’abus sexuel ou le comportement transgressif n’est pas une maladie, c’est un délit, un abus de pouvoir”, insiste Manu Keirse.

Des mesures de réparation et de prévention

Après les dénonciations les questions de réparations ont largement occupé l’Eglise belge. Il en est sorti la création en 2012 de la fondation “Dignity”, chargée “d’offrir des formes de réparation et d’assurer une coordination des compensations financières allouées aux victimes de faits d’abus sexuels prescrits”.

Le dispositif a été complété en 2012 par la mise sur pied d’une Commission interdiocésaine pour la protection des enfants et des jeunes, chargée de superviser et de coordonner le travail de prévention et l’étude du phénomène des abus sexuels.

La commission a notamment contribué à l’élaboration de codes de conduite concrets pour les collaborateurs en pastorale, avec une attention particulière aux différents projets existant dans l’éducation, les mouvements de jeunesse, les structures d’aide sociale, les soins de santé, etc.

“En dialogue avec ceux qui ont été abusés et leur entourage, avec l’aide de spécialistes et de ceux qui assistent ces victimes, nous nous engageons dans la mesure du possible sur la voie du rétablissement. Nous essayons également de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre fin aux abus sexuels dans les relations pastorales. J’espère que la réflexion de la semaine prochaine à Rome débouchera sur une telle politique cohérente pour toute l’Église catholique”, conclut le cardinal de Kesel.  (cath.ch/com/mp)


628 victimes se sont annoncées

En Belgique, 628 victimes ont fait rapport au Centre d’arbitrage. 506 dossiers ont été acceptés. 426 victimes se sont adressées à l’un des points de contact que l’Eglise a créés.

La plupart des plaintes ont été enregistrées en 2012, première année de fonctionnement des points de contact. Elles provenaient en grande majorité (73%) de la région néerlandophone. Huit victimes sur dix avaient plus de quarante ans au moment de la communication. Cela s’explique par la proportion très élevée de faits anciens: 92% des faits communiqués ont eu lieu il y a plus de 28 ans et 56% il y a plus de 48 ans. Seuls 8% datent des 26 dernières années.

Pour les faits non prescrits, pour lesquels une action en justice est encore possible, les victimes sont orientées de manière systématique vers les instances judiciaires et les points de contact les accompagnent dans cette démarche.

Le rapport communique également des données sur le contexte de ces abus: 43% des faits se sont déroulés dans les écoles, 28% dans les paroisses, 5% dans le cadre d’une dispense de soins, 5% au détriment d’acolytes et 4% dans un mouvement de jeunesse. (cath.ch/cathobel/mp)

 


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