Les chrétiens, contre-pouvoir de la nouvelle culture occidentale
Fribourg: Jean-Pierre Denis explique pourquoi le christianisme fait encore «scandale»
Fribourg, 19 mars 2013 (Apic) Le christianisme fait «heureusement» encore scandale, explique Jean-Pierre Denis, le rédacteur en chef du magazine catholique français «La Vie». Pour le journaliste, ce christianisme est «scandaleux» parce qu’il joue le rôle de contre-pouvoir de la culture «libertaire» occidentale. Et c’est dans cette position de «marginalité», souligne Jean-Pierre Denis, que les chrétiens ont une chance unique d’évangéliser la société en attestant de manière crédible de leur foi.
«Le christianisme est mort», a affirmé Jean-Pierre Denis le 16 mars 2013 lors d’une conférence à l’institut Philanthropos, à Bourguillon-Fribourg. Mais l’homme n’est pas un pourfendeur de la religion. Il explique que le christianisme est mort comme «force centrale de la culture occidentale, comme pouvoir, comme organisation, comme norme au centre de notre culture». Et c’est une «bonne nouvelle», relève-t-il. Le christianisme qui était autrefois au centre, est aujourd’hui en marge. Et c’est «sa chance». Le journaliste pense que c’est la meilleure position que peuvent avoir les chrétiens pour ré-évangéliser la société.
Les contre-cultures ont gagné
Ce qui constitue la norme de la société occidentale actuelle trouve ses origines dans les contre-cultures des années 1960. Celles qui étaient elles-mêmes en marge à l’époque se retrouvent maintenant au centre. Le journaliste catholique appelle ce nouveau concept normatif «le Marché», dont la devise serait «jouissez et disparaissez!». Ce concept de «Marché» utilisé par Jean-Pierre Denis n’est pas réductible à son acception économique, bien qu’elle lui soit liée. Il en parle comme d’une «autorité unique», un ensemble de normes qui «n’admet plus de normes».
Le journaliste explique que les contre-cultures des années 1960 sont parvenues à transformer les rapports sociaux, «de loin pas toujours de façon négative», précise-t-il. Mais elles ont finalement produit le contraire de ce à quoi elles voulaient arriver. A l’origine utopies refusant le contrôle des normes sociales et de la société de consommation, elles ont en fait abouti à un renforcement de cette dernière et à une accélération de la marchandisation du monde.
«Jouissez et disparaissez!»
Aujourd’hui, les impératifs du «Marché» de «jouir et de disparaître» ne sont pas non plus moins tyranniques que ceux dont on a voulu se débarrasser. Le «Marché» a réduit la politique à un système dont le devoir est d’accompagner les demandes de la société. Pour Jean-Pierre Denis, le «mariage gay» est un bon exemple de cette évolution. La législation est devenue un espace de reconnaissance des demandes individuelles. Le «Marché» constitue une «machine à atteindre les sanctuaires», un système qui détruit méticuleusement les anciennes normes et valeurs.
Pour Jean-Pierre Denis, le christianisme est la seule force critique globale de ce système. C’est pourquoi, il fait «à nouveau scandale». Il est persuadé que les chrétiens ont la capacité de «voir plus loin» que le reste de la société. «C’est de ça que la société a besoin, c’est cela qu’elle ne veut pas entendre», relève-t-il. C’est la raison pour laquelle, la société, en particulier les médias, renvoient constamment au passé négatif du christianisme. Mais «notre marginalité nous donne les clés du futur».
Le journaliste met cependant les chrétiens en garde contre la façon dont ils évangélisent. Selon lui, ils ne doivent ni prendre le modèle de l’enfouissement, ni celui du surplomb. Ils ne doivent ni se cacher ni adopter une attitude de supériorité. Le meilleur modèle est selon Jean-Pierre Denis, celui de l’attestation. Confesser ce que l’on croit, rappeler nos valeurs. En ce sens, le journaliste évoque la première prise de parole du pape François comme un modèle d’attestation. Pour lui, le nouveau pape a remis au centre des valeurs typiquement chrétiennes, des valeurs «faibles», telles que le service, la gratuité, la ritualité. Jean-Pierre Denis rappelle cependant que le christianisme doit être «à la hauteur de la parole qu’il porte». La façon dont les chrétiens se comportent est donc cruciale. En cela, ils doivent d’abord avoir «un cœur qui écoute».
La société a besoin des valeurs portées par le christianisme. Il peut «ouvrir une fenêtre qui a été bouclée. Une fenêtre sur l’invisible», car le nouvel individu «libre» de notre société est seul et il étouffe.
«Le christianisme n’est pas mort», conclut finalement le rédacteur en chef de «La Vie». Il commence, «et ce pontificat qui débute en est le signe». (apic/philan/rz)



