Arabie saoudite: Amnesty International intervient en faveur d’un religieux chiite saoudien dissident

Les chiites dans le collimateur du pouvoir wahhabite

Londres, 11 août 2012 (Apic) Amnesty International (AI) est intervenue en faveur d’un religieux saoudien dissident emprisonné depuis plus d’un mois en Arabie saoudite. Le cheikh Nimr Baqir al Nimr s’est souvent montré critique à l’égard du gouvernement saoudien sur le thème de la discrimination dont sont victimes les chiites dans le pays. L’organisation de défense des droits de l’homme, dans un communiqué publié le 10 août à Londres, estime que l’Arabie saoudite doit soit inculper soit libérer ce religieux.

Le cheikh Nimr Baqir al Nimr, âgé de 51 ans, est détenu sans inculpation depuis qu’il a été arrêté par les forces de sécurité le 8 juillet à Al Awamiyya, dans la province de l’Est, précise Hassiba Hadj Sahraoui. La directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International demande que les autorités saoudiennes mettent un terme «à ce qui équivaut à des violations généralisées des droits humains contre les chiites de la province de l’Est qui exercent leurs droits à la liberté d’expression et de réunion».

Le ministre saoudien de l’Intérieur a annoncé que Nimr Baqir al Nimr avait été arrêté en tant qu’»instigateur de la sédition» et avait été blessé lorsque «lui et ceux qui l’accompagnaient ont opposé une résistance aux forces de sécurité à un point de contrôle, ouvert le feu sur les agents et percuté une voiture appartenant aux forces de sécurité en tentant de s’échapper».

Cependant, sa famille affirme qu’il n’était pas armé, ne possédait pas d’arme et était seul au moment de son arrestation. Depuis plusieurs années, Nimr Baqir al Nimr réclame publiquement des réformes en Arabie saoudite pour mettre fin à la discrimination contre les musulmans chiites. Il dénonce ouvertement les politiques et les pratiques des autorités saoudiennes concernant les chiites, notamment les détentions sans procès ni inculpation et l’usage excessif de la force contre les manifestants.

Nimr Baqir al Nimr a été conduit à l’hôpital central de Dammam, à 20 km d’Al Awamiyya, peu après son arrestation. Quelques heures plus tard, il a été transporté à l’hôpital militaire de Dhahran. La famille du détenu a déclaré que les responsables de la sécurité ne l’ont pas laissé le voir ou lui parler à l’hôpital avant la mi-juillet. Elle a alors été autorisée à lui rendre visite une quinzaine de minutes seulement, en présence semble-t-il, d’agents des forces de sécurité.

Les manifestations sont interdites en Arabie saoudite, où la vaste majorité des citoyens sont des musulmans sunnites et où la religion officielle de l’Etat est la doctrine wahhabite. Les autorités considèrent l’islam chiite comme étant incompatible avec la doctrine wahhabite et imposent donc des restrictions à sa pratique, relève AI dans son communiqué.

«Des chiites sont arrêtés, incarcérés et harcelés pour avoir organisé des réunions de prière collective, célébré des fêtes chiites ou enfreint les restrictions pesant sur la construction de mosquées chiites et d’écoles religieuses», poursuit AI. Depuis février 2011, des manifestations ont lieu dans la province de l’Est, dont la population est majoritairement chiite. (apic/com/ai/be)

11 août 2012 | 12:37
par webmaster@kath.ch
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