Indonésie: Un rapport universitaire note une amélioration des relations interreligieuses
Les chrétiens restent en butte à de grandes difficultés
Djakarta, 4 février 2010 (Apic) Un rapport d’un centre de recherches universitaire relève que la coopération entre les religions s’est améliorée en Indonésie au cours des douze derniers mois. La solidarité entre les religions ainsi que leur engagement commun sur le terrain social ont notamment connu de réels progrès. Toutefois, un autre rapport rédigé par une organisation indépendante révèle que 216 cas de violations de la liberté religieuse ont été recensés en 2010 et, dans la très grande majorité des cas, ces violences ont visé des chrétiens.
Le premier rapport émane du Centre pour les études interculturelles et religieuses de l’université Gadjah Mada, la plus grande université publique du pays, sise à Yogyakarta, rapporte le 3 février l’agence Eglises d’Asie. Selon Zainal Abidin Bagir, directeur du Centre, s’il est impossible d’ignorer les violations de la liberté religieuse commises en Indonésie, il est intéressant de noter qu’il existe «un volet positif dans les relations interreligieuses en Indonésie».
«Notre étude indique que la solidarité entre les croyants et l’implication des responsables religieux ont connu en 2010 des avancées positives, notamment sur le terrain, en matière sociale», a expliqué Zainal Abidin Bagir lors d’une conférence de presse organisée à Djakarta le 1er février. Il a cité à titre d’exemple la coopération qui s’est nouée entre la Conférence des évêques catholiques et plusieurs grandes organisations musulmanes telles la Muhammadiyah à l’occasion de l’aide humanitaire apportée aux victimes du tsunami qui a frappé en octobre 2010 les îles Mentawai ou encore lors de l’éruption du volcan Merapi à Java-Centre. La coopération entre les religions peut également apparaître en d’autres occasions. Ainsi, en 2010, des responsables religieux ont uni leurs voix pour critiquer l’inaction du gouvernement dans le domaine social et dans celui de la lutte contre la corruption.
Lors de la conférence de presse, Yuni Chuzaifa, de la Commission nationale contre les violences faites aux femmes, a souligné que si les conclusions du rapport étaient encourageantes, elles ne devaient cependant pas cacher que l’usage de la religion à des fins politiques, que ce soit au plan local ou au plan national, était un phénomène de plus en plus courant en Indonésie.
216 atteintes à la liberté religieuse en 2010
Le 24 janvier, l’Institut Setara pour la paix et la démocratie, une ONG indépendante, a rendu public un rapport dressant la liste de 216 atteintes à la liberté religieuse commises en 2010 en Indonésie, rappelle Eglises d’Asie. Ce qui constitue une hausse de près de 10% par rapport à 2009, où 200 atteintes avaient été recensées. La grande majorité de ces violations, souligne l’Institut Setara, ont visé des chrétiens et ont, le plus souvent, consisté en des attaques de lieux de culte ou en fermetures forcées d’églises et de chapelles.
Selon Hendardi, directeur exécutif de l’Institut, le gouvernement central est directement responsable de ces atteintes à la liberté religieuse par le choix de la personnalité à qui a été confiée le ministère des Affaires religieuses. «Nous demandons instamment au président Susilo Bambang Yudhoyono de démettre le ministre Suryadharma Ali du fait du dédain que celui-ci affiche pour le pluralisme», une valeur indispensable à la survie de l’Indonésie, pays où une très forte majorité musulmane cohabite avec 10% de chrétiens et d’autres minorités religieuses, a déclaré Hendardi.
Theophilus Bela, secrétaire général du Comité indonésien des religions pour la paix, a lui aussi appelé le ministre Suryadharma Ali à la démission «parce qu’il laissait percevoir son soutien aux groupes radicaux lorsque des lieux de culte étaient attaqués». (apic/eda/bb)



