Les chrétiens d'Israël se sentent oubliés par le reste du monde

Les chrétiens d’Israël ont l’impression d’être oubliés du reste du monde, notamment de l’Eglise catholique au plan international. «Ils se sentent mis à l’écart par la société israélienne et, comme citoyens, ils voudraient être traités sur un pied d’égalité», confie Mgr Felix Gmür, évêque de Bâle.

Le président de la Conférence des évêques suisses (CES) visite Israël et les Territoires palestiniens occupés, du 11 au 16 janviers 2019 au sein de la Coordination de Terre Sainte, en compagnie d’une vingtaine d’évêques et autant de responsables et journalistes, venant d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Afrique du Sud.

La Coordination de Terre Sainte visite les communautés chrétiennes d’Israël et des Territoires occupés palestiniens |© ODAYDAIBES Patriarcat latin de Jérusalem

«La communauté internationale se soucie davantage des chrétiens des Territoires palestiniens occupés, qui vivent, il est vrai, une réalité bien plus dure», confie à cath.ch Mgr Felix Gmür, qui visite chaque année les chrétiens de Terre Sainte depuis 2008.

L’évêque de Bâle rentrait mercredi 15 janvier du village gréco-catholique melkite d’Ikrit, en Galilée. Situé à quelques kilomètres de la frontière libanaise, ce village chrétien, qui n’était pas impliqué dans les combats, a  vu sa population évacuée par les troupes israéliennes en 1948.

Ikrit, une «plaie ouverte»

Il a été rasé au sol un jour de 1951, sur ordre du Premier ministre israélien Ben Gourion, tout comme, un peu plus loin, le village maronite de Biram. Ben Gourion n’a jamais obtempéré à l’ordre de la Cour suprême israélienne de laisser rentrer chez eux les expulsés de ces «villages jumeaux».

«Les habitants d’Ikrit, où il ne reste que l’église, ne peuvent pas rentrer chez eux, les autorités israéliennes invoquant des raisons de ‘sécurité’. Le village est abandonné, seuls les morts peuvent y être enterrés, et les fidèles viennent de temps en temps pour des fêtes, mais ils n’ont pas le droit de rester. C’est une plaie ouverte!» La délégation a ensuite déjeuné avec les maires chrétiens des villages de Miilya, Fassouta, Eilaboun, Kfra, Yassif et Jish, qui ont exprimé à leur tour leur sentiment de discrimination au sein d’une société très majoritairement juive.

Désir d’être traités de façon égalitaire

«Les chrétiens citoyens d’Israël vivent une situation difficile, et leur premier désir est d’être traités de façon égalitaire. Ils ressentent une discrimination de la part de la majorité de la population juive, notamment sur le plan du travail. Mais leur désir est de vivre en paix et qu’advienne une solution politique au conflit israélo-palestinien !» Mgr Gmür relève que les chrétiens en Israël ont toutefois, comme citoyens, une véritable liberté d’expression, ce qui n’est pas le cas partout dans la région.

Si la délégation, cette année, ne s’est pas rendue dans la bande de Gaza, c’est parce que le le Père Mario da Silva, curé de la paroisse latine de la Sainte Famille, était actuellement absent. De plus, de nombreux chrétiens – 500 permis avaient été octroyés pour les 1’100 chrétiens restant à Gaza – avaient pu sortir pour les fêtes de Noël de ce territoire d’ordinaire bouclé. Mais la délégation a pu ressentir de près les difficultés de l’occupation israélienne en visitant un camp de réfugiés de l’UNRWA, près de Jénine. «Il y a 16’000 personnes qui y vivent, réfugiés dans leur propre pays. C’est une réalité très dure! ”

Le dimanche 13 janvier, la délégation d’évêques a rendu visite aux paroissiens de l’église de la Visitation à Zababdeh, où Mgr Giancinto-Boulos Marcuzzo, Vicaire patriarcal latin pour Jérusalem et la Palestine, a présidé la messe en présence du curé de la paroisse, le Père Ibrahim Nino.

Le Saint-Siège interpellé

A Haïfa, la délégation a séjourné au monastère de Stella Maris.  Sur place, Wadie Abunassar, chef du département des médias des évêques catholiques de Terre Sainte, a fait part du sentiment des chrétiens locaux, à savoir que le Saint-Siège ne s’engagerait pas suffisamment en leur faveur du fait que la relation judéo-chrétienne était très sensible.

Les chrétiens de Terre Sainte n’exigent pas des privilèges, mais des droits égaux, a-t-il insisté. En plus du conflit en cours, le consultant en médias a identifié les divisions internes de la communauté chrétienne, sa fragmentation et sa crise d’identité comme autant de défis clés pour les chrétiens dans le pays.

Les chrétiens locaux, un rôle de médiateurs

En même temps, les chrétiens locaux, malgré ces défis, ne seraient pas confrontés à de graves menaces existentielles, mais pourraient jouer un rôle essentiel de médiateurs. «Face à l’absence de solutions au conflit israélo-palestinien, les chrétiens locaux doivent apprendre à devenir des acteurs», a-t-il déclaré

Au début de sa visite, la Coordination avait souhaité rencontrer des représentants de la communauté juive. La Synagogue Yedidya a ainsi accepté le vendredi 11 janvier d’accueillir les évêques de la Coordination pour la prière de Shabbat après laquelle différents membres de la synagogue les ont invités à leur domicile pour le repas de Shabbat.

«Les questions politiques, une ligne rouge!»

A Haïfa, la Coordination a rencontré, au cours d’un dialogue interreligieux, des juifs, des musulmans sunnites et ahmadis, des baha’is ainsi que des druzes. «C’était un dialogue spirituel, on ne pouvait pas aborder les questions politiques, c’est une ligne rouge!», relève Mgr Gmür.

Les évêques en visite ont entendu à plusieurs reprises des appels pour que davantage de pèlerins viennent de leur pays d’origine. Ces pèlerinages permettent de faire vivre de nombreuses familles dont la subsistance dépend des pèlerins. Par leur présence, les évêques espèrent avant tout rappeler aux «pierres vivantes» des communautés chrétiennes de Terre Sainte qu’ils ne sont pas oubliés de leurs frères et sœurs dans d’autres parties du monde.


Les pèlerins sont vivement attendus

La visite des évêques en Terre Sainte, cette année, était centré sur les chrétiens vivant en Israël. Ces derniers relèvent l’importance économique pour eux de la venue des pèlerins visitant les lieux saints chrétiens de la région. Selon les données publiées par le Département central des statistiques en Israël, à la veille de Noël 2018, environ 175’000 chrétiens vivent dans le pays. Ils constituent 2% de la population totale en Israël. En 2017, la croissance moyenne de la population chrétienne a atteint 2,2%, contre 1,4% l’année précédente. La hausse a été attribuée à l’arrivée de 597 immigrants d’Ethiopie. Selon les statistiques, 70,6% des chrétiens vivent dans le nord d’Israël. La ville la plus densément peuplée en chrétiens est Nazareth, avec 22’100 chrétiens, suivie de Haïfa, avec 15’800 chrétiens. (cath.ch/be)

Les chrétiens palestiniens assistent à la messe de la Coordination de Terre Sainte |© ODAYDAIBES Patriarcat latin de Jérusalem
15 janvier 2019 | 17:28
par Jacques Berset
Felix Gmür (72), Haïfa (4), Israël (102), Palestine (74)
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