Les communautés de base au Brésil: «l’expression d’une force rénovatrice au

sein de l’Eglise et de la société» ENI-97-0020çF

Sao Luis, Brésil, le 27 janvier (ENIçSergio Ferrari) – Les communautés

ecclésiales de base (CEBs) continuent d’être la colonne vertébrale de

l’Eglise et du mouvement populaire brésilien; elles sont appelées à jouer

un rôle très important dans le présent et le futur du plus grand pays

d’Amérique latine.

C’est ce qúa déclaré au correspondant d’ENI le professeur de théologie

Pedro de Assis Ribeiro de Oliveira, l’un des conseillers les plus connus à

l’échelle nationale des CEBs, qúil accompagne depuis vingt ans.

A la différence d’autres lieux du continent, «les communautés du Brésil

n’ont jamais été des structures parallèles, elles existent dans l’Eglise

et, même au cout de sacrifices, elles vivent en communion avec les

évêques», explique Pedro de Assis Ribeiro.

Une enquête récente effectuée dans les milieux religieux – et dont les

résultats ont été connus à la fin de l’année dernière – indique qúil existe

actuellement «70 à 80 000 CEBs au Brésil».

«Certaines d’entre elles sont plus progressistes, c’est-à-dire plus

impliquées dans la voie de la libération, et d’autres °minoritaires§ moins

engagées vis-à-vis du changement social… Néanmoins, dans leur ensemble,

elles sont l’expression d’une force rénovatrice au sein de l’Eglise et de

la société», précise le professeur de théologie.

En plus des CEBs, il existe dans ce pays sud-américain différentes

«pastorales» (de la terre, des jeunes, des syndicats, etc.); alors que les

premières «sont des structures, liées par le culte du dimanche, la liturgie

et une certaine routine», les secondes «sont de petits groupes extrêmement

dynamiques qui ont leurs propres articulations et qui défendent l’option

d’une Eglise de la libération».

Les pastorales s’organisent à partir de gens des communautés et ont des

structures plus libres, avec une plus grande autonomie de fonctionnement

que les CEBs. «Par exemple, dans un diocèse, il peut y avoir une pastorale

syndicale très dynamique et combative, bien que l’évêque soit

conservateur», explique Pedro de Assis Ribeiro.

La force du secteur progressiste de l’Eglise brésilienne constitue un

phénomène très important. Et malgré l’existence d’une certaine crise du

mouvement populaire dans son ensemble, les nouvelles manifestations

organisationnelles de ce mouvement – mouvement des paysans sans terre

(MST), mouvement noir, mouvement des femmes – peuvent compter sur l’appui

de communautés et de pastorales.

Néanmoins, au niveau de la hiérarchie, «celle-ci commence à avoir peur du

MST, et affaiblit l’appui que l’Eglise lui donnait par l’intermédiaire de

la pastorale de la terre. On assiste à un processus inverse: un

renforcement du MST s’accompagne d’une présence affaiblie de l’Eglise… Ce

n’est pas par hasard», explique Pedro de Assis Ribeiro. «C’est l’expression

d’un manque de courage de l’épiscopat catholique romain face à la montée de

nouveaux acteurs.»

Ce rôle de facteur de changement impulsé par les secteurs de base est-il

compatible avec les lignes conservatrices suivies dans les dernières années

par le Vatican? demande le correspondant d’ENI.

«Dans notre pays, le pontificat de Jean-Paul a été désastreux pour

l’Eglise… Il a détruit l’épiscopat, en remplac,ant les évêques

progressistes … Cela n’a rien à voir avec le rêve de Jean XXIII d’une

Eglise construisant une société nouvelle. L’Eglise d’aujourd’hui, comme

structure, s’est repliée sur elle-même, elle se ferme; elle se limite à ses

activités religieuses.»

Une sorte de «retour à l’identité catholique qui cherche des églises

bondées, sans aucune contestation interne; des évêques et des prêtres

obéissants… Je ne me trompe pas en affirmant que le Vatican, dans cette

dernière période, a essayé de convertir l’Eglise en une espèce de musée du

passé. Joli, bien ordonné, mais hors de la vie de la cité. La vie ne passe

pas par elle et c’est la grande question qui se pose aux chrétiens»,

souligne le professeur Pedro de Assis Ribeiro.

Et c’est pénible, conclut-il, de voir se perdre ce moment historique. «Si

l’Eglise le voulait, elle pourrait appuyer, avec son énorme structure, les

initiatives de base qui surgissent de toutes parts. En les articulant, en

tissant des réseaux de changement, elle rendrait un service inestimable à

la société. Mais, lamentablement, ce défi n’est pas accepté par la

hiérarchie», déplore Pedro de Assis Ribeiro. (739 mots)

28 janvier 1997 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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