Inde: L’Eglise catholique multiplie les médiations pour mettre fin aux violences interethniques

Les affrontements ont fait une dizaine de morts et près de 50’000 déplacés

Assam, 25 février 2011 (Apic) Mgr Thomas Menamparampil (1), archevêque de Guwahati, principal diocèse de l’Eglise catholique en Assam (Inde), a convoqué récemment une réunion d’urgence au sujet des tensions interethniques, qui perdurent à la frontière des Etats de l’Assam et du Meghalaya, a rapporté Eglises d’Asie (EDA), l’agence des Missions étrangères de Paris (MEP).

«Nous devons travailler ensemble à trouver un moyen pour rétablir la paix. Plus les gens retourneront tardivement dans leurs villages, plus ils courront le risque de voir se développer des épidémies dans les camps avec l’arrivée de la saison chaude», a averti Mgr Thomas Menamparampil lors de la réunion, à laquelle assistaient différents représentants de l’ethnie rabha de l’Assam et de l’ethnie garo de l’Etat voisin du Meghalaya. Les participants ont évoqué la situation critique des milliers de membres de leurs communautés réfugiés dans des camps provisoires du gouvernement, depuis janvier dernier, suite aux violences intertribales et l’incendie de leurs villages.

Un mariage chahuté

Selon EDA, ces affrontements interethniques auraient éclaté le 1er janvier, avec l’attaque par des aborigènes rabhas des invités d’un mariage garo ainsi que du pasteur qui y officiait. En représailles, les Garos auraient à leur tour effectué des raids contre des villages rabhas, déclenchant une série d’attaques entre les deux communautés vivant de part et d’autre de la frontière du Meghalaya et de l’Assam. Selon la police locale, plus d’une centaine de villages ont été incendiés lors de ces violences interethniques, récurrentes dans cette région frontalière, où les deux communautés aborigènes s’affrontent régulièrement sur des questions de propriété des terres. Selon les derniers bilans officiels, les violences de janvier ont fait une dizaine de morts, plusieurs centaines de blessées et près de 50’000 déplacés.

En outre, Mgr Menamparampil a rappelé qu’une précédente rencontre organisée par Mgr Andrew Marak, évêque de Tura, dans l’Etat du Meghalaya, avait déjà permis aux deux parties d’exposer leurs griefs. A cette occasion, les Garos avaient admis en vouloir aux Rabhas pour leurs grèves générales et incessantes de ces dernières années qui, leur avaient causé d’importants préjudices au quotidien. De leur côté, les Rabhas avaient expliqué que leurs manifestations avaient pour but de dénoncer l’oppression du gouvernement à leur égard et qu’ils voulaient seulement bénéficier de la même autonomie que les autres tribals (aborigènes) de la région.

Respect des autres et culture de paix

Toujours en Assam, un autre diocèse catholique avait également proposé sa médiation et avait lancé un appel au calme, après le meurtre d’un jeune chrétien de 18 ans, dans la ville de Manji. James Tangaranjo Khovung a été abattu, le 19 février dernier, lors d’une altercation entre deux groupes séparatistes rivaux, «l’United Kuki Defence Army», qui aurait revendiqué le meurtre, et le «Kuki Revolutionary Army». Les parents de la victime soutiennent cependant qu’elle ne faisait partie d’aucun mouvement indépendantiste.

«Nous appelons à la solidarité face à la violence et nous demandons à toute la population de s’unir contre l’intolérance», a exhorté le diocèse de Diphu, dans un communiqué daté du 22 février dernier et publié à l’issue d’une réunion en faveur de la paix, organisée par le diocèse. Des représentants de l’Assemblée nationale kuki (KNA), différentes associations chrétiennes, des mouvements de jeunes et diverses organisations liées à l’ethnie kuki (2) y participaient.

«Si nous voulons prendre nos responsabilités envers les générations futures, nous devons éradiquer la violence et la remplacer par une culture de paix», poursuit la déclaration épiscopale, qui appelle les parents comme les enseignants à inculquer aux enfants l’ouverture à l’autre et le respect des différentes cultures. Enfin, le communiqué demande aux médias de prendre leur part de responsabilité en faisant preuve d’impartialité lorsqu’ils couvrent des événements en relation avec les aborigènes.

Toujours selon EDA, dans les régions du Nord-Est de l’Inde et en particulier dans l’Assam, l’Eglise catholique est particulièrement investie dans le travail de réconciliation entre les différentes ethnies aborigènes. Malgré sa représentation très minoritaire (toutes obédiences confondues, les chrétiens ne rassemblent que 3,7 % de la population de l’Assam), elle s’offre régulièrement comme médiateur dans les conflits intertribaux et a permis la passation de nombreux accords de paix.

Notes

(1) Mgr Thomas Menamparampil est un spécialiste reconnu des questions tribales et un ardent défenseur de la paix dans cette région du nord-est de l’Inde, aux violences interethniques endémiques. Il œuvre depuis une quarantaine d’années en milieu aborigène, à la tête de ses équipes du «Joint Peace Team of Northeast India». Mgr Menamparampil est également chargé du Bureau pour l’évangélisation de la Fédération des Conférences épiscopales asiatiques (FABC), de la Commission pour l’Education et la Culture de la Conférence des évêques catholiques de l’Inde (CBCI) et préside la Conférence des évêques du Nord-Est de l’Inde.

(2) Les Kuki (ou Khyang) forment un groupe ethnique de langue tibeto-birmane présent dans le nord-est de l’Inde, le nord-ouest de la Birmanie et la région des Chittagong Hill Tracts au Bangladesh. (apic/eda/nd)

25 février 2011 | 09:48
par webmaster@kath.ch
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