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L'Eglise philippine interloquée par les dérapages verbaux du futur président Duterte

Connu pour ses dérapages verbaux et ses commentaires de bas étage, le président philippin nouvellement élu Rodrigo Duterte s’en est pris cette fois-ci aux évêques philippins, les qualifiant le 23 mai, lors d’une conférence de presse dans sa ville de Davao, de «fils de p…». L’Eglise catholique s’est dite «surprise de ce comportement violent et gratuit qui ne sied pas à un président».

Le président Duterte, qui prêtera serment le 30 juin prochain, a violemment attaqué l’Eglise, l’a qualifiant d’institution «la plus hypocrite du monde». Il a accusé en particulier les évêques philippins d’être corrompus.

Un avocat populiste

L’avocat populiste âgé de de 71 ans a affirmé vouloir remettre en question la foi catholique, imposer une limite de trois enfants par famille, libérer l’ancienne présidente Gloria Macapagal-Arroyo, en prison pour fraude et corruption depuis 2011, et enterrer le dictateur Marcos dans le «cimetière des héros». Il dénonce l’Eglise, coupable à ses yeux de la surpopulation de l’archipel en raison de son opposition aux moyens de contraception.

Mgr Oscar Cruz, évêque émérite, a mis au défi  Rodrigo Duterte, lui disant que «si vous connaissez des cas de corruption, vous devez les révéler! ” Une source ecclésiastique a déclaré à l’agence de presse catholique AsiaNews que Duterte a prétendu que certains prêtres ou évêques exigeraient des voitures, quand son «conseiller spirituel», qui est aussi chef d’une secte chrétienne de Mindanao, est propriétaire d’un hélicoptère et d’un jet privé valant des millions de dollars «et personne ne dit rien à ce sujet…»

L’Eglise milite contre la restauration de la peine de mort

Des voix s’élèvent dans les milieux de l’Eglise pour dire qu’un président ne devrait pas se comporter de cette manière, «même si l’on sait que Duterte a quelque chose contre l’Eglise catholique, en tant que président, il ne devrait pas réagir ainsi. Le président devrait unifier le pays  et ne pas poursuivre une campagne qui semble personnelle, pour un incident qui est arrivé dans le passé».

Les évêques philippins sont des adversaires déterminés de la peine de mort, abolie dans le pays en 2006. Partisan de la «ligne dure» avec la criminalité, le futur président a annoncé sa volonté d’appliquer ce châtiment à toute une variété de crimes, dont le trafic de drogue, le viol, le vol de voiture et la corruption.

Mgr Ramón Cabrera Argüelles, évêque catholique de Lipa, au nord des Philippines, a prévenu que l’Eglise pèserait de tout son poids contre tout effort de restaurer la peine capitale. «En cette Année de la miséricorde, les catholiques philippins seront sans merci» contre la peine de mort, a-t-il déclaré. (cath.ch-apic/asian/be)

Rodrigo Duterte n'a jamais caché qu’il était prêt à s’opposer aux institutions établies aux Philippines, y compris l’Eglise. (photo: www.inusanews.com)
24 mai 2016 | 17:54
par Jacques Berset
Duterte (3), Eglise (75), Philippines (115)
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