Suisse: Minarets, alors que la Turquie fustige la Suisse, CSI rappelle quelques vérités
Les chrétiens y sont loin de bénéficier d’une pleine liberté religieuse
Zurich, 3 décembre 2009 (Apic) Alors que le ministre turc des Affaires européennes Egemen Bagis appelle les musulmans à retirer leurs avoirs des banques suisses – pour punir le peuple suisse d’avoir accepté dimanche en votation populaire l’inscription de l’interdiction des minarets dans la Constitution helvétique – l’organisation chrétienne de défense des droits de l’homme CSI à Zurich appelle la Turquie à un peu plus de modération. Et souligne que les chrétiens en Turquie sont loin de bénéficier d’une pleine liberté religieuse.
«Ce que la Turquie attend de nous, c’est-à-dire la tolérance envers les autres religions, ce pays est bien loin de la respecter», a déclaré jeudi 3 décembre à l’agence Apic le chargé d’information de CSI à Zurich, Ueli Haldemann. Et de relever qu’en Turquie, une persécution religieuse systématique a fait quasiment disparaître les chrétiens, qui représentaient il y a un siècle encore plus de 20% de la population, alors qu’ils ne sont plus aujourd’hui que 0,2%.
Des chrétiens sont insultés et attaqués dans la rue
Des chrétiens sont insultés et attaqués dans la rue, et il y a même des cas de meurtres, note Ueli Haldemann. «Les auteurs de ces attentats échappent souvent à la justice», déplore le responsable de CSI.
En Turquie, où 95 % de la population est de religion musulmane, on compte moins de 30’000 fidèles catholiques, aux côtés des autres minorités orthodoxe et juive. S’adressant aux évêques de Turquie en visite «ad limina» à Rome, le 2 février 2009, le pape Benoît XVI avait jugé «inacceptable toute violence à l’égard des croyants», et «fait mémoire de tous les chrétiens, prêtres et laïcs, qui ont témoigné de la charité du Christ, parfois jusqu’au don suprême de leur vie, comme le Père Andrea Santoro». Ce prêtre catholique italien avait été assassiné à Trébizonde, dans le nord de la Turquie, en février 2006.
Un frère capucin italien originaire de la province de Modène a ensuite été poignardé par un «inconnu» le dimanche 17 décembre 2007 à Izmir (Smyrne), en Turquie. Le Père Adriano Franchini, supérieur de la Custodie de Turquie, a été agressé au sortir de la messe à l’église de Bayrakli.
La Constitution turque de 1982 confirme la nature laïque de l’Etat. Elle garantit la liberté religieuse et limite l’exercice du culte aux édifices religieux. L’activité missionnaire n’est pas interdite. Dans la pratique, les minorités religieuses sont cependant victimes de discrimination administrative et sont étroitement contrôlées par le gouvernement. Les activités missionnaires sont réprimées. JB
Encadré
En Turquie, les agressions physiques contre les religieux ont provoqué des morts
Les agressions physiques contre les religieux ont fait plusieurs morts en Turquie depuis l’assassinat le 5 février 2006 du Père Andrea Santoro, un prêtre fidei donum italien rattaché à l’église de Sainte-Marie à Trébizonde, où il était curé depuis 3 ans. D’autres agressions sanglantes ont frappé la petite communauté chrétienne de Turquie.
En février 2006, un groupe de jeunes a agressé le Père Martin Kmetec, un franciscain d’Izmir d’origine slovène. Le mois suivant, un homme armé d’un couteau était entré dans la paroisse de Mersin et il avait menacé de mort les franciscains se trouvant sur place et des enfants réunis dans l’église. En juillet de la même année, le Père Pierre Brunissen, prêtre fidei donum français, était blessé au couteau dans le port turc de Samsun, sur la mer Noire, et son agresseur était arrêté.
Là aussi, l’agresseur était rapidement qualifié par la police de «dérangé mental». Notons que le prêtre français avait rouvert l’église du Père Santoro à Trébizonde. Le 21 février 2006, le Père Brunissen avait été menacé par un groupe de jeunes entrés dans l’église de Samsun, que la police locale avait alors qualifiés de «drogués».
Les chrétiens se sentent menacés après une vague d’attentats les visant
Notons que le 18 avril 2007, deux Turcs et un Allemand de confession chrétienne ont été égorgés sur leur lieu de travail, la maison d’édition «Zirve» qui diffusait des bibles et de la littérature chrétienne. L’assassinat a eu lieu dans la ville de Malatya, réputée pour être un foyer nationaliste. Cinq jeunes musulmans ont été impliqués dans les meurtres de l’Allemand Tilmann Geske ainsi que des chrétiens turcs Necati Aydin et Ugur Yuksel. Les victimes, appartenant aux milieux évangéliques, ont été torturées et leur gorge tranchée.
Selon l’Oeuvre d’Orient à Paris, les catholiques en Turquie sont environ 24’000 fidèles, et font partie de l’Eglise catholique arménienne (environ 2’500 fidèles), de l’Eglise syrienne (de 1’800 à 2’000 fidèles), de l’Eglise assyro-chaldéenne (quelque 4’500 fidèles, en majorité des réfugiés en provenance d’Irak). L’Eglise latine, qui comprend 3 grands diocèses (Istanbul, Izmir et Anatolie), et un clergé nombreux, mais ses fidèles sont essentiellement des étrangers qui viennent du monde entier et ne restent que quelques années en Turquie. On peut estimer leur nombre autour de 14 à 16’000.
Les non catholiques sont notamment l’Eglise arménienne apostolique (avec 50’000 fidèles, c’est la communauté chrétienne la plus nombreuse). L’Eglise syrienne jacobite «kadim» est la deuxième communauté par le nombre (8’000 fidèles à Istanbul et 2’000 dans l’Est du pays). L’Eglise orthodoxe grecque (Patriarcat oecuménique) compte entre 1’800 et 2’300 fidèles, tandis que les Eglises dites «protestantes» comptent plus de 5’000 fidèles. JB/Com
(*) Le Premier ministre turc, à la tête d’un gouvernement islamiste conservateur, avait quant à lui estimé auparavant que la question sur les minarets n’aurait jamais dû être soumise à un vote populaire. Jugeant les résultats du vote, il a déclaré qu’il reflétait «la montée de l’extrême-droite en Europe». Il a affirmé également que l’islamophobie était «un crime contre l’humanité». (apic/be)



