Rome: Les pères synodaux ont transmis 44 propositions à Benoît XVI

Les chrétiens du Moyen-Orient ne doivent pas vendre leurs habitations

Rome, 24 octobre 2010 (Apic) Au terme du Synode des évêques pour le Moyen-Orient, au Vatican, les pères synodaux ont appelé les chrétiens de la région «à ne pas céder à la tentation de vendre leurs propriétés immobilières» en dépit des difficultés économiques. C’est ce qu’a indiqué une version «officieuse» des propositions transmises à Benoît XVI, publiée le 23 octobre après 2 semaines de travaux sur la communion et le témoignage de l’Eglise catholique dans la région.

Dans ces 44 propositions finales, réparties selon 3 thèmes – la présence chrétienne au Moyen-Orient, la communion ecclésiale et le témoignage chrétien – patriarches et évêques reviennent aussi sur les problématiques liées au mariage des prêtres, à la «blessure» de l’émigration, au dialogue interreligieux, à l’œcuménisme ou à la liturgie.

La tentation de vendre

Partant du principe que «l’attachement à la terre natale» est «essentiel» pour l’identité des chrétiens, les patriarches et évêques exhortent ainsi leurs fidèles et les communautés ecclésiales «à ne pas céder à la tentation de vendre leurs propriétés immobilières». Un comportement courant en particulier dans la partie musulmane de Jérusalem.

Soucieux d’aider les chrétiens qui se trouvent dans des «situations économiques difficiles (…) à garder leurs terres ou à en acquérir de nouvelles», les ›pères synodaux’ proposent alors «la création de projets économiques» permettant «aux propriétaires de demeurer chez eux dignement et d’essayer de récupérer ceux qui sont perdus et confisqués». «De même, rappellent-ils, il faut préserver les propriétés et les biens de l’Eglise et de ses institutions».

Prêtres mariés

La question des prêtres catholiques orientaux mariés fait aussi l’objet d’une proposition. Rappelant que «le célibat ecclésiastique est estimé et apprécié toujours et partout dans l’Eglise catholique, en Orient comme en Occident», les prélats demandent toutefois, dans l’intérêt des fidèles, «d’étudier la possibilité d’avoir des prêtres mariés en dehors du territoire patriarcal» des Eglises d’Orient.

Le jour même de la parution de ces propositions, Mgr Cyrille Salim Bustros, président de la Commission pour le message final du synode, s’est appuyé sur l’exemple des membres du clergé anglican déjà mariés qui peuvent désormais revenir dans l’Eglise catholique grâce à la Constitution apostolique Anglicanorum Coetibus publiée en novembre 2009.

Au vu de la «nouvelle situation créée en Occident» par ce document pontifical et dans un souci «d’égalité» avec les anglicans, le prélat a demandé une modification «des actuelles directives du Saint-Siège en la matière qui imposent le célibat aux prêtres orientaux qui se trouvent en mission pastorale hors de leur territoire».

Le martyre des chrétiens

Dans un passage consacré au «partage de la Croix», les ›pères synodaux’ espèrent «attirer l’attention du monde entier sur la situation dramatique de certaines communautés chrétiennes au Moyen-Orient, qui souffrent de toutes sortes de difficultés, allant parfois jusqu’au martyre». Et de demander «aux instances nationales et internationales un effort spécial pour mettre fin à cette situation de tension, en rétablissant la justice et la paix».

Comme dans le message final du Synode, ils leur demandent par ailleurs d’inciter «les autorités civiles responsables à appliquer les résolutions des Nations unies concernant la région, en particulier le retour des réfugiés et le statut de Jérusalem et des Lieux Saints».

Dialogue interreligieux

Le dialogue entre les chrétiens du Moyen-Orient et «leurs concitoyens des autres religions» constitue bien sûr l’un des thèmes récurrents de ces propositions, qui invitent, notamment «à la purification de la mémoire, au pardon mutuel du passé et à la recherche d’un meilleur avenir commun». Plus concrètement, les patriarches et évêques de la région souhaitent que «dans la vie de chaque jour», les fidèles des 3 religions monothéistes cherchent «l’acceptation mutuelle malgré les différences» et forment «une société nouvelle où le pluralisme religieux est respecté et où le fanatisme et l’extrémisme seront exclus».

«Nous refusons l’antisémitisme et l’antijudaïsme», affirment les prélats, soucieux cependant de faire une distinction entre «religion et politique». Concernant le dialogue avec l’islam, les pères synodaux jugent «important de promouvoir la notion de citoyenneté, la dignité de la personne humaine, l’égalité des droits et des devoirs et la liberté religieuse comprenant la liberté du culte et la liberté de conscience». Pour donner «au monde l’image d’une rencontre positive et d’une collaboration fructueuse», chrétiens et musulmans doivent «découvrir leurs valeurs religieuses respectives» et s’opposer «ensemble à tout genre de fondamentalisme et de violence au nom de la religion».

Respect des migrants

«L’émigration est une blessure, une perte pour tous, pas que pour les chrétiens», a assuré à la presse Mgr Joseph Soueif, archevêque de Chypre des maronites, à la veille de la clôture du synode. Et de fait, les migrations de chrétiens depuis et vers le Moyen-Orient font l’objet de plusieurs propositions, dont celle de «créer un bureau ou une commission chargée de l’étude du phénomène migratoire et de ses motivations pour trouver les moyens de le contrecarrer». S’ils souhaitent «éduquer les chrétiens de l’émigration à garder la fidélité à la tradition de leurs origines», les responsables du synode sont surtout préoccupés par le respect des «droits fondamentaux des immigrés» au Moyen-Orient, «quelles que soient leur nationalité et leur religion».

Pour une bonne communion

Afin de «consolider» la communion au sein de l’Eglise catholique, les ›pères synodaux’ recommandent la création «d’une commission de coopération entre les hiérarques catholiques du Moyen-Orient, chargée de promouvoir des stratégies pastorales communes». Ces responsables doivent particulièrement avoir «une position pastorale commune» vis-à-vis des «nouveaux mouvements ecclésiaux de tradition occidentale, de plus en plus présents», qui doivent quant à eux œuvrer «en union avec l’évêque du lieu, et selon ses directives pastorales».

Au niveau œcuménique, une nouvelle fois au cours de ce synode, le souhait d’une «traduction arabe commune du Notre Père et de l’unification de la date de Noël et de Pâques» apparaît dans les propositions.

Enfin, les ›pères synodaux’ se sont montrés conscients que leurs fidèles souhaitent une liturgie plus accessible. «Il serait important et utile, écrivent-ils dans l’une des 44 propositions, de renouveler les textes et les célébrations liturgiques, là où il y a besoin, afin qu’ils répondent mieux aux besoins et aux attentes des fidèles sur la base d’une connaissance de plus en plus approfondie de la tradition et adaptée au langage d’aujourd’hui et aux catégories d’âge». (apic/imedia/cp/bb)

24 octobre 2010 | 09:46
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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