Enrayer la crise de confiance

Les catholiques des Etats-Unis attendent beaucoup de la visite des cardinaux à Rome

Boston, 21 avril 2002 (APIC) Les treize cardinaux de l’Eglise catholique des Etats-Unis, éclaboussée par le scandale des ecclésiastiques pédophiles, se rendent cette semaine au Vatican pour y rencontrer des responsables de plusieurs dicastères romains, et sans doute aussi le pape Jean Paul II, même si rien pour l’instant ne figure au programme.

La réunion, prévue mardi et mercredi, sera la première occasion pour le chef de l’Eglise et les cardinaux de discuter du problème des prêtres pédophiles. Les religieux des Etats-Unis souhaitent obtenir des instructions du pape avant une conférence, en juin à Dallas, au cours de laquelle ils espèrent définir une nouvelle ligne de conduite face aux ecclésiastiques pédophiles.

La vague de scandales a impliqué des dizaines de prêtres dans au moins dix- sept diocèses à travers les Etats-Unis, provoquant une crise de confiance sans précédent au sein des 65 millions de catholiques de ce pays.

Les prélats des Etats-Unis préconisent de relever immédiatement de ses fonctions tout ecclésiastique coupable de violences sexuelles, ce que ne requiert pas le droit canon. «Les experts estiment que les pédophiles sont généralement des récidivistes. Il est donc nécessaire de prendre des mesures immédiates» pour le bien des enfants et celui de l’Eglise, a dit un porte-parole de l’épiscopat, Mgr Franck Maniscalco.

Un haut dignitaire de l’Eglise, le cardinal de Los Angeles Roger Mahony, a déclaré la semaine dernière qu’il inviterait le pape à envisager des réformes d’envergure, telles que le mariage des prêtres et l’ordination de femmes. «A ce stade, je suis partisan de la discussion», a-t-il dit.

Deux cardinaux au centre de la tempête ont publiquement admis avoir mal géré la crise, mais ont affirmé qu’ils ne démissionneraient pas en dépit de nombreux appels en ce sens. L’archevêque de New York, le cardinal Edward Egan, a reconnu samedi des erreurs dans une lettre à ses paroissiens et a émis le voeu que les violences sexuelles exercées par des prêtres sur des enfants «ne se reproduisent plus jamais». Sa lettre a fait écho à celle du cardinal archevêque de Boston, Bernard Law, qui a révélé la semaine dernière s’être rendu à Rome pour chercher «avis et conseils» auprès du pape.

Reconnaître les erreurs

Ces prélats sont accusés d’avoir «couvert» des centaines de cas de violences sexuelles contre des enfants dans leurs diocèses, se contentant de muter les prêtres soupçonnés sans les dénoncer à la police

Des responsables de l’Eglise catholique des Etats-Unis ont à nouveau souligné dimanche au cours d’émissions télévisées qu’ils devaient reconnaître leurs erreurs et demander pardon pour les cas de pédophilie, qui ne doivent pas se répéter. «Nous devons admettre nos erreurs, nous devons demander pardon», a déclaré à la chaîne ABC l’évêque William Skylstad, vice-président de la Conférence épiscopale.

Rappelant que les cardinaux seront à Rome mardi et mercredi pour s’entretenir des affaires d’agression sexuelles sur mineurs par des membres du clergé, il a noté que l’Eglise du pays devait tenter de regagner sa crédibilité. Elle doit «examiner non seulement comment elle peut réparer cet abus de confiance mais aussi comment envisager l’avenir».

Pour lui, se remettre du scandale sera pour l’Eglise «un processus graduel» et le choix des futurs prêtres devra être très sévère, avec l’accent sur les rapports avec les enfants. La réunion avec le pape, pour le cardinal- archevêque de Boston (Massachusetts) Bernard Law est «un appel au réveil pour l’Eglise». «Cette réunion sans précédent est un signal clair que le Saint-Siège et les responsables de l’Eglise catholique aux Etats-Unis reconnaissent la gravité de la situation actuelle», a-t-il dit dans son homélie retransmise à la télévision.

Plus de 400 plaintes actuellement enregistrées

Plus de 400 plaintes ont été enregistrées contre des prêtres dans l’archidiocèse de Mgr Law et de nombreux appels à sa démission ont été lancés par des laïcs. L’archevêque de Washington, Mgr Theodore McCarrick, a souhaité dans un entretien à la chaîne NBC que la réunion cardinaux-pape se termine par la recommandation d’une tolérance zéro vis-à-vis des prêtres pédophiles. Qualifiant la conduite des pédophile «d’illégale et immorale, et si contraire à ce que devrait être l’Eglise», il a affirmé que les prêtres coupables «ne devraient jamais retourner dans un ministère».

Le cardinal Law au centre de la tempête

Les scandales sexuels qui ont secoué l’Eglise catholique aux Etats-Unis planent tout particulièrement sur Boston, dans le Massachusetts (est), où les affaires de pédophilie ont ébranlé l’un des prélats les plus en vue du pays, le cardinal-archevêque Bernard Law.

Au centre de la gare ferroviaire Boston South, une petite exposition attire l’attention des voyageurs: des tee-shirts, suspendus à des cordes et portant des messages tels que «Ce n’est pas votre faute et vous ne méritez pas ça» ou «En dix minutes, vous avez pris ce qui m’appartenait».

«Je ne comprends pas pourquoi c’est un tel problème ici», remarque le gérant d’une petite poissonnerie en face de la cathédrale Sainte-Croix. Le commerçant, qui préfère utiliser le pseudonyme Matthew McShane pour parler à la presse, note qu’il n’était pas au courant de tels actes lorqu’il était élève dans un établissement catholique il y a plus de vingt ans. Ces affaires «vous rendent un peu nerveux quand vous envoyez vos enfants quelque part», reconnaît-il en soulignant que «c’est un ’oeil au beurre noir’ pour le diocèse».

Le cardinal Law, 71 ans, a «couvert» pendant près de 30 ans un prêtre pédophile récidiviste, le père Paul Shanley, 70 ans, accusé d’agressions sexuelles sur au moins 26 enfants. Mais de nombreux catholiques de la région de Boston se sont sentis trahis par leur clergé, ou même par l’Eglise dans son ensemble. Dans un récent sondage du quotidien «Boston Globe», 53% des personnes interrogées ont déclaré qu’elles avaient perdu confiance dans l’Eglise en tant qu’institution. Et 65% ont estimé que Mgr Law devait se retirer.

«Le cardinal devrait être tenu pour responsable en tant que dirigeant de l’Eglise», déclare Anibal Sosa, vénézuélien d’origine. «Il devrait rendre des comptes», selon lui. Pour d’autres paroissiens, il faut aller chercher ailleurs. «C’est la faute des parents», estime Mike, qui travaille dans une pizzeria en face de la cathédrale. «Pourquoi cela a-t-il pris tant de temps pour que ces personnes sortent du placard, pourquoi maintenant, tout à coup?», s’interroge-t-il.

Amalgame facile

Pour C.J. Doyle, de la Ligue d’action catholique du Massachusetts, une partie du problème du clergé réside aussi dans l’homosexualité. «Il semble que nous avons une proportion curieusement importante d’homosexualité parmi les prêtres», note-t-il en citant les «histoires horribles» de jeunes séminaristes «repoussés, et même effrayés par la présence d’un nombre tellement disproportionné d’homosexuels».

Certains catholiques de Boston dénoncent cet amalgame entre pédophilie et homosexualité. «Une des choses qui m’ennuient est que tous ces prêtres en profitent pour dire qu’ils sont homosexuels», déclare Anibal Sosa. «Comme s’il y avait un lien entre être homosexuel et s’attaquer aux enfants», déplore-t-il. (apic/ag/pr)

22 avril 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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