Afrique du Sud: Menaces d’attaques xénophobes après la Coupe du Monde de foot
Les chefs religieux partagent leurs préoccupations avec le président sud-africain
Cape Town, 9 juillet 2010 (Apic) Alors que les militants des droits de l’Homme craignent que des attaques xénophobes n’éclatent en Afrique du Sud après la Coupe du Monde de football, les représentants de l’Eglise prennent des mesures afin de les empêcher. Une délégation de chefs religieux, dirigée par l’archevêque de Johannesburg Buti Tlhagale, président de la Conférence épiscopale d’Afrique australe (SACBC) a fait part de ses préoccupations lors d’une rencontre avec le président sud-africain Jacob Zuma.
Les responsables sud-africains craignent que les violences contre les étrangers – venus en masse des pays voisins depuis la fin de l’apartheid – ne reprennent dès que les caméras du monde entier se seront détournées de l’Afrique du Sud.
Ce ne sont pour le moment que des rumeurs
«Nous sommes confiants et nous pensons que les services de sécurité agiront très rapidement s’il y a des flambées de violence, a confié depuis Pretoria le Père Chris Townsend, chargé d’information de la SACBC, à l’agence de presse catholique américaine «CNS». «Ce ne sont pour le moment que des rumeurs et nous espérons qu’elles se révèlent fausses».
Rappelons qu’en mai 2008, les attaques xénophobes ont fait plus de 60 morts et 30’000 déplacés lors de violences contre des citoyens de pays voisins résidant en Afrique du Sud. Ils étaient accusés de «voler les places de travail» des Sud-Africains et de favoriser la criminalité. Ce que réfute Mgr Buti Tlhagale, pour qui les évidences prouvent que ceux qui sont nés hors des frontières d’Afrique du Sud ne sont pas plus criminels que les autochtones et que généralement ils sont plus à même de créer des places de travail que d’en enlever aux Sud-Africains.
Rencontre avec le président
Les participants au Forum national des leaders religieux d’Afrique du Sud – des chefs musulmans, juifs, bouddhistes, hindous, bahaïs ainsi que des représentants des Eglises chrétiennes – ont rencontré le président Jacob Zuma, le vice-président Kgalema Motlanthe ainsi que d’autres représentants du gouvernement, au début du mois à Pretoria, pour discuter des risques d’attaques xénophobes qui pourraient survenir après le Mondial.
Soutenir l’esprit d’unité qui a été généré par le tournoi
Les leaders ont aussi parlé de soutenir l’esprit d’unité généré par ce tournoi, de la régénération morale, des relations entre les chefs religieux et le gouvernement, et d’autres questions. Le Père Mike Deeb, coordinateur du Département «Justice et Paix» de la Conférence des évêques d’Afrique australe, a annoncé que son département allait organiser des ateliers de formation «sur la façon de répondre à la xénophobie» dans des diocèses à travers le pays.
Notant que comme il a été question d’attaques xénophobes après la Coupe du Monde, «nous avons besoin de savoir qui proclame de telles menaces et d’obtenir l’intervention de la police». Il a aussi déclaré qu’il espérait que la Peace Cup (Coupe de la paix) organisée par l’Eglise catholique, qui a mis sur pied à Atteridgeville, le plus grand township de Pretoria, une série de matchs entre des équipes représentant quinze pays différents, allait également aider à combattre la xénophobie. L’Eglise s’est ainsi mobilisée pour que les pauvres ne soient pas exclus de la grande fête du football et pour réconcilier les hommes «de toutes les couleurs». Ce tournoi a ainsi donné l’occasion aux joueurs de football de différentes classes sociales, ethnies et origines nationales de jouer ensemble.
Crainte pour les réfugiés et les migrants
Dans le journal catholique sud-africain, «The Southern Cross» (»La Croix du Sud»), le Père Thulani Manana, un prêtre officiant à Soweto, a déclaré que la Coupe du Monde a favorisé l’unité de la population du township, connu pour sa violence xénophobe. Il a noté que pour la première fois, les gens ont parlé ouvertement de l’hostilité envers les étrangers et de toutes les tensions qui existaient à Soweto.
Dans son éditorial, le journal catholique a relevé que l’Afrique du Sud a «généré énormément de bonne volonté et de respect à travers le monde en accueillant la population du globe lors d’un événement bien organisé et sympathique tel que la Coupe du Monde». Mais, note «The Southern Cross», le pays perdrait une grande partie de ce respect et de cette bonne volonté si la menace de la violence xénophobe venait à se réaliser.
Toujours selon l’éditorial, les réfugiés et les migrants, à travers l’Afrique du Sud, ont été avertis afin qu’ils soient vigilants face à d’éventuelles attaques une fois que l’attention internationale se détournera du pays. Lors de la réunion de 40 organisations non gouvernementales, fin juin dans la ville du Cap, il s’est avéré que les craintes d’agressions sont justifiées. Miranda Madikane, directrice du Centre Scalabrini de Cape Town, qui travaille avec des réfugiés et des migrants, a affirmé que 68% de ceux-ci, interrogés au centre, ont déclaré avoir reçu des menaces de mort. «C’est important que les autorités prennent ces menaces au sérieux et que des mesures soient prises pour répondre à ces préoccupations», a-t-elle déclaré lors de la réunion du Cap, rapporte «The Southern Cross». On estime que 10 millions de personnes sont venues en Afrique du Sud à la recherche de meilleures conditions de vie depuis la fin de l’apartheid en 1994. (apic/cns/bd/fb)



