Les 12 personnalités qui ont marqué l’année au Vatican
L’agence I.MEDIA présente 12 personnalités qui ont joué un rôle particulier au Vatican pendant l’année 2025.
Pietro Parolin, le «numéro 2» de François et de Léon
Secrétaire d’État du Saint-Siège depuis 2013, le cardinal Pietro Parolin a joué un rôle clé durant toute l’année 2025. Fidèle serviteur de François – sans faire partie du premier cercle -, le diplomate italien a assuré un pôle de stabilité durant l’hospitalisation du pontife. À la mort de ce dernier, il a accueilli les chefs d’État et de gouvernement pour les obsèques célébrées le 26 avril. Le lendemain, l’homme au charisme discret a présidé une messe devant 200’000 personnes place Saint-Pierre, sans effet de manche.
Faisant partie des papabili sérieux, il a été l’objet d’attaques venant aussi bien de la presse conservatrice que progressiste. Lui ont été reprochés une santé fragile, une mauvaise gestion d’affaires d’abus sexuels ou financiers, une diplomatie hasardeuse avec la Chine… Dans la chapelle Sixtine, lors du premier vote, il serait arrivé en troisième position derrière le cardinal Peter Erdő et le cardinal Robert Prevost, assurent les vaticanistes Gerard O’Connell et Elisabetta Piqué (El último Cónclave, éditions Arpa). Aux 2ème, 3ème et 4ème tour, Pietro Parolin aurait été second, toujours derrière le cardinal américano-péruvien.
Quand ce dernier a été élu, c’est l’Italien qui lui a demandé s’il acceptait de devenir pape. Après le conclave, Léon XIV a fait le choix de la continuité en le prolongeant à la tête de la secrétairerie d’État. En octobre, quand une polémique a éclaté lorsque Pietro Parolin évoque un «massacre» à Gaza, le nouveau pape l’a soutenu publiquement, preuve d’un respect et d’une confiance qui ne transparaissaient pas toujours à l’époque de François.
Kevin Farrell, le camerlingue qui a annoncé la mort de François
Aux alentours de 9h50 le 21 avril, c’est le cardinal américain Kevin Farrell qui a annoncé en direct la mort du pape François, depuis la chapelle de la Maison Sainte-Marthe au Vatican. En qualité de «cardinal camerlingue», ce proche du pontife argentin a été l’homme qui a concentré les pouvoirs au moment de la vacance du siège apostolique.
Il est par ailleurs préfet du dicastère pour les Laïcs, la famille et la vie, président du Comité pour les investissements du Vatican, ou encore à la tête de la Cour de cassation vaticane. Il a assuré l’intérim en l’absence de pape, procédant à tous les protocoles prévus par le règlement: dresser le constat de décès, sceller les appartements pontificaux, présider les rites précédant les funérailles, et administrer les affaires courantes du Vatican. Le cardinal, reconnu pour ses qualités de gestionnaire, a aussi détenu une des «clefs» de la chapelle Sixtine, son rôle prévoyant de vérifier la fermeture du lieu du vote secret des cardinaux.
Giovanni Battista Re, le doyen qui a présidé l’enterrement du pape
À 91 ans, le cardinal italien Giovanni Battista Re a fait preuve d’une étonnante énergie en se retrouvant sur le devant de la scène pour des moments décisifs de la vacance du siège apostolique. En tant que «doyen» du collège cardinalice – une fonction attribuée par élection –, le cardinal italien a présidé les congrégations générales, ces réunions à huis clos durant lesquelles les cardinaux préparent le conclave.
Il a aussi présidé la messe des funérailles du pape François le 26 avril, et la messe d’entrée en conclave «pour l’élection du pontife romain». Il a alors enjoint les 133 cardinaux électeurs à élire le pape qui saura «le mieux réveiller les consciences de tous» et «maintenir l’unité de l’Église». Ayant dépassé l’âge limite, il est resté à l’extérieur de la chapelle Sixtine, laissant son rôle de présidence au cardinal Pietro Parolin. Après son élection, Léon XIV a loué publiquement sa «sagesse, fruit d’une longue vie et de nombreuses années de service fidèle au Siège Apostolique».
Le cardinal Peter Erdő, l’homme des conservateurs
Durant le conclave, l’archevêque de Budapest est apparu comme le principal candidat du courant conservateur, encore puissant aux États-Unis, en Europe et en Afrique. Selon Gerard O’Connell et Elisabetta Piqué, le prélat d’alors 72 ans serait même arrivé en tête lors du premier tour, devant les cardinaux Prevost et Parolin. Mais sa réserve de voix n’aurait pas été suffisante. Il aurait été troisième au deuxième tour puis serait sorti du podium au troisième scrutin.
Primat de Hongrie depuis 2002 et créé cardinal par Jean Paul II l’année suivante, Péter Erdő est le dernier des cardinaux nommés par le pontife polonais à exercer encore une charge pastorale active. Il est en cela une personnalité incarnant la continuité entre les papes. Canoniste de formation, il est reconnu pour sa rigueur administrative et sa défense de la famille traditionnelle, des éléments qui ont pu aussi rassurer des cardinaux conservateurs au moment de l’élection.
Jean-Marc Aveline, le Français le plus proche de Léon XIV
À 66 ans, l’archevêque de Marseille a pris cette année une nouvelle dimension au sein du collège des cardinaux et de l’Église universelle. Fréquemment cité par les vaticanistes parmi les papabili, Jean-Marc Aveline aurait eu entre 10 et 20 voix au premier tour du conclave et se serait hissé en troisième position au troisième tour, selon Gerard O’Connell et Elisabetta Piqué. Apprécié pour son sens pastoral, le cardinal français a sans doute souffert de ses difficultés à s’exprimer en italien. Largement élu à la tête de la Conférence des évêques de France début avril, le cardinal Aveline était apparu comme un rassembleur lors du Synode sur la synodalité.
À Rome, il fait notamment partie du puissant dicastère pour les Évêques. Il avait donc déjà travaillé avec le cardinal Prevost, préfet de ce dicastère de 2023 jusqu’à la mort du pape François. Les deux hommes s’apprécient, le pape Léon XIV allant jusqu’à se déplacer au port d’Ostie le 17 octobre pour rencontrer avec le cardinal des jeunes participant à un tour de Méditerranée organisé par le diocèse de Marseille. Trois semaines auparavant, Jean-Marc Aveline avait été accusé par Paris Match de nombreux manquements en matière de gestion d’affaires d’abus. Selon nos informations actuelles, ni au dicastère pour la Doctrine de la foi, qui gère les cas les plus graves, ni à la secrétairerie d’État, ces allégations n’ont paru justifiées.
Le cardinal Mamberti: le visage et la voix de l’Habemus papam
Le très discret cardinal Dominique Mamberti n’est pas parvenu à masquer son sourire en apparaissant le 8 mai aux yeux de centaines de millions de fidèles et curieux impatients d’entendre le nom du nouveau pape. En tant que cardinal protodiacre, c’est à ce Français de 73 ans qu’il revenait d’annoncer depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre la fameuse formule «Habemus papam», qui signifie au monde: «Nous avons un pape».
Homme de l’ombre, l’ancienne cheville ouvrière de la diplomatie vaticane de 2006 à 2014 est le préfet de la plus haute instance juridique du Vatican, le Tribunal suprême de la Signature apostolique. Dix jours après ce moment d’Église historique, le Français a fait un malaise durant la messe d’inauguration du pontificat de Léon XIV et n’a donc pas pu remettre le pallium au nouveau pontife.
Sœur Brambilla, première «préfète» d’un dicastère romain
L’année s’est ouverte, le 6 janvier, avec la nomination de Sœur Simona Brambilla à la tête du dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique. L’ancienne responsable des Missionnaires de la Consolata est devenue ainsi la première préfète d’un dicastère de la Curie romaine – dont elle était la ‘numéro 2’. Cette décision historique du pape François a été cependant accueillie en demi-teinte: le pontife argentin a secondé Sœur Brambilla d’un ‘pro-préfet’, le cardinal Ángel Fernández Artime.
D’aucuns ont critiqué cette ‘tutelle’, qui s’explique par le fait que juridiquement, la signature de certains décrets doit nécessairement être celle d’un évêque. Deux semaines après son élection, le 22 mai, Léon XIV a emboîté le pas de son prédécesseur puisqu’il a nommé une autre femme, la religieuse italienne Tiziana Merletti comme secrétaire de ce même dicastère.
Sœur Raffaella Petrini, première femme à la tête du gouvernorat
Le 15 février, au lendemain de son hospitalisation pour une grave affection respiratoire, le pape François a officialisé la nomination de la religieuse Raffaella Petrini à la tête du Gouvernorat de la cité du Vatican, pour succéder au cardinal Fernando Vérgez Alzaga. L’Italienne de 56 ans, diplômée en politique industrielle (Italie) et en sciences du comportement organisationnel (États-Unis), est devenue la première femme à occuper ce poste qui cumule le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif sur le territoire de la cité papale.
Depuis 2021, Sœur Petrini était la ‘numéro 2’ de cette entité qui supervise les quelque 2000 employés du Gouvernorat et administre la vie quotidienne du Vatican. Quelques mois après son élection, Léon XIV a modifié la loi pour rendre conforme cette nomination inédite, avalisant canoniquement la décision de son prédécesseur.
Mgr Iannone, préfet-surprise du dicastère pour les Évêques
C’est de façon très inattendue que le peu médiatique Mgr Filippo Iannone, préfet du dicastère pour les Textes législatifs, s’est retrouvé sous le feu des projecteurs. Sa nomination par le pape Léon XIV à la tête du dicastère pour les Évêques – un rôle de premier plan au Vatican que le pape a lui-même occupé (2023-2025) – a créé la surprise. D’autres noms circulaient, mais c’est finalement le canoniste de 67 ans qui a été choisi.
Décrit par une source romaine comme «une personne très classique, sans beaucoup de charisme, un serviteur qui a l’esprit de la Curie», le religieux carme devrait être créé cardinal à l’avenir, comme le veut la coutume pour ce poste clé. Mgr Iannone s’est impliqué dans le Synode sur la synodalité, dans le dialogue délicat entre le Saint-Siège et les évêques allemands, et il préside également un groupe de travail sur la définition d’un «délit d’abus spirituel», avec le dicastère pour la Doctrine de la foi.
Angelo Becciu, le cardinal exclu du conclave
Principale figure du procès financier tentaculaire du Vatican, dans le cadre de l’affaire dite ‘de l’Immeuble de Londres’, le cardinal Angelo Becciu a encore cette année fait couler de l’encre. Au moment du conclave, le cas de l’ancien substitut de la secrétairerie d’État – numéro 3 du Vatican – qui s’était vu retirer ses droits de cardinal par le pape François en 2020 – donc le droit d’élire un pape – a agité les congrégations générales auxquelles il a participé. Dans un premier temps, le Sarde, condamné en première instance à cinq ans et demi de réclusion, s’est battu pour pouvoir voter, à la faveur du manque de clarté juridique qui entourait sa sanction. Puis il a finalement renoncé au conclave, après que des rumeurs ont rapporté que le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État sous François, avait lu aux cardinaux deux lettres du pontife défunt confirmant sa destitution.
En septembre, s’est ouvert le procès en appel de l’affaire impliquant le cardinal et neuf personnes sur le banc des accusés. Les audiences se sont soldées par un renvoi en février 2026, afin de permettre à la Cour de cassation de trancher sur des questions procédurales impliquant notamment le procureur de justice Alessandro Diddi, qui a fait l’objet de nombreuses critiques de la part de la défense.
Mgr Rino Fisichella, la cheville ouvrière du jubilé
Comme «pro-préfet» du dicastère pour l’Évangélisation, l’archevêque italien Mgr Rino Fisichella a tenu entre ses mains l’important dossier «Jubilé 2025». Cet événement de l’Église catholique célébré tous les quarts de siècle vise à encourager les fidèles à demander le pardon de leurs péchés et à s’en remettre à la miséricorde de Dieu, en venant faire un pèlerinage à Rome. Cette année à nouveau, des millions de pèlerins ont battu les pavés de la Ville éternelle et ont franchi la Porte sainte de la basilique Saint-Pierre.
Mgr Fisichella a piloté l’organisation des grands rassemblements de cette Année sainte, en collaboration avec la commune de Rome. Confronté à la maladie du pape François, puis à la vacance du siège apostolique, l’archevêque a dû présider lui-même quelques célébrations du jubilé, qui ont été limitées par l’absence physique du pape. Si des efforts colossaux ont été engagés pour encadrer ce jubilé, le travail de Mgr Fisichella et de son équipe n’a pas été exempt de critiques: leur ont été reprochés des carences de communication autour des initiatives, le caractère trop italien des rencontres, ou encore les problèmes logistiques de certains jubilés comme celui des jeunes.
Massimiliano Strappetti, l’infirmier de confiance de François
Ces dernières années, il suivait partout discrètement le pape François dans ses sorties et voyages. Massimiliano Strappetti, que le pontife argentin avait nommé en 2022 son «assistant de santé personnel», était une figure importante pour François: en 2021, cet infirmier italien d’une cinquantaine d’années lui avait sauvé la vie en insistant pour qu’il soit hospitalisé en urgence – le pontife s’était fait alors retirer 33 cm d’intestin. Il était dans les derniers mois du pape l’un de ses plus proches, demeurant à son chevet à l’hôpital Gemelli et à Sainte-Marthe quasiment à chaque instant.
Massimiliano Strappetti a accompagné aussi François dans son dernier bain de foule, le tour en papamobile du jour de Pâques, à la veille de sa mort. «Merci de m’avoir ramené sur la place», lui aurait glissé le pontife après cette séquence où il s’était montré très diminué. Le lendemain, vers 6h30 du matin après un malaise, il aurait «fait un geste d’adieu de la main à Strappetti, allongé sur le lit de son appartement au deuxième étage de la Maison Sainte-Marthe», avant de tomber dans le coma, rapporte Vatican News. Endeuillé et visiblement éprouvé, l’infirmier fut au premier rang de tous les rites de funérailles du 267e pape.
(cath.ch/imedia/hl/ak/rz)









