Brésil : Elections générales du 5 octobre dans la 3e puissance agricole du monde

Les députés proches des grands propriétaires terriens majoritaires au parlement

Brasilia, 8 octobre 2014 (Apic) A l’issue des élections du 5 octobre au Brésil, selon le Département intersyndical de conseil parlementaire (Diap), la Bancada Ruralista ou «Front Parlementaire Agricole» (FPA), regroupant des députés proches des grands propriétaires terriens et des entreprises de l’agro-business, compte désormais 257 élus (sur 513 au total) et possède donc la majorité absolue au Parlement.

Disséminés au sein de plusieurs partis politiques, les députés du «Front Parlementaire Agricole» (FPA) ont déjà démontré par le passé leur capacité de mobilisation lors de débats qui portaient directement sur les intérêts de leurs électeurs. Cela a été le cas notamment en 2011, lors de l’adoption du nouveau code forestier, particulièrement favorable aux grands propriétaires terriens, et qui a constitué l’une des plus cuisantes défaites du gouvernement de Dilma Rousseff. Cette dernière avait en effet dû céder face aux pressions de ces élus et reculer sur les objectifs de protection de l’environnement qu’elle avait pourtant annoncés, en particulier sur le thème de la déforestation en Amazonie.

Une puissance agricole contrastée

Troisième puissance agricole au monde, premier exportateur de viande bovine, de soja et de sucre, tous générateurs de précieuses devises, le Brésil présente cependant un visage très contrasté en terme d’agriculture. La répartition des terres est d’ailleurs l’une des plus inégales au monde. Ainsi, 44% appartiennent à 1,5% des propriétaires (30’000 grands fermiers), et 57% à 3,5% d’entre eux. Le pays compte quatre millions de familles de paysans sans terre. Quant à l’agriculture familiale, pourtant productrice de 70% des aliments des Brésiliens, elle ne bénéficie que de très peu de subventions et aides gouvernementales, comparé à l’agro-industrie. Et, avec le résultat de ces élections, la tendance devrait se confirmer.

Plusieurs projets de loi en perspective

D’autant que les élus «ruralistas» ont d’ores et déjà annoncé la couleur. «Nous allons proposer plusieurs textes de loi portant sur les taxes liées aux aliments, sur la simplification des textes de loi liés à l’irrigation ou encore sur le développement de la production électrique (privée) en milieu rural», a ainsi déclaré Luís Carlos Heinze du Parti Populaire (PP), porte-parole des élus «ruralistas». Autant de projets qui devraient être menés à bien durant la législature qui débutera en février 2015.

Les indigènes et leurs terres menacés

Mais le projet le plus important -et sans doute le plus inquiétant pour les défenseurs des droits indigènes et de l’environnement- demeure la proposition d’amendement de la Constitution (PEC) 215/2000, qui transfèrerait au législatif, donc au Parlement, la décision de démarcation des terres indigènes. S’il était adopté, cet amendement mettrait un terme à un processus de décision qui demeure encore aujourd’hui dans les prérogatives conjointes de la Présidence de la République, du Ministère de la justice et de la Fondation nationale des indigènes (Funai), un organisme public destiné à défendre les droits des populations indigènes du Brésil. De quoi mettre encore d’avantage en péril les terres occupées par les quelques 900’000 Indiens que compte le pays. (apic/jcg/mp)

9 octobre 2014 | 09:07
par webmaster@kath.ch
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