Les coptes d'Egypte, au cœur de la 16e édition du Pèlerinage aux saints d'Afrique

La pluie du matin n’arrête pas le pèlerin. Cet adage s’est pleinement vérifié le 4 juin 2017, dimanche de Pentecôte, alors que sous les trombes d’eau près de 200 fidèles africains se rendaient à Saint-Maurice, en Valais, pour vivre avec leur ferveur coutumière le Pèlerinage aux saints d’Afrique.

Cette année, les coptes d’Egypte, victimes ces derniers mois d’attentats sanglants commis par des islamistes radicaux, étaient au centre de cette 16e édition qui a vu la participation de pèlerins érythréens, éthiopiens, congolais, togolais, camerounais, burkinabés, cap-verdiens et coptes égyptiens.

Jean Scarcella, Père Abbé de Saint-Maurice, avec Mgr Emmanuel Ayad Bishay, évêque de Thèbes-Louxor (Photo: Jacques Berset)

L’évêque copte-catholique de Louxor, invité d’honneur

L’invité d’honneur était pour l’occasion Mgr Emmanuel Ayad Bishay, évêque copte-catholique de Louxor, venu tout exprès de l’antique cité égyptienne de Thèbes, dans la vallée du Nil, à quelque 700 km au sud du Caire. Cette cité de Haute-Egypte est justement le lieu d’origine de saint Maurice et de ses compagnons de la Légion thébaine martyrisés autour de l’an 300 à Agaune, aujourd’hui Saint-Maurice. Ils ont été tués pour avoir refusé des ordres impies de l’empereur Maximien, rapporte l’évêque Eucher de Lyon dans «La Passion des Martyrs d’Agaune».

Présentant Mgr Bishay à la foule des pèlerins rassemblés dans l’église Saint-Sigismond, le Père Abbé Jean Scarcella, sous les youyous stridents et les applaudissements, a lancé: «Nous avons avec nous le descendant de saint Maurice!»

 

Les coptes, fidèles à leur foi jusqu’à la mort

Demandant que les martyrs d’hier et d’aujourd’hui nous viennent en aide, il a plaidé en ce jour de Pentecôte pour le langage universel de l’amour, rappelant que «là où l’on ne parle pas la langue de l’amour, on parle nécessairement le langage de la mort». Et d’évoquer à ce propos  les incendies d’églises et les assassinats dont sont victimes en Egypte les chrétiens coptes, qui vivent leur témoignage de foi dans des conditions difficiles, jusqu’à verser leur sang pour rester fidèle à leur credo.

L’évêque copte a relevé qu’effectivement des chrétiens, au Proche et au Moyen-Orient, paient de leur vie le simple fait d’être chrétiens, victimes de la barbarie et de l’intolérance religieuse. Répétant la  condamnation de la violence au nom de Dieu, à l’instar de ce que le pape François avait déclaré le 28 avril dernier à la mosquée Al-Azhar, au Caire, Mgr Emmanuel Bishay a demandé de prier pour ces «fous de Dieu» instrumentalisés par des puissances étrangères.

On ne peut tuer au nom de Dieu

Il a affirmé avec force que celui qui affirme tuer au nom de Dieu en fait ne connaît pas Dieu.

Venus de toute la Suisse, de Zurich à Genève, de Neuchâtel à Sion, en passant par Fribourg, Romont ou Moudon, tous ont partagé leur pique-nique dans la chaude ambiance du réfectoire du Collège. Les pèlerins se sont ensuite rendus en procession priante vers la basilique où ils ont rythmé de leurs chants en langues africaines la messe festive présidée par le Père-Abbé Jean Scarcella et Mgr Emmanuel Bishay.

Selfie avec Mgr Emmanuel Ayad Bishay (Photo: Jacques Berset)

Les chorales africaines de Suisse – notamment la Chorale Afrika’s friends of Jesus, la Chorale Erythréenne de Fribourg, celles de Notre-Dame de Neuchâtel, de Bonne Espérance (du Cap Vert), de la Sainte-Famille et des Cantiques des Anges -, ont chanté tour à tour en langues bassa et bafang du Cameroun, en créole, puis en kikongo et en tshiluba, de la République démocratique du Congo, en éwé du Togo, et finalement en beti du Cameroun, dans un festival de couleurs et de sons qui a fait littéralement vibrer une basilique peu habituée à des rythmes si chaloupés. Après l’envoi en mission, la fête s’est achevée devant la basilique où les pèlerins se pressaient sous le soleil retrouvé pour faire un selfie, qui avec Mgr Scarcella, qui avec Mgr Bishay, dans une joyeuse ambiance. JB


L’Egypte, pays de saint Antoine le Grand, père de l’érémitisme chrétien

Depuis 2001, chaque année le 1er dimanche de juin, se déroule dans le bourg valaisan de  Saint-Maurice le désormais traditionnel Pèlerinage aux saints d’Afrique. A chaque fois un autre pays africain est mis à l’honneur. Cette année, c’était le tour de l’Egypte, pays de saint Antoine le Grand, considéré comme le père de l’érémitisme chrétien. «Saint Antoine du désert», l’anachorète, serait, selon la tradition, né vers 251 et mort vers 356 à l’âge de 105 ans. Il a fini sa vie dans le désert, sur le mont Qolzum, en Thébaïde. «C’est là que se trouve le monastère de Saint Antoine, Deir Amba Antonios, dans le diocèse de Mgr Emmanuel Ayad Bishay, évêque de Thèbes-Louxor, présent parmi nous», a rappelé le Père Claude Maillard, de l’Africanum, à Fribourg.

Le chanoine Michel-Ambroise Rey avec Sœur Claire, religieuse de Saint-Augustin (Photo: Jacques Berset)

Il est l’une des chevilles-ouvrières du Pèlerinage aux saints d’Afrique, dont la direction est assurée actuellement par le chanoine Michel-Ambroise Rey, de l’Abbaye de Saint-Maurice. «C’est un rassemblement fédérateur qui donne aux Africains de Suisse la possibilité de s’exprimer selon leur culture et leur tempérament», insiste le missionnaire d’Afrique.  (cath.ch/be)

 

 

Catholiques érythréens | © Jacques Berset
5 juin 2017 | 00:57
par Jacques Berset
Partagez!