Algérie : L’enquête sur l’assassinat des moines de Tibhirine piétine

Les autorités algériennes veulent travailler sur un pied d’égalité avec leurs homologues de France

Alger, 14 juillet 2014 (Apic) Les autorités judiciaires algériennes en charge du dossier de l’assassinat des moines de Tibhirine, en mai 1996, estiment «important» que les deux parties, l’Algérie et la France, en quête de vérité sur ce drame, «puissent aller sur un pied d’égalité», a rapporté le quotidien algérien, Al Watan » du 13 juillet 2014.

Le 9 juillet, le juge français Marc Trévidic avait déploré l’attitude des autorités algériennes qui ne l’ont toujours pas autorisé à enquêter sur place malgré les promesses faites en début d’année.

Tout comme la France veut entendre une vingtaine de personnes pour savoir ce qui s’est passé entre les 26 mars et 30 mai 1996, du côté algérien, il est important que le juge sache ce qui a pu se passer entre la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) et les auteurs de l’enlèvement, souligne le journal, citant des sources judiciaires proches du pôle pénal spécialisé d’Alger, chargé de l’enquête.

Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, avait déclaré en juin dernier, lors d’une visite officielle à Alger, que le juge Marc Trévidic, chargé de l’enquête sur l’assassinat des moines devrait enfin se rendre sur place «dans les jours qui viennent». Mais, le 9 juillet, le juge français a exprimé, sur les antennes de radio France internationale (RFI), son ressentiment contre les autorités algériennes qui ne lui ont toujours pas transmis d’invitation officielle. «Je n’ai pas de date. Je ne comprends pas ce qui se passe (…) En septembre-octobre, une bonne fois pour toutes, il va falloir savoir si on se moque de nous ou pas», a-t-il ajouté.

Pour les autorités judiciaires algériennes, «il n’y a aucune raison qui pourrait empêcher» le magistrat Trévidic, de poursuivre son enquête en Algérie. A ce jour, si aucune date pour sa visite n’a encore été arrêtée, «il faut juste attendre que, du côté du pôle pénal, le dossier soit finalisé pour réunir toutes les conditions d’une exhumation des têtes par des experts algériens, en présence du juge français», ont-elles ajouté.

Pas d’experts français

Le dossier de l’assassinat des moines est géré par le ministère de la Justice, à Alger, qui traite avec son homologue français. Au début, il y avait une réserve sur les demandes du juge français. Pour les autorités algériennes, il n’était pas question de confier sur l’exhumation des têtes à des experts français que le juge Trévidic s’est proposé d’amener avec lui. «Toute la procédure d’autopsie et d’expertise sera assurée par une équipe de médecins légistes algériens, qui ont les compétences et les moyens» ont souligné les autorités algériennes. Elles ont précisé que le juge français assistera à toutes les étapes, sans aucun problème.

Une première enquête à Médéa

L’affaire des moines a déjà été instruite à Médéa. Certains mis en cause, surtout ceux qui ont assuré le soutien aux auteurs, ont été jugés et condamnés. Vers la fin des années 1990, les principaux auteurs avaient pour la plupart été tués soit dans des opérations militaires, soit exécutés par leurs acolytes, estiment les autorités algériennes.

Avec la loi sur la concorde civile, des terroristes repentis ont apporté de nouveaux éléments qui ont suscité la réouverture de l’affaire en 2004 et 2005. De nouvelles révélations sur l’enlèvement et l’assassinat des moines ont pu être obtenues. Durant cette période le juge français Jean-Louis Bruguière était venu en Algérie. Il y a eu accès à toutes les informations, affirment les Algériens.

Quelques années plus tard, le tribunal de Médéa s’est désisté du dossier au profit du pôle pénal spécialisé d’Alger, qui a chargé un juge de reprendre l’affaire à zéro. De nombreux terroristes repentis ont été auditionnés, ainsi que d’autres encore en détention. Les informations obtenues ont levé le voile sur une partie de cette affaire que «seuls les Français connaissent bien», à savoir les négociations entre ces derniers et Djamel Zitouni, ancien émir du GIA (Groupe islamique armé), autour de la libération des moines. Ces informations semblent, «très importantes pour l’éclatement de toute la vérité et rien que la vérité », à en croire les sources d’El Watan. (apic/ibc/mp)

14 juillet 2014 | 14:36
par webmaster@kath.ch
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