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LES AUTORITES DE MOSCOU ENTAMENT UNE ACTION CONTRE LA SECTE JAPONAISE

Moscou, le 5 avril (ENIçAndrei Zolotov) – Le visage de Shoko Asahara,

leader de la secte japonaise Aum Shinri-kyo qui fait l’objet d’une enquête

de la part de la police japonaise après l’attentat au gaz perpétré dans le

métro de Tokyo le 20 mars, est bien connu de millions de Russes.

Jusqúà l’an dernier, la secte avait un programme hebdomadaire à une heure

de grande écoute sur la cha#ne «2×2» de la télévision moscovite, composé de

sermons de Shoko Asahara et de morceaux «musique astrale». Par ailleurs,

des programmes quotidiens semblables diffusés sur la radio populaire

«Mayak» ont été suspendus il y a une semaine seulement. Selon le directeur

de cette radio, une somme annuelle de 800 000 dollars EU était versée par

la secte pour ce programme.

La secte a dépensé un million de dollars EU l’an passé pour que l’un des

ensembles instrumentaux les plus prestigieux de Moscou joue de la musique

classique et les symphonies «astrales» de S. Asahara, afin de les inclure

dans le programme de recrutement de la secte.

La secte Aum Shinri-kyo s’est établie en Russie en 1992 et a pu ouvrir six

centres à Moscou, et elle prétend avoir 30 000 adhérents en Russie.

Plusieurs centaines de «moines» vivaient au sein des communautés de la

secte jusqúà la fermeture, la semaine dernière, des centres moscovites par

la police, sur ordre du ministre de la Justice qui a retiré à la secte son

autorisation et suspendu ses activités.

Certainement la plus visible sur la centaine de sectes étrangères et

locales qui se sont multipliées en Russie après la chute du communisme, la

secte Aum Shinri-kyo aurait bénéficié de la haute protection de

personnalités proches du président Eltsine.

L’an dernier, le Conseil des évêques de l’Eglise orthodoxe russe, qui s’est

penché sur le problème des sectes en Russie, avait inscrit la secte Aum

Shinri-kyo sur la liste des organismes qui «détruisent le mode de vie

traditionnel formé sous l’influence de l’Eglise orthodoxe, notre idéal

commun spirituel et moral, et menacent l’intégrité de l’identité nationale

et culturelle».

Alexander Boulekov, porte-parole de l’Eglise, a rappelé qúil incombait à

l’Etat de protéger la santé physique et mentale de la population, et

d’assurer la sécurité publique.

«L’Eglise fait passer le critère de la vérité avant celui de la légitimité.

C’est là o# se situe la séparation de l’Eglise et de l’Etat», a précisé A.

Boulekov, qui travaille au département des relations extérieures du

Patriarcat de Moscou.

Même si, depuis septembre dernier, la branche russe de la secte japonaise

était poursuivie pour enlèvements et lavages de cerveau, l’attentat de

Tokyo a donné aux autorités russes les moyens légaux d’entamer une action

plus sévère contre le groupe.

Depuis quelques jours, les critiques fusent à l’encontre des lois russes,

considérées comme trop libérales à l’égard des groupes religieux marginaux.

Selon Vitaly Savitzky, président de la sous-commission pour les

organisations religieuses auprès du Parlement, celui-ci va revoir

l’amendement à la loi sur la liberté de conscience, qui avait été accepté

par plus de 50 organisations religieuses. (538 mots)

5 avril 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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