Soudan: La tension est dangereuse à l’approche du référendum

Les Eglises craignent un massacre

Nairobi, 27 octobre 2010 (Apic) Le pasteur Samuel Kobia, ancien secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises (COE), a averti que les tensions que connaît actuellement le Soudan pourraient dégénérer en un massacre similaire à celui du Rwanda en 1994, au lendemain du référendum du 9 janvier 2011 sur l’indépendance du pays, rapporte l’agence ENI.

Pour le pasteur Samuel Kobia, envoyé spécial de la Conférence des Eglises d’Afrique au Soudan, la sécurité et les droits fondamentaux des Sud-Soudanais vivant au nord du pays sont en danger. Les intimidations et les menaces augmentent à mesure qu’approche le scrutin du 9 janvier.

Vers un nouveau Rwanda

«Nous savons qu’il est possible que ces gens se fassent massacrer si Khartoum n’est pas satisfait de la tournure que prendra le référendum», a déclaré le pasteur méthodiste kenyan lors d’une conférence de presse à Nairobi, le 23 octobre. «Nous voulions également tirer la sonnette d’alarme, pour avertir que ce qui se trame pourrait conduire à un nouveau Rwanda. Or nous ne voulons pas que la communauté internationale dise qu’elle ne savait pas car on ne nous a rien dit. Nous voulons qu’elle soit au courant dès maintenant», a affirmé le pasteur Kobia, qui a été à la tête du COE de 2004 à 2009.

Vers une possible sécession confessionnelle

Le 9 janvier 2011, le Soudan doit organiser des référendums au Sud-Soudan et à Abyei, région riche en pétrole située entre le nord et le sud du Soudan. A l’issue du scrutin, la population du sud, majoritairement chrétienne et animiste, pourrait faire sécession avec le nord, où la plupart des gens sont arabes et musulmans. Ce référendum est l’une des conditions de l’Accord de paix global, signé en 2005, pour sceller la fin d’une guerre civile de 21 ans entre le nord et le sud du Soudan, au cours de laquelle plus de deux millions de personnes ont perdu la vie.

Perte du droit de citoyenneté

L’ancien secrétaire général du COE estime entre 500’000 et 2,5 millions le nombre de Sud-Soudanais vivant dans le nord, beaucoup étant arrivés pendant la guerre civile. Si le Sud venait à opter pour la séparation, les Sud-Soudanais vivant au Nord «ne bénéficieront pas des droits de citoyenneté et n’auront pas accès aux emplois ni aux avantages sociaux; ils ne seront autorisés ni à acheter, ni à vendre sur le marché de Khartoum (…) Nous ne leur donnerons même pas une seringue à l’hôpital», a déclaré en septembre le ministre de l’Information à Khartoum, Kamal Mohamed Obeid, selon un rapport de l’organisation Refugees International.

Des citoyens de seconde zone

«J’avais estimé que jusqu’à 95% des électeurs voteraient en faveur de la sécession, affirme le pasteur Kobia. Je voudrais maintenant revoir ce chiffre à la hausse et dire même 98% ou plus» Selon lui, «pour la population du Sud-Soudan, voter en faveur de l’unité signifierait voter pour rester des citoyens de seconde zone dans leur propre pays. Cela signifierait voter pour continuer d’être opprimés par les autorités de Khartoum (…)».

A moins d’une centaine de jours du scrutin, le pasteur Kobia a invité la Communauté internationale à se préparer à ce que le résultat du référendum soit contesté, et à mettre en place des mécanismes permettant de prévenir tout conflit éventuel pour éviter un retour à la guerre. «Nous, les Eglises, nous tiendrons la communauté internationale pour responsable de ce qui se produira», conclut-il. (apic/eni/ggc)

27 octobre 2010 | 09:27
par webmaster@kath.ch
Partagez!